Annales algériennes. — Livre XXXIV
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la vallée du Chelif, il avait dû se porter au sud de sa province, vers le Nahr-Ouacel (Haut-Chelif), la tribu des Oulad-Antar, ‘en particulier, lui donnant des craintes très sérieuses.
Il partit donc de Médéa le 22 janvier 1843, et arriva à Boghar le 26. Le colonel Yusuf, qui marchait avec le Prince, s'était mis à la tète des Spahis de la province d'Alger.
Le même jour, les troupeaux et les tentes de deux chioukh des Oulad-Antar, d’une fidélité douteuse, furent enlevés par nos Arabes auxiliaires, que conduisait le Kaïd de cette tribu, resté dans le devoir. Cetle razia' décida les chefs des tribus voisines à venir renouveler leur serment de fidélité.
Dans la soirée du même jour. Abd-es-Salem-ben-El-Merzouk, fils du cheikh des Bou-Aïch, venait informer le duc d’Aumale que les tentes et {a maison de Mohammed-ben- Allal, Khalifa de l'Émir, étaient au milieu de sa tribu, gardées par Djelloul-ben-Ferhat*, qui, portant son attention sur les mouvements des troupes de Miliana, alors en marche sur Tniyet-El-Ahd, était loin de prévoir une attaque venant du côté de Boghar.
Mettant cet avis à profit, le duc d’Aumale partait de ce point le 27, et tombait, le 28, sur les tentes de Ben-Allal, lesquelles étaient enlevées par les Spahis de Yusuf et les Auxiliaires, après un engagement assez sérieux dans lequel nous perdimes le Kaïd des Abid, qui marchait avec nous.
Bien que Mohammed-ben-Allal ne fût qu’à peu de distance
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1. Le savant et regretté professeur Chorbonneau définissait ainsi la razia: « Une attaque faite à l'improviste avant l’aurore, au moment où la femme est sans ceinture, et le cheval sans bride. »
2. La portion dissidente de la grande tribu des Oulad-Ayad marchait
Djeclloul-ben-Fcrhat, tandis que celle qui nous était restée fidèle ‘it à son frère l’agha Ameur-ben-Ferhat, dont il sera parlé plus loin.
de sa Zmala avec sa cavalerie, il ne crut cependant pas devoir engager une affaire, et se mit en retraite sur Takdemt.
Le duc d’Aumale rentrait à Médéa avec un butin considérable.
Le colonel Yusuf était cité pour la quatorsième fois dans le rapport du duc d’Aumale, en date du 30 janvier, « pour s'être particulièrement distingué dans le combat livré le 98 chez les Bou-Aïch, contre les douars de Djelloul-ben-Ferhat, qui gardait les tentes du Khalifa Mohammed-ben-Allal ».
Le rude service de guerre auquel on employait le corps de Spahis du colonel Yusuf avait bientôt ruiné les chevaux de cette cavalerie, qui, du reste, selon son habitude, ne les ménageait guère : charges immodérées, pour ainsi dire incessantes, dans les terrains les plus affreusement tourmentés, sur les arêtes vives des montagnes aussi bien qu'au fond de ravins rocailleux ; pointes audacieuses de jour et de nuit dans des contrées sans autres moyens de parcours que des chemins de chèvres; marches et contre-marches par tous les temps; le feu de l'ennemi et des fatigues sans cesse renaissantes ; des bêtes plus ou moins nourtfies et très irrégulièrement ; tantôt de l'orge à musette pleine après les razias, tantôt les plantes chélives et ligneuses des terrains /orthas, ou teigneux. Il est facile de comprendre qu’avec un pareil régime, les chevaux de notre cavalerie indigène ne fussent pas de longue durée.
L'ordre suivant du Gouverneur général nous donnera une idée de l’état des chevaux des Spahis d’Oran, à la suite de la
campagne du général de La Moricière dans la province de l'Ouest. Il est inutile d'ajouter que les montures des Spahis de la province d’Alger n'étaient pas dans un meilleur état que celles de leurs voisins de gauche.
ARMÉE D'AFRIQUE — ORDRE
Gouvernement général
Au quartier-général, à Mostaghanem, le 28 mars 1843.
Le Lieutenant-général, Gouverneur général, considérant :
1° Que le corps des Spahis de la province d'Oran est d’un effectif de 1,100 chevaux;
20 Que 340 chevaux seulement sont susceptibles d'entrer en campagne ;
3° Que 560 cavaliers sont démontés par suite de la perte de leurs chevaux dans la campagne dernière, et se trouvent hors d'état de rendre aucun service, tout en recevant leur solde de présence;
4° Que tous les hommes démontés sont en débet à leur masse, et se trouvent hors d'état de se pourvoir de chevaux pour la campagne qui va commencer;
Considérant qu'il y a urgence de les mettre à même de reprendre le service auquel il sont destinés par les ordonnances d'organisation;
Ordonne ce qui suit:
L’Intendant de la division d'Oran fera mettre à la disposition du Conseil d'Administration du corps de Spahis de cette Province, la somme de cent mille francs, qui sera exclusivement affectée à l'achat de chevaux destinés à la remonte des
cavaliers qui ont perdu les leurs. | Signé : BUGEAUD.
Monsieur le Colonel Yusuf, commandant le corps de cavalerie indigène.