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LE DROIT AU TRAVAIL ET LA PROPRIÉTÉ

pas reconnaître ce que depuis on a appelé le droit au travail? D'ailleurs, Montesquieu lui-même avait écrit ^ : c< L'État doit à tous les citoyens une subsistance assurée^ la nourriture^ un vêtement convenable^ et un genre de vie qui ne soit point contraire à la santé. » Rousseau avait émis cette opinion ^ : « Quand les pauvres ont bien voulu qu'il y eût des riches, les riches ont promis de nourrir tous ceux qui n'auraient de quoi vivre, ni par leur bien^ ni par leur travail. »

Un certain nombre d'écrivains populaires, en avril, mai et juin 1789, réagissent déjà, avec plus ou moins de violence, contre les conséquences que peut entraîner, dans une société organisée au rebours de la justice, le fameux principe des économistes : Laisser faire et laisser passer.

Quelques-uns opposent la question sociale à la question politique, la nécessité de vivre à la liberté idéale, réclament l'intervention de l'État pour l'amélioration du sort du plus grand nombre injustement réduit à la misère, espèrent, comme les premiers physiocrates et leurs descendants, la réforme de la société par une dictature populaire, par un « despotisme rationnel. »

« Que servira, lit-on dans Les quatre cris d'un patriote *, que servira une constitution sage à un peuple de squelettes qu'aura décharnés la faim? Que servira à ce peuple d'avoir évité le joug des aristocrates, dont une partie, du moins, le nourrissait, si l'inhumanité des riches le laisse périr de misère?... La voix de lali-

* Esprit des Lois, livre XXIII, ch. xxix.

3 EmOe, liv. U.

^ Ala naMon, brochure anonyme.

berté ne dît rien au cœur d'un misérable qui meurt de faim.... Des 25 millions d'hommes qui habitent ma patrie, 18 millions au moins meurent de faim. L'argent resserré en quelques mains ne circule pas.. ^ I! est à craindre qu'après que les propriétaires auront secoué le joug des aristocrates, la multitude pauvre, proscrite par l'avide égolsme des propriétaires, foule au pied les titres inhumains de la propriété. ...» Il fSaut « vite ouvrir des ateliers, Sixer une paie aux euvriers,... forcer le riche d'employer les bras de ses concitoyens, que son luxe dévore,... » donner aux bras inoccupés « des terres à défricher... » îl faut «nourrir le peuple,... garantir les propriétaires de Tinsurreetion terrible et peu éloignée de 20 millions d'in-" digents sans propriété * . »

La question sociale est ainsi posée par la menace, parla haine, dans un très-petit nombre de brochures, durant la période électorale *. La plupart des défenseurs officieux du prolétariat, disciples de Rousseau

* Supprimer le luxe malgré les sophismes des gens instruits, ré^er l'emploiides richesses, obliger les citoyens à exposer leurs moyens d'existence, est-il demandé dans le Plus fort des Pamphlets, par Noilliac (d'Ormesson). — Cette opinion se retrouve exprimée dans on très-grand ii«nd)re de Cahiers de Paris et de province; Tidée des impéU sonptuaires est très-répandue.

2 Parmi ces brochures, il faut citer celles qui sont signées « le Père Duchéne » et intitulées les Fers brisés, les Vitres cassées, la CoZérv dm Père Duchêi^ à l'aspect des abus. La dernière eofnmenoe ainsi :

« F... ourche, f... ourehe; quand je vois ce que je vois, je suis d'uBft colère de b....onze.

9 Quand je vois Tautorité, les plaisirs et l'oisiveté d'un tfSik, la dépendance, les soucis et la misère de Tautre, cela me f....ournit de l'humeur.

» Quand je vois des hommes manger en un seul repas ce qui aoffinit à la subsistance de dix familles dans un an, cela me f....iche, et beaucoup. »

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et de Mably, n'ont, sans doute, qu*un respect médiocre pour la propriété, telle qu'elle existe. Cepen* dant, ils n'en demandent pas l'abolition ; ils veulent seulement la transformer, ils veulent qu'elle ne soit plus le résultat fcUal du privilège, de la violence, d» vol S mais le iruit naturel du travail, et que, le travail étant sissuré à tous, elle devienne à tous accessible ^. II ne semble pas que le Code de la nature de Morelly sdt eu, même à Paris, une influence quelconque sur les opinions exprimées durant les premiers mois de 1789. Les brochures positivement communistes, dans lesquelles on réclame, comme plus tard Babœuf, la loi agraire *, sont extrêmement rares. Quelque égalitaire que l'on pût être, on aimait trop alors la liberté

* Brissot avait publié, en 1782, dans la Bibliothèque du législateur, ui» opuscule intitulé : De la propriété et du vol. Sans descendre aux applications, se maintenant toujours dans la région extra-sociale de la théorie pore» le jeune publiciste républicain avait poussé à leurs extrêmes conséquences Les principes posés par Rousseau» Mably, Morelly. — La propriété» avait-il dit, « c'est la faculté qu'a l'animal de se servir de toute la matière pour conserver son mouvement. Cette conservation est le point central de ses besoins. Ses besoins sont donc, ei même temps, le bat et le titre de sa propriété.... La mesure de nos besoins doit être celie de notre fortune.... Lorsqu'ils sont satisfaits, nous ne sommes plus propriétaires...»— « C'est en vertu du droit de propriété que la nature aceerde aux, hommes, que le malheureux affamé peut emporter le paim

qui est à hii, puisqu'il a faim : la faim, voilà son titre Jacques se dit

possesseur d'un jardin ; y a-t^il plus de droit que Pierre ? Non certainement. Les parents de Jacques lui ont, à la yérité, transmis cet héritage; maÎB on vertu de quel titre le possédaient-ils eux-mêmes ? Remonta sa haut que vous voudrez, vous verrez toujours que le premier qui s'en est éi le propriétaire n'avait aucun titre. » -^ Cependant Brissot n'était ■ollement communiste.

3 On trouvera, au second volume de cet ouvrage, un résumé complet! te idées des électeurs de 1789 sur la Propriété ei le travail,

* Moyen d'établir une loi ctgraire, d'assurer la subsistance 4m panvrts, de réformer le Clergé et la eonetitwHon mil/iiaûre, breeliure.

pour rêver, à la place d'une société de privilégiés et de bourgeois, de prolétaires et de riches, un immense couvent régi par un despote.

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