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LA PRESSE ET LE PROLÉTARIAT

« Il n'y a jamais eu, et il n'y aura jamais que deux classes réellement distinctes de citoyens, les propriétaires et les non propriétaires, dont les premiers ont

tout et les autres n'ont rien Il ne s'agit pas de

prendre la bourse des riches, mais de faire en sorte que les riches n'aient pas le pouvoir d'être injustes et

inhumains envers les hommes laborieux et utiles

Les intérêts des pauvres et des riches sont communs et inséparables, et point de salut à espérer dans un ordre de choses où les institutions continueraient d'être une violation ouverte du droit naturel envers la partie la plus nombreuse et la plus laborieuse de la nation. »

Ainsi parle, dans un très-curieux Cahier des pauvres^ déposé sur le bureau du district de Saint- Étienne-du-Mont, un très-obscur « inspecteur des apprentis des différentes maisons de l'hôpital général de la Pitié.» Cet honnête père de famille, nommé Lambert * , n'est évidemment pas un savant économiste, mais simplement « un ami de ceux qui n'ont rien. » Il a vu, il a peut-être éprouvé la misère, et, en suivant

Rémi de Courtenai implore la protection du roi en faveur des a pauvres malheureux que leur peu de lumières force au silence, » tonne contre le Clergé, « qui satisfait ses passions avec l'argent destiné aux pauvres » et conseille à S. M. de « créer avec les biens ecclésiastiques des bureaux pour soulager les malheureux. » — Voir aussi le Cahier du 4* ordre, celui des pauvres journaliers, infirmes, indigents, etc. (par Dufourny de Villiers).

* l\ se nomme en tête de sa brochure et ajoute à son nom ces explications : « âgé de 43 ans^ domicilié rue Copeau, père de huit enfants, dont six vivants, qui ont tous été nourris par son épouse qui, Dieu aidant, espère bientôt donner un citoyen de plus à TÉtat. » — En outre de son Cahier des pauvre s, il a adressé un Mémoire à V Académie de Châlons, dans lequel il proposait, dès 1777, la suppression de ia mendicité, et publié un Précis des vues en faveur de ceux qui n*ont rien.

ayec naïveté les élans de son cœur , il trouve les idées qui, un demi-siècle plus tard, serviront de bases aui systèmes de nos socialistes les plus populaires.

a L'une des plus cruelles méprises de la politique moderne, écrit-il, la vraie boîte de Pandore quia versé fiur nous le torrent de maux auxquels il est dans ce moment-ci question de nous soustraire , c'est que

c'est l'argent qui est la force et le nerf des États

L'argent ne fait rien, ne produit rien, il n'est que le signe des choses, et les choses ne sont produites que par le travail des hommes. Ce n'est donc pas l'argent, mais les hommes qui sont la force et le nerf des États Que l'on s'occupe donc enfin des hommes ! »

Il demande : — 1*" Que ce les travaux productifs et utiles obtiennent une prédilection marquée sur tous les arts de luxe ; » et que « tous les hochets de la vanité soient fortement imposés ; » — 2° que les salaires <( ne soient plus aussi froidement calculés d'après les maximes meurtrières d'un luxe efifrené ou d'une cupidité insatiable;» — 3** que « la conservation de l'homme laborieux et utile ne soit pas pour la constitution un objet moins sacré que la propriété du riche ; » — 4° qu'aucun homme laborieux et utile « ne puisse être incertain de sa subsistance dans toute V étendue de l'empire. »

Un autre publiciste * , bourgeois des plus modérés, disait : a Un État bien civilisé ne doit pas lais^ d'excuse à la misère et au crime. Toutes les fois qu'on a donné du travail à celui qui peut le faire et des ser cours à VinfirmCy la société n'est plus tenue à rien envers celui qui veut vivre dans son sein *. » N'était-ce

^ M. D. L. G. Projet de Cahier pour le Tiers-itat de Pmt.

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