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nous”, et à qui, d’un instant à l’autre, notre présence ne peut manquer d'être signalée*. »
Consulté à son tour par le Prince. le lieutenant-colonel Morris, des Chasseurs d'Afrique, lui faisait la même réponse
que le colonel Yusuf, et lui conseillait fermement d'attaquer.
— « Eh bien! Messieurs, reprit le duc d’Aumale, je pense absolument comme vous. Nous allons marcher en avant. »
Puis, se tournant vers son aide-de-camp, le commandant Jamin, et le capitaine de Beaufort, son officier d'ordonnance, il ajoutait : « Faites prévenir l'infanterie qu'elle ait à hâter sa marche pour nous soutenir. » Il donnait ensuite ses ordres au colonel Yusuf et au lieutcnant-colonel Morris avec beaucoup de calme et de précision.
Au moment où l'on se séparait pour aller chacun à son poste de combat, le capitaine de Beaufort crut devoir faire au duc d’Aumale les observations suivantes : « Monseigneur, nous sommes ici, le commandant Jamin et moi, responsables vis-à-vis du Roi, et nous avons mission de veiller sur Votre Altesse Royale. Permettez-moi de vous faire remarquer que l'infanterie est encore bien loin ; qu'elle est fatiguée par les marches forcées de ces derniers jours, et qu'il est de toute prudence d'attendre au moins que les Zouaves et l'artillerie du lieutenant-colonel Chasseloup soient à votre portée. »
Le Prince répondait à cette observalion du capitaine de Beaufort: « Il n’y a pas à hésiter; les Zouaves, que le colonel Chasseloup amène rapidement avec l’Ambulance du docteur Beuret, et l’artillerie du capitaine Aubac, ne peuvent, malgré
1. Le colonel Yusuf voulait parler des 5,000 Réguliers et gucrricrs des tribus restées attachées à la fortune de l'Émir. * Voir la note de la page 395.
toute leur énergie, arriver avant deux heures, et une demiheure de retard, les femmes, les troupeaux seront hors de notre portée, et les nombreux combattants de cette ville de tentes auront eu le temps de se rallier et de s'entendre; le succès devient dès lors très improbable et notre situation très critique. »
Aux craintes exprimées par les chefs arabes, qui, frappés de notre petit nombre comparé à la multitude de nos ennemis. le supplient d'attendre l'infanterie. le Commandant de la colonne répond: « L'infanterie, qu'on est allé prévenir, va faire un effort, et la situation périlleuse que vous signalez commande justement de marcher en avant. Je me décide donc à atlaquer immédiatement’. »
Prenant sur-le-champ ses dispositions, le Prince donnait l'ordre au colonel Yusuf d'attaquer par la gauche avec ses Spahis, tandis que Île lieutenant-colonel Morris, chargeant à droite avec ses Chasseurs d'Afrique, traverserait le centre de la Zmala pour diviser la résistance. Quant au duc d’Aumale. il se tenait prêt, avec une pelite réserve, à se porter là où le besoin l'exigerail,
Au signal du Prince, nos cavaliers fondent comme une trombe de feu au milieu de cette population terrifiée. hurlante, affolée: ce n’est bientôt plus, dans cette ville mobile, dans celte multitude désordonnée, qu'une confusion, un péle-méle de femmes qui supplient ou qui injurient, d'enfants qui pleurent en appelant leurs mères, de guerriers qui courent à
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1. Le Prince jette les yeux sur les vaillants cavaliers qui l’entourent, et, voyant à leur tête les Yusuf, les Morris, les d’Allonvilie, c'est-à-dire tuut ce qu'on peut citer de plus brave au monde, il prend une résolution digne d'eux et digne de lui, et commande: « Eu avant!» Capitaine BLanc— Généraux et Soldats d'Afrique.
leurs armes; mais la trombe passe rapide, effrénée, terrible. impitoyable. renversant, brisant, dévastant, broyant tout ce qui lui fait obstacle. Les sabres sillonnent l’air d’éclairs sanglants; la poudre jette son cri aigu et vibrant; les lames fauchent, tranchent et abattent; elles étincellent en rencontrant le fer ; les étriers tintent sous les coups des chabirs, et sous ce bruit lugubre de ferraille, cette sorte de tocsin de la mort, hommes et chevaux, la narine ouverie, les naseaux fumants. l'œil enflammé et veiné de sang, roulent toujours comme la meule de la mort. pulvérisant dans leur course fougueuse. vertigineuse. lout ce qu'ils rencontrent sur leur passage. Excités par les femmes. quelques Réguliers cherchent à faire tête à l'ouragan; mais ils sont entrainés dans la tempète comme des tourbillons de sable sous le souffle impétueux du chehili". D'autres femmes s’enfuient éplorées. trainant leurs longs voiles blancs dans le sang; des chevaux, la selle sous le ventre, ou avec leur chargement leur battant les jarrets, galopent. désorientés, le nez au vent, dans toutes les directions. Tout est renversé, piétiné. brisé, comminué, éventré!
Ils sont là 5,000 guerriers — dont 500 Réguliers — qui fuient, la rage au cœur et la honte au front; quelques-uns essaient de se grouper pour tenter quelque résistance ; en un clin d'œil, ils sont enveloppés dans la débâcle sans avoir réussi à se former ; d’autres cherchent à prendre du champ; mais Chasseurs et Spahis vont couper la retraite aux fuyards, que de nombreux cavaliers ennemis cherchent vainement à dégager, et les rejettent pèle-mèle sur le gros de cette population ahurie, bouleversée, hors d'elle-même.
En résumé, 300 cadavres de guerriers arabes restent sur