LE PEUPLE SAIT AHENDRE
Mais, au sein des assemblées et au milieu des foules qui suivent avec anxiété leurs débats, des voix éloquentes et aimées s'écrient : « Nous avions été privés pendant deux siècles du droit de nous rassembler, nous voilà redevenus citoyens, après avoir été, pendant deux siècles, esclaves... Tout est illégal, précipité, désordonné, dans cette convocation des habitants de Paris.... Mais tous ces vices, quelque considérables qu'ils soient, ne doivent pas arrêter l'élection. Le temps presse, la nation ne commencera à respirer, n'aura de barrière assurée contre le despotisme, qu'au moment où les États-Généraux seront ouverts.... Nous ne sommes rien aujourd'hui^ nous serons tout alors *. » Bourgeois et prolétaires comprennent; les premiers se décident à user de leurs droits, les seconds les soutiennent, les excitent dans l'action politique. Le peuple non électeur ne veut rien faire, ni rien dire qui puisse troubler la préparation de l'œuvre révolutionnaire. Il a tellement peur de retarder l'ouverture des États-Généraux, déjà remise du 27 avril au 4 mai, qu'à peine ose-t-il envoyer des députations aux électeurs, pour leur indiquer ce qu'ils devraient proposer ou décider dans son intérêt propre.
Il ne parut, en effet, que deux députations ouvrières à l'assemblée du Tiers-État ; la première , des marchandes de poissons, le 9 mai; la seconde, le 19, des fruitières-orangères et autres dames de la halle, louant les électeurs de leur patriotisme, et
* JHscown de BrUsot de Warcille, prononcé le 21 ayril à rassemblée dn district de la rue des Filles-Saint-Thomas , imprimé en brochure.
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a leur recommandant Fintérét du peuple de Paris \.n Les dames de la halle et, en général, toutes les femmes du peuple étaient très-hostiles à rAoeba Régime. Elles exercèrent une influence évidemment considérable sur leurs maris, sur leurs enfants, dur rant les élections, lorsqu'il fallait n'écouter aucun des mauvais conseils de la misère et se tenir îmmi»bile, plus tard, quand chaque citoyen dut saisir un fusil et s'élancer au combat.
Dans la bourgeoisie, dans Taristocratie même, Taction féminine fut révolutionnaire à l'aurore de la Révolution. V Emile avait, comme dit admirablemeat Michelet'^, rallumé au cœur des femmes les deux étincelles d'une foi nouvelle : Humanité^ matenM. Ce fut le dévouement sublime de M"** Legros ',1a faible main d'une pauvre femme qui, en réalité, « arracha les fortes pierres, les massives grilles de ièr, et rasa les tours de la Bastille. » Combien d'autres, plus illustres et dont les salons étaient de véritaUes clubs, inspirèrent les héroïques élans des grands orateurs et des grands hommes d'action ! *
Déjà Condorcet avait réclamé pour les femmes la jouissance des droits civiques, car, avait-il écrit, « si les hommes ont des droits naturels, les femmes doivent en avoir aussi ; » elles peuvent être « élisantes et éligibles, » vu que, « nul ne peut limiter la liberté des électeurs » et qu'il n'y a, entre les deux seies,
' Procès-verbal rédigé par Bailly et Duveyrier, 1. 1*". 3 Les femmes de la Révolution, p. 12.
3 La libératrice de Latude.
* Michelet, Les Femmes de la Révolution, p. 20 et 25. M"« de Genlis, M"»« de Staël, M- Roland.