ACTION DES FEMMES. — LEURS DOLÉANCES
a aucune différence qui ne soit l'ouvrage de l'éducation *. » L'idée de l'ami de Voltaire est avec passion relevée et propagée par Olympe de Gouges qui, dans ses Remarques patriotiques^ revendique les droit de la femme , comme les publicistes mâles les droits de l'homme *. Au moment des élections, paraissent plusieurs brochures, dans lesquelles on demande l'admission des femmes aux États-Généraux, et l'on proteste contre la tenue d'une Assemblée nationale, d'où la moitié de la nation se trouvera exclue. Mais plus n ombreux sont les écrivains qui réclament, non pas l'égalité politique, mais au moins l'égalité sociale pour la femme, et la réforme radicale de son éducation, afin qu'elle devienne capable de jouer son grand rôle d'initiatrice de l'enfance. Il en est qui, dans le but de moraliser le mariage, demandent la suppression de la dot, posent^ absolument de la même manière que les socialistes de nos jours, les très-graves questions de la séduction, de la prostitution et du travail des femmes, auxquelles les hommes enlèvent tout moyen honnête d'existence. Ce sont des dames qui portent à l'Hôtelde-Ville ou au Châtelet cette motion : « Pour rétablir les finances en vingt-quatre heures, déposer sur l'autel de la patrie, tous les bijoux existant en France.» Enfin, elles s'excitent entre elles à « recouvrer cette dignité qu'un siècle frivole semblait leur avoir ravie, » à faire
1 CoDdorcet reyient souvent sur ces idées» mais nulle part il ne les expose plus complètement que dans les Lettres d'un bourgeois de JSew- Uaxen, 1787.
2 Olympe de Gouges, bien que disciple de Jean-Jacques et écrivant Le bonheur primitif de Vhomme, avait alors des opinions politiques si modérées qu*eUe publiait une brochure intitulée : Pour sauver la Par trie, il faut respecter les trois Ordres !
de leurs maisons des « écoles de patriotisme, » à refuser leurs caresses aux lâches qui trahiraient la cause de la liberté , à provoquer par leur amour le dévouement et l'héroïsme , en un mot à « sauver la patrie * ! »
Grâce à l'enthousiasme des Parisiennes, dignes sœurs des Dauphinoises, des Angevines, des Bretonnes, grâce aussi à l'attitude des prolétaires, sachant supporter la misère avec une résignation sublime, les élections de Paris furent, dans l'Ordre de la Noblesse comme dans l'Ordre du Tiers-État, très-favorables aux idées révolutionnaires. Le Clergé lui-même suivit le mouvement, mais non sans résistance ; car il fut le dernier à renoncer à ses privilèges pécuniaires, et sa revendication des droits nationaux, trop modérée, se trouve sous plus d'un rapport contredite par d'absurdes anathèmes à l'athéisme, à l'hérésie, à la philosophie et à la presse ^. Les (c citoyens-nobles, » bien que fort animés contre le despotisme et l'arbitraire,
* Voir Sixxx Éclaircissements et pièces justificatives fti^^ih, Ymdï^st des principales brochures écrites par ou sur les femmes.
3 Aussi les tardives démonstrations de patriotisme, qu'il fit dans ses Arrêtés et dans ses Cahiers n'inspirèrent-elles aucune confiance.— L'auteur d'une intéressante brochure, VEsprit du Clergé dans les États-GénérauXy dénonce les intrigues secrètes des salons et des confessionnaux, et s'écrie : « Méfiez-vous du Clergé, mot d'ordre qui doit être mis à la tête de tous les Cahiers. Si le bien s'opère, ce sera malgré lui , si le mal prévaut, il aura fait le mal. »
Dans une autre brochure, Doléances de Vexorciste du diocèse de Paris, l'abbé Cordier de Saint-Firmin se plaint de ce que les Églises sont désertes : « On ne pourrait pourtant pas, dit- il, se passer de religion ! »
Dès le début de la Révolution, on voit que l'attitude politique do premier Ordre est très-utile à l'achèvement de l'œuvre de la philosophie du dix-huitième siècle.