‹ Le général YusufChapitre 80 sur 125 · US · texte numérisé non relu

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3° 250 Spahis choisis dans tous les escadrons;

4o 120 Chasseurs choisis sur 140 qui vont être réunis à Médéa;

00 Un petit détachement de sapeurs et ? mulets chargés d'outils;

6° Une section d'Ambulance;

1° 16 mulets chargés d’une réserve de 32,000 cartouches;

8° Un petit détachement d'Ouvriers d'Administration.

M. l'Adjoint à l'Intendance Révisard sera chargé de l’administration de votre colonne, et, à son défaut, un bon agent de l'Administration.

Avec des mulcts requis à Blida et dans les environs de Médéa, vous tâcherez de faire transporter sinon la totalité de votre infanterie, au moins une partie prise dans les hommes les moins robustes, qui pourront céder leurs places de temps en temps à leurs camarades pour les soulager. Des cordes, pour attacher les mulets au bivouac, et de petites peaux de bouc (650) pour porter de l'eau, seront envoyées à Médéa par les soins de M. l’intendant Appert.

M. le Sous -Intendant Réquier entretiendra les approvisionnements de Boghar, afin que votre colonne puisse s'y ravitailler.

Du reste, je vous autorise à prendre des vivres, suivant les circonstances, à Tiaret ou à Teniet-El-Had.

Votre mission générale est de donner la chasse à toutes les populations qui habitent ou quise sont réfugiées sur la frontière du désert, sur le Haut-Chelif ou Nehar-Ouassel, et entre cette ligne et les montagnes de l’Ouarensenis. Il est de la plus haute importance de ruiner cette contrée, qui est aujourd’hui à peu près la seule qui obéisse à l'Émir ou à ses lieutenants, et qui puisse leur fournir des ressources.

Privés des récoltes de cette partie du Tell, il sera très difficile à Abd-el-Kader et à ses Khalifas d'y réunir des troupes pour pénétrer dans la vallée du Chelif central, et les montagnes de l'Ouarensenis ne sont pas assez riches pour y suppléer.

C'est donc à l'épuisement ou à la destruction des récoltes de toutes les tribus du sud de l'Ouarensenis qu'il faut surtout s'attacher.

Un des moyens d'atteindre ce but, c'est de lancer sur les récoltes du Tell les populations soumises de cette région, et sur les pâturages du Sud, les tribus alliées de cette contrée. Elles pourront moissonner sous la protection de votre colonne, et vous tâcherez, si cela est possible, de leur faire porter une partie des produits soit à Boghar, soit à Teniet-El-Had.

Une autre partie fort intéressante de votre mission, c’est de consolider ct d'étendre les relations déjà commencées avec plusieurs grandes tribus du désert, comme les Arba, les Laghouat, les Ouled-Nail, etc. Je m'en rapporte à cet égard à votre intelligence et à votre connaissance des mœurs et de: affaires arabes. Je suis bien convaincu que vous ne prendrez, avec les Chefs de ces tribus, que des engagements qu'il sera possible et utile de remplir.

En vous indiquant comme but essentiel la destruction ou l'enlèvement des moissons des tribus du sud de l'Ouarensenis. je ne prétends pas vous enchaîner absolument dans le cercle cultivable de cette partie du Tell, et je vous laisse toute liberté de manœuvres pour atteindre les populations émigrantes ou les lieutenants de l'Émir. Il est probable que vous serez obligé, peut-être même au début, de vous porter au sud-est pour tourner les populations qui fuiraicnt la colonne du colonel Korte, et les rejeter sur lui. Mais ce que je vous recommande en tout état de cause, c'est de ménager infiniment le forces et la santé des troupes qui vous sont contiées. Kans doute, il faut tenir la campagne aussi longtemps que possible. et, pour cela, il faut que vous soyez pourvu de petits moulins arabes; mais il vaut mieux opérer cependant quelques jours de moins que de compromettre la santé du soldat et l'existence des chevaux. 11 arrive un moment où les forces et la bonne volonté, autant que les provisions, commencent à s’épuiser: dès qu'on en aperçoit les premiers symptômes, il faut rester pour réparer les troupes et toutes choses. Une campagne trop prolongée retarde dans des proportions plus considérables l'ouverture d'une autre campagne.

