‹ Le général YusufChapitre 8 sur 125 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

1. Mécanisme de l'administration de la Régence d'Alger. — IT. Première expédition de Blida. — Retraite de la colonne sur Alger. — III. Projets du Gouvernement français au sujet de sa conquête. — Expédition de Bône. — Anarchie dans les tribus de l'ancien territoire de Bônc.— Mouvement offensif du général de Damrémont. — La brigade Damrémont rappelée à Alger.— IV. Chute des Bourbons de la branche aînée; lc duc d'Orléans est appelé au trône. — Le général Clauzel remplace le maréchal de Bourmont dans le commandement en chef de l'Armée.— V. Insuffisance de l’Agha des Arabes.— Youçouf quitte les fonctions d'Interprètc, ct cst placé auprès de l’Agha des Arabes en qualité de Khalifa (lieutenant'. — VI. Le maréchal de Bourmont quitte l'Algérie sur un navire marchand autrichien. — VII. À la tête des cavaliers arabes qu'il avait recrutés, Youçouf ramène la sécurité dans la banlieuc d'Alger.

Les premiers actes administratifs du général de Bourmont — et c'était bien excusable — ne furent pas très heureux : remplaçant sans transilion le chef de la Régence d'Alger, il se voyait obligé de se laisser diriger par quelques Maures, auxquels, dans son ignorance des mœurs et usages des populations indigènes qu'il était appelé à administrer, il demandait des avis et des conseils. Ainsi, une de nos erreurs a ëté longtemps de croire que nous pourrions tirer parti des Maures

ou citadins pour établir notre influence dans un pays où ils n’en ont pas plus que de considération. En effet, vouloir qu'un Arabe, un homme de la tente, obéisse à un baldi, — un homme de la ville — et à un marchand ou à un négociant, c'est lui imposer une humiliation qu'il n'acceptera certainement pas.

Pourtant, sur les conseils intéressés d’'Ahmed-Bou-Dherba, il choisit un Maure, Hamdan-Bou-Rkaïb-ben-Amin-es-Sekka', pour Agha des Arabes”. Ce choix était d'autant plus fâcheux, qu'aucune qualité ne rachelait, chez ce négociant, ni son origine, ni sa profession. Ensuite, il connaissait d'autant moins son aghalik, qu’à l'exemple de ses congénères, il n’était jamais sorti d'Alger.

Le lendemain de la reddition d’Alger, le Bey de Thithri”, Mosthafa-Bou-Mezrag, envoyait son fils au Général en chef pour lui faire sa soumission ; il demandait, en même temps, un sauf-conduit pour pouvoir se rendre lui-même à Alger. Il s’y présenta, en etfet, et, le 45 juillet, il recevait l'investiture du Beylik de Thithri, et prèlait serment de fidélité à la France.

D'un autre côté, El-Hadj-Mohammed-Ben-Zamoum, per-

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1. L’Amin-es-Sekka était, sous la Régence, le contrôleur des matières d'or et d'argent.

2. Les attributions de l'Agha des Arabes étaient surtout militaires. Sous les Pachas, ce fonctionnaire était un des principaux personnages de la Régence : il avait, en campagne, le commandement de la Milice turke. Il administrait, avec le concours des kaïds et des hakems, la justice criminclle dans les districts qui relevaient directement du Gouvernement d'Alger, c'est-à-dire ceux qui n'appartenaicnt à aucun des trois Beyliks.

3. La Régence se divisait administrativement cn quatre parties : le territoire d'Alger était placé sous l’administration de l’Agha des Arabes. Quant aux Beyliks de Thithri, d'Oran et de Constantine, ils étaient à la main des Beys de ces circonscriptions.

sonnage très influent de la tribu kabile des Flicet-Oumellil, s'élait mis en relations avec le Général en chef. Il convoquait, en mème temps, une grande assemblée, dans laquelle son intention était de proposer aux Arabes de reconnaitre, sous cerlaines conditions, l’autorité de la France. Mais il venait d'apprendre que le général de Bourmont avait formé le projet de marcher sur Blida. Ben-Zamoum lui écrivit sur-lechamp pour l'en dissuader, et l’engager à s'abstenir de s'avancer dans le pays, tout au moins jusqu’à ce qu'un traité eùüt réglé la nature des relations des Français avec les indigènes".

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Mais le lieutenant-général de Bourmont n'avait voulu tenir aucun compte des conseils de Ben-Zamoum. Il avait promis au Bey de Thithri, disait-il, d’aller à Blida, et il avait à cœur de ne pas manquer à sa promesse. « Je passerais pour avoir peur , ajoutait-il , si je ne tenais la parole que j’ai donnée à Mosthafa-Bou-Mezrag. » Il partit donc d’Alger le 93 juillet, à la tête de 1,500 hommes d'infanterie, d’un escadron de Chasseurs et d’une demi-batterie de campagne; il arrivait à Blida le soir même, après douze heures de marche, par une température accablante. La colonne était assez bien reçue par la population, laquelle, par l'intermédiaire de ses notables, offrit des rafraichissements à nos soldats.

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