ASSEMBLÉES GÉNÉRALES. — LEDR ESPRIT
bien qu'en parfait accord avec « les citoyens du Tiers- État, )) relativement aux droits de Thomme, des citoyens et du peuple, font certaines réserves des moins libérales en ce qui concerne leurs privilèges honorifiques et leurs propriétés. Enfin, les bourgeois, qui votent au nom du troisième Ordre entier, se montrent, malgré leur enthousiasme, malgré leur intelligence révolutionnaire, moins avancés que certains électeurs plébéiens des provinces sur les deux graves questions du travail et des cultes.
Contrairement à Topinion commune, j'estime que les élections parisiennes, faites après celles de presque toute la France *, et dans des conditions beaucoup moins démocratiques, sont loin d'être les plus importantes au point de vue de l'histoire des idées. Rédigés sous l'influence desBailly, des Camus, des Target, des Clermont-Tonnerre, des La Rochefoucauld, des Lally-ToUendal, et lorsque déjà nombre de ce doléances et remontrances » provinciales avaient été imprimées, les Cahiers du Tiers-État et de la Noblesse de Paris forment un résumé , sans doute très-remarquable, mais incomplet et atténué de la masse des Cahiers de la France. A vrai dire, la capitale ne joue, dans les élections, qu'un rôle secondaire. Elle ne prendra ou plutôt n'acceptera la direction du mouvement révolutionnaire qu'à partir du 14 juillet, et grâce aux masses, passant tout à coup de l'abstention à l'action.
Cependant, avant la prise de la Bastille, en refusant
^ Elles ne furent terminées que le 23 mai, et la rédaction du Cahier particulier de la ville ne fut adoptée par les trois Ordres que \% 14 juin.
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de se soumettre à la présidence officielle du lieutenant civil, et en composant librement le bureau de leur assemblée générale, les électeurs bourgeois avaient donné le plus grand éclat à l'affirmation de la souveraineté populaire. Les élus du Tiers-État, de la Noblesse et même du Clergé *, renouvelant les protestations de leurs commettants contre les élections par Ordre, se réunissant fraternellement à THôtel-de- Yille ^ et arrêtant en commun le Cahier particulier de Paris, avaient évidemment précipité la prestation du serment du Jeu-de-Paume et la création de la première Assemblée nationale à la place des derniers États-Généraux.
* Les députés de Paris étaient au nombre de 40, dont 10 du Clergé, 10 de la Noblesse et 20 du Tiers-État. Paris-ville, sans les arrondiss^ ments extérieurs du département de la Seine, sans les communes annexées de la banlieue, nommait donc, en 1789, et pour une population trois fois moindre, plus de quatre fois autant de députés qu'il n'en Donune en 1863.
2 Procès-verbaux de l'Hôtel-de-Ville, 7 et 14 juin