‹ Le génie de la révolutionChapitre 133 sur 191 · LA. ROYAUTÉ EJS FACE DE LA RÉYOLUÎION · texte numérisé non relu

LA. ROYAUTÉ EJS FACE DE LA RÉYOLUÎION

ment la victime? Elle avait abattu l'aristocratie, absorbé les communes, supprimé ou avili la masse enâge au dit dix-huitième siècle, toutes les forces vives de la nation, la dé' eadenee de la Pranee.

L'ancien avocat généra) au parlement de Grenoble, Servan {Àms salutaire au Tiers-État) et la minorité des publicistes distinguent, il est vrai, dans notre malheureux passé, le mouvement antiféodal et le mouvement tyrannique, remercient les rois d'avoir (p. 13) a assujetti les maîtres barons et coupé le bec, les serres et les ailes à l'aigle de Rome » (la papauté et l'Église), accusent le peuple lui-même d'avoir par « sa pusillanimité, sa frivolité, ses discordes » (p. 20} laissé tomber les antiques libertés, d'être resté « muet et glacé k l'aspect d'un commissaire départi » (p. 24), et, par suite de sa léthargie de mille ans, » (p. 28) d'avoir ()ermis, rendu fatal rétaulissement de la monarclûe absolue. Mais, avec le gentilhooune breton, de Kersaint {le Ruhicon, I*^ partie), la major i té modëre'e distingue dans notre histoire deux histoires, l'une officielle, l'autre véridique. En lisant les édits de nos rois et leurs préambules éloquents, les fastueuses remontrances des parlements et les discours de certains orateurs de quelques États-Généraux, « on nous prendrait pour ce que nous n'étions, ni ne sommes. » Ces masques enlevés, on nous verrait (p. 7 et 8) « agités successivement par des intérêts puérils, croisés sous les Philippes, séditieux sous Charles Vi, esclaves sous Louis XI, fanatiques sous Charles IX, courtisans sous Louis XIV, vils jouets de la législation et du gouvernement sous Louis XV ; on nous verrait, sous la main de guides aveugles et pervers, conduits de faute en faute et d'erreur en erreur jusqu'au bord des plus effrayants précipices,.... éclairant la terre par nos écrits, mais paraissant plongés dans d'épaisses ténèbres, et gouvernés par l'ignorance au milieu même du savoir, » etc.

Depuis lors, l'Empire ayant restauré les trois quarts des institutions détruites par la Révolution, le Clergé, la Noblesse, la centralisation, la censure, etc., etc., la Restauration ayant ensuite rendu à la plupart des anciennes choses la plupart des anciens noms, une école libérale s'avisa de démontrer que Tabsolutisme a été, chez nous, le chemin de la liberté, et que la fatalité royale a préparé logiquement la justice démocratique. Cela était absurde, cela n'en parut pas moins évident. Durant trente ou quarante ans, la fameuse doctric.3 du despotisme civilisateur et de la suppression de la liberté dans l'intérêt de l'égalité (exagération de la théorie de Servan, précédemment exposée), domina, presque sans contestation^ nos écoles de tous les degrés, notre monde littéraire et politique, où elle produisit les fruits amers, que nous avons vu mûrir. Par bonheur, de vaillants esprits se sont enfin attaqués aux faux systèmes, et au nom de

tière des institutions parlementaires générales et locales, extirpé jusqu'aux dogmes, jusqu'aux idées dans lesquelles la conscience individuelle aurait pu trouver un dernier asile contre la tyrannie, vivant seule de la mort universelle ; le peuple, en ressuscitant, en se constituant libre, ne devait-il pas, à son tour, l'anéantir ?

Hormis la royauté * , que la presque totalité des

la morale, au nom du sens commun, les ont réduits à néant. L'histoire a désormais recouvré sa base, la conscience humaine, la responsabilité des individus et des peuples ; elle est redevenue Téternelle protestation du droit contre la force, la perpétuelle revendication de la liberté contre la tyrannie, quelle que soit la forme qu'elle prenne, quel que soit le masque sous lequel elle se cache, quel que soit le but qu'elle prétende s'attribuer. Grâce à l'admirable étude d'Edgar Quinet sur la philosophie de l'histoire de France^ grâce au savant travail de F. Morin sur les Théories historiques de M. Guizot (1854-1855), etc., etc., nous voici ramenés an point de départ de nos pères. Puissions-nous ne plus nous en écarter !

* L'attachement universel de la France de 1789 à la forme monarchique ne s'explique pas seulement par les habitudes monarchiques contractées depuis tant de siècles, mais aussi par l'amour qu'inspire le roi régnant, considéré comme se démettant volontairement de son pouvoir absolu et devenant sincèrement le chef de la révolution voulue par le peuple^ Déjà, page 249, nous avons entendu les électeurs du Tiers État de Bordeaux, Nantes,'Rouen, Amiens, Bar-le-Duc,etc., proclamer Louis XVI le père du peuple , parce qu'il rétablit les droits nationaux, appelle son peuple à la liberté, ne veut régner que sur un peuple libre.

« Nous sentons, s'écrient les trois Ordres du bailliage de Langres, ... nous sentons. Sire, et plus vivement que vous ne pouvez le témoigner, toute l'étendue du bien que va répandre dans toutes les parties de ce royaume, la régénération des Ëtats-Gcnéraux, nous sentons tout le courage qu'il a fallu à un prince né sur le trône, élevé dans l'attrait du pouvoir absolu, continuellement imbu depuis l'instant de sa naissance des maximes de l'autorité arbitraire, pour former la généreuse résolution de rendre à son peuple l'exercice de tous ses droits ; nous sentons combien de préjugés il a eu à vaincre, combien d'illusions à écar'cr, combien d'obstacles de tout genre à surmonter autour de lui, au dedans de lui, pour reconnaître que son véritable intérêt est souvent oppose n celui deses ministres et essentiellement uni à celui de son peuple, et pour briser les

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