Vous adresserez vos rapports à M. le général Changarnier aussi souvent que cela vous sera possible, et, comme il est probable que cet officier général, en raison de ses fonctions

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d’fnspecteur, sera souvent absent de Miliana, je vous prie de m'adresser copie directement de tous les rapports de quelque importance.

J'ai la confiance que vous ferez une campagne heurcuse, qui avancera beaucoup nos affaires dans cette partie de l'AIgérie, et qui aura même de l'influence sur les autres points,

Recevez, Colonel, l'assurance de ma considération distinguée. BUGEAUD.

P.-S. — Votre colonne n'est point assez forte en infanterie pour que vous puissiez pénétrer dansles montagnes. Abstenezvous donc d'y entrer, et n'allez que sur les premières pentes de l'Ouarensenis.

Monsieur le Colonel Yusuf.

Dès son retour à Médéa, le colonel Yusuf s'était mis à l'œuvre pour l'organisation de sa colonne mobile, qu’il devait compléter par un millier de mulets pour monter son infanterie régulière", 2,000 cavaliers de goum, et 3,800 chameaux pour le transport de ses approvisionnements.

La glorieuse journée de Thaguin nous avait fait prendre décidément pied dans le Sud, et la création d'établissements permanents à Boghar, à Tnivet-El-Ahd et à Tiharet démontrait clairement que notre intention était de nous méler sérieusement désormais des affaires des populations nomades qui habitent ces contrées, et dont nous avions déjà, en partie du

1. Dans son rapport qu’il adresse au général Bugcaud, le général Yusuf lui rend compte des dispositions qu'il a prises pour l'organisation do ses cavaliers-fantassins ; il lui explique les détails du harnachement qu'il a adopté, et qu'il avait mis au concours dans les détachements d'infanterie (zouaves et 33° de ligne) composant sa colonne légère. Chaque cavalierfantassin était muni de 12 jours de vivres, 4 jours d'orge, 2 jours de bois, et d’une outre de 12 litres. Ses vivres, d’un côté dans la grande besace ; l'orge et l’eau de l'autre côté, formaient équilibre.

moins, éventé les mystères, lesquels ne résultent habituellement que de l'inconnu. Des relations nouvelles ne pouvaient manquer de s'établir entre nous et les tribus du Sahra. Du reste, de tout temps, les maitres du Tell ont été les maitres du Désert, dont ils tiennent les populations par l'estomac: en effet, les Sahriens expriment leur état de dépendance, sous ce rapport, par cette phrase pittoresque: « Loin de notre pain et près de notre soif, » En réalité, le Sahra ne produisant pas de céréales, ses habitants en sont réduits à tirer leurs grains du Tell. Sous les Turks, on l’a dit, la quittance du mekas' élait la seule clef qui pût leur ouvrir les portes du pays aux céréales.

Quelques-unes de ces tribus, celle des Arbaà, entre autres, étaient venues nous offrir de payer l'impôt d'usage; d'autres étaient hésitantes, quelques autres enfin ne voulaient point séparer leur cause de celle de l’Émir. Ce sont celles-ci surtout — les populations des Hauts-Plateaux — qu'il s'agissait de réduire à l'obéissance, et nous avons vu plus haut que les instructions du général Bugeaud au colonel Yusuf étaient concues dans ce sens.

Le Gouverneur général avait fixé, lui-même, par son ordre du 16 juillet, la composition de la colonne que devait réunir à Médéa le colonel Yusuf; or, comme les éléments en étaient tirés des divers camps ou places de la province d'Alger, son rassemblement ne fut pas aussi prompt que le colonel eût pu le désirer. Les 4,000 mulets destinés à monter les fantassins, les 3.800 chameaux pour le transport des approvisionnements, et les 2,000 cavaliers auxiliaires, auxquels Boghar avait été fixé pour point de réunion, deman-

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