‹ Le général YusufChapitre 9 sur 125 · Annales algériennes. — Livre IV · texte numérisé non relu

Annales algériennes. — Livre IV

Le général de Bourmont, qui pensait ne faire qu'une simple promenade militaire, avait emmené à sa suite un nombreux État-major. Le jeune interprète Youcouf, surtout, que ses fonctions appelaient à se tenir à proximité du Général en chef, attirait tous les regards par l’élégance et la richesse de son costume, et par la grâce vigoureuse avec laquelle il maniait son cheval. La colonne n’avait d’yeux que pour ce merveilleux cavalier, sur le compte duquel l'imagination de nos soldats brodait mille contes orientaux. En effet, en voyant le général en chef de Bourmont s’entretenir fréquemment avec son interprète, on ne doutait pas que ce ne fût quelque prince arabe envoyé en mission auprès de lui.

Le lendemain, 24 juillet, dans la matinée, les choses changèrent complètement de tournure et d'aspect; les montagnards du massif auquel est adossée Blida descendirent dans la ville avec des intentions évidemment hostiles. Vers midi, des coups de feu se faisaient entendre dans les rues. M. Blouquier de Trélan, chef d’escadron d'État-major et aide-decamp de M. de Bourmont, élant sorli pour en reconnaitre la cause, tombait frappé d’une balle qui le blessait mortellement.

En présence de celle attaque, qu'il n'avait point prévue, le Général en chef ordonnait la retraite : à une heure de l'après-midi, la colonne levait son camp et se remetlait en marche sur Alger. Dès ce moment, nos troupes furent assaillies par une nuée d’Arabes et de Kabils qui leur firent éprouver des pertes assez sérieuses ; mais, dès qu’elles furent en plaine, l’attaque de l'ennemi devint molle et timide ; il suivit pourtant la colonne jusqu’à la Zaouya de Sidi-Aaïd-ech-Cherif, laquelle est située à cinq kilomètres au delà de Bou-Farik. Chaque fois que, pendant cette retraite, notre poignée de cava-

liers trouva l'occasion de charger les Kabils, elle ne la laissa point échapper, et elle le fit toujours avec succès.

A plusieurs reprises, le jeune interprète Youcouf ne put résister, bien que cette besogne ne fût pas dans ses attributions, à l’envie de charger ces gens de pied avec l’escadron de Chasseurs. Plusieurs Kabils se trouvèrent fort mal de cette intervention de l'interprète dans une affaire qu'ils prétendaient ne pas être de sa compétence.

Il y eut là quelques têtes très délicatement enlevées, quelques crânes fendus. quelques membres séparés des corps auxquels ils appartenaient. Tout cela était fait sans prétention, sans ostentation de la part de Youcçouf, et tout simplement pour donner une idée de ce qu'il pourrait faire quand il travaillerait pour son propre compte. A partir de ce moment, Youcouf prenait rang dans l'estime des cavaliers français; c'était désormais un des leurs.

La colonne couchait à Bir-Touta; ce fut là que le général de Bourmont recut le bâton de maréchal de France.

Avant sa fâcheuse expédition sur Blida, M. de Bourmont * S’élait occupé d'étendre nos relations jusqu'aux Beyliks de Constantine et d'Oran. Du reste, le Gouvernement français lui avait fait connaitre que le projet auquel s’arrêterait très | probablement le Cabinet, était de céder à la Porte Ottomane Alger et l'intérieur de la Régence, et de se borner à conserver le littoral depuis l’Harrach jusqu’à Tabarka, à l'Est.

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Comme, en définitive, l'occupation de Bône entrait dans l'exécution de ce projet, elle fut résolue sans plus tarder.

Le corps expéditionnaire de Bône, composé d’une brigade d'infanterie, d’une batterie de campagne et d’une compagnie de Sapeurs, s’'embarquait, le 95 juillet, sur une escadre formée d'un vaisseau, de deux frégates et d’un brick. Ce corps était commandé par le général de Damrémont, et l’escadre était placée sous les ordres du contre-amiral Rosamel. Contrariée par le temps, elle n’arriva devant Bône que le 2 août. Le débarquement s’opéra sans obstacle.

Aussitôt débarqué, le général de Damrémont s’occupa de se mettre en défense contre les Arabes, dont les dispositions paraissaient loin d’être aussi pacifiques que celles des habitants de la ville. L’anarchie la plus complète régnait dans les tribus de l’ancien territoire de Bône, particulièrement chez les Merdas, les Oulaça, les Senhadja, les Khareza, les Beni- Ourdjin, et les Beni-Mahammed du massif de l’'Edough (ou Edour’).

Sur le rivage oriental du lac Fezara, un asel' du Beylik, placé sous le commandement de Bel-Kacem-ben-Yäkoub, formait, de ce côté, un puissant foyer de résistance à notre domination.

Du côté de l’est, se trouvaient les importantes tribus des Nehadh et des Beni-Salah,

Enfin, au sud, on rencontrait les Hanencha, tribu puissante et à peu près indépendante des Beys de Constantine, puis les Oulad-Dhan et les Guerfa ; au sud-ouest, les Beni- Four’al et les Zerdaza.

La tribu la plus voisine de Bône était celle des Khareza.

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