ASSEMBLÉE DES NOTABLES
Devenue l'alliée d'une rébellion populaire, la monarchie s'est mise en contradiction avec elle-même. Mais sa rupture avec la logique lui mérite les applaudissements universels, et les batailles livrées à son propre principe lui rapportent autant d'avantages matériels que de gloire. Va-t-elle donc enfin comprendre le mouvement du siècle, abandonner la tradition absolutiste, chercher une conciliation entre l'esprit ancien et l'esprit moderne?
Plusieurs des derniers philosophes et des premiers publicistes proposent d'appliquer à la France les institutions américaines ou anglaises, de réunir « un corps de représentants élus par la majeure partie de la nation. » Dans les conseils du roi, dans les cabinets des ministres, des hommes de progrès ' remettent sans cesse sur le tapis le plan, conçu par Turgot, d'un vaste système de municipalités électives, aboutissant peu à peu à la formation d'une « grande Municipalité » du royaume. Des pairs, des magistrats rappellent l'histoire oubliée, parlent assez
nouveau et singulier, chez nous elle rendait seulement plus sensible et plus frappant ce qu'on croyait connaître déjà. Là elle étonnait, ici elle achevait de convaincre. Les Américains semblaient ne faire qu'exécuter ce que nos écrivains avaient conçu ; ils donnaient la substance de la réalité à ce que nous étions en train de rêver. C'est comme si Fénelon se fût trouvé tout à coup dans Salente. » — A. de Tocqueville , V Ancien Régime et la Révolution, p. 223-224. * Tels que Dupont (de Nemours).