RÉSDLTAT MATÉRIEL DES ÉLECTIONS
membres des parlements, faisant partie du second Ordre. On comptait parmi eux un nombre assez considérable d'officiers de judicature, environ iSO, mais très-peu d'employés du gouvernement, tels que 2 conseillers d'État, 7 subdélégués, 6 maîtres et lieutenants particuliers des eaux et forêts, l garde du Trésor royal, 1 intendant de marine, 1 intendant de l'Inde, 1 directeur des monnaies, 1 entreposeur des tabacs, 1 officier chez le roi, 1 maître d'hôtel de Monsieur, et enfin 2o ou 30 maires, consuls, échevins, etc., non pourvus de leurs fonctions par leurs concitoyens. Il y avait plus de 210 avocats, procureurs, notaires, maîtres en droit *, à côté d'une quinzaine de médecins, de 75 à 80 négociants, banquiers et marchands, d'un seul capitaine de vaisseau mar- <;hand et d'un seul armateur, de 50 bourgeois, propriétaires et rentiers, de 40 cultivateurs, laboureurs et fermiers, de 2 libraires et de 3 ou 4 hommes de lettres n'ayant pas d'autre titre ni d'autre profession ^. Tel est le résultat, pour ainsi dire, matériel des élections de 1789. Il est déjà considérable puisque les chiffres seuls indiquent : dans le Clergé, la victoire
* Plus loin, aux n"* 9 et 14 des Pièces justificatives et éclaircissements de ce yolume, on trouvera deux protestations des électeurs et la mention d'une brochure contre le nombre excessif des avocats et praticiens, nommés électeurs ou députés.
2 Ce très-petit nombre ne doit pas surprendre, vu qu'en 1789, il y vivait très-peu d'écrivains qui fussent « hommes de \eiiTes n par état. Ainsi, Mirabeau est compris dans la catégorie des quinze gentilshommes nommés par le Tiers-Etat ; Sieyès, dans celle des prêtres sans exercice poblic ; bien que ce soit en leur qualité d' « hommes de lettres » qu'ils aient été élus, le premier quoique noble ; les second quoique prêtre. Cbassebœaf de Volney et beaucoup d'autres pubiicistes sont réputés bourgeois et propriétaires.
des curés réduits à la portion congrue sur les prélats et riches bénéficiers; dans la Noblesse, la défaite de la magistrature et de l'administration ; dans le Tiers- État, Taffranchissement du peuple des influences des deux premiers Ordres, ainsi que de celles du gouyernement, dont les agents, tous éligibles, forment une minorité d'autant plus significative qu'ils avaient été, par le Règlement du 24 janvier, investis de la présidence et du secrétariat des assemblées électorales.
Sauf de très-rares exceptions causées par la rivalité des Ordres *, les publicistes et les hommes d'action qui ont réveillé la France, entamé, dirigé la lutte contre le despotisme et, en quelques semaines de liberté, presque réparé des siècles de servitude, sont au nombre des élus. Autour d'eux, en majorité pour leur faire cortège, en minorité pour leur faire obstacle, se groupent une foule d'inconnus que la Révolution rendra bientôt célèbres et dont la réunion forme la synthèse vivante de la nation entière.
Mais, comme je m'occupe aussi exclusivement que possible des idées et non des hommes, ce n'est pas dans la Uste nominale de ceux qui furent institués représentants de. la France, c'est dans l'ensemble des mandats, pouvoirs et instructions, remis à chacun d'eux, qu'il me faut chercher la signification et trouver la valeur positive des élections de 1789.
La majeure partie des assemblées du Tiers-État,
* Ainsi Gondorcet ne fut pas honoré des suffrages des nobles, parée ifa'il avait écrit en faveur des plébéiens. Les omissions de 1789 foreot largement réparées en 1791 et 1792, aux élections de la Législative et ée U Convention.