‹ Le génie de la révolutionChapitre 136 sur 191 · I. — DE l'importance DES CAHIERS · texte numérisé non relu

I. — DE l'importance DES CAHIERS

« La Révolution française^ disait A. de Tqcqueville <^ est, je crois^ la seule au commencement de laquelle les différentes classes aient pu donner séparément un témoignage authentique des idées qu'elles avaient conçues et faire connaître les sentiments qui les animaient, avant que cette révolution même n'eût dénaturé ou modiûé ces sentiments. » Les Cahiers ou mémoires^ «rédigés en pleine liberté^ au milieu de la publicité la plus grande^ par chaque Ordre^ longuement discutés entre les intéressés et mûrement réfléchis par leurs rédacteurs^ n forment^ ajoutait-il, « le document le plus précieux qui nous reste de Tancienne France^ et celui que doivent consulter sans cesse ceux qui veulent savoir quel était l'état d'esprit de nos pères^ au moment où la Révolu-

* VAncien régime et la JiéwilutiQn, p. 379.

tion éclata. « Ces Cahiers^ disait-il encore S dont les originaux forment une longue suite, de volumes manuscrits^ resteront comme le testament de l'ancienne société française» l'expression suprême de ses désirs^ la manifestation authentique de ses "volontés dernières. C'est un document unique dans l'histoire. »

Longtemps auparavant^ Chateaubriand avait appelé la collection des Cahiers « an monument de la raison publique^ » et^ en le citant', Labaume avait écrit : « Si on eût suivi exactement les instructions des Cahiers, renfermant le vœu de la totalité de la nation, on aurait obtenu ce que nous avons acquis par la Révolution, moins les crimes révolutionnaires. » Selon les auteurs des Fastes civils de la France ^, la nécessité de la Révolution sort des Cahiers, «brillante de lumière Dédaignés, oubliés peutêtre par la génération présente, ils seront consultés par l'histoire^ et la postérité les respectera comme la leçon de tous les peuples et le titre le plus glorieux des fondateurs de la liberté française. » Suivant MM. Bûchez et Roux S « les Cahiers offrent l'exacte mesure de l'esprit et de l'éducation nationale. Ils expriment, dans une proportion exactement conforme à la réalité, les diverses prétentions des divers Ordres ; ils accusent tous les vices et tous les abns de l'organisation sociale existante ; ils assignent à chacun sa véritable place dans l'égoïsme ou le dévouement ; en un mot, c'est le préambule nécessaire de la Révolution française, où se trouve la raison des résistances qu'elle devait éprouver, et la justification de toutes se» colères. » Des Cahiers, dictés par six millions d'électeurs, avait dit aussi Lucas Montigny *, « surgit tout entière la Révolution vivante, armée, invincible. » Au contraire, certahis historiens légitimistes, par oxemple M. Gabourg^, avaient cité les doléances et remontrances de 1789 comme la démonstration solennelle de rattachement de la France à ses rois, et plus d'tme fois, durant le règne de Louis-Philippe, la Gazette de France

* Dans la prifaee de son Hvre, p. viii^

2 Mittoire VionarthiqM et constituHofMi^e de la MétùhUiùn^ t U, p. 344.

^ Grand ouvrage publié de 1821 à 1823, sous les auspices de Dupoat (de TËure), d'Etienne et de Manuel, t. I«% p. 470.

* Histoire parlementaire de la Révùlution, 1. 1*', p. 322. s Le compilateur des Mémoires de Mirabeau, t. VI, p. 12. « Introduction de son Hittoire de la HéJolutiOHy p. 106.

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et VÉMk s'on sont servies afin d'^opposer aux libertés parlementaireH de FOHéanisme les libertés réclamées, concédées et octroyées avant que la branche aînée de la famille des Bourbons n'eût été détrônée pour la première fois.

« Les Cahiers du Tiers-État furent, selon M. Henri Martin ^, la dernière tentative de conciliation entre la nati(m et Tancien gouvernement, le dernier effort pour transformer pacifiquement la royauté traditionnelle etrassocier à un nouvel ordre de choses. » ce 11 y aurait, ajoutd-t-il^ tout un livre, et un bien grand livre à faire sur les procès-verbaux de ces milliers d'assemblées où le plus humble des citoyens, dans le coin le plus reculé de la France, put venir ouvrir son cœur, épancher ses aspirations et ses vœux. Au fond de nos archives nationales repose Tâme de toute une génération, et quelle génération! celle par laquelle s'opéra le passage d'un monde à un autre» de l'ancienne à la nouvelle France !» — La même idée a été exprimée par un jeune écrivain, M. Paul Boiteau, qui, après avoir décrit VEtat de la France en 1789, sans se servir des Cahiers et procès<verbaux des électeurs^ reconnaît ^ avec beaucoup de raison qu'il y aurait tout un autre livre à faire de leur dépouillement méthodique.

M. Carnot^, commet une erreur de détail lorsqu'il affirme « que tous les Cahiers du Tiers-État étaient des mandats impératifs. » Mais il reste encore en deçà de la vérité quand il constate que c< le mérite des représentants est de leur avoir obéi.» 11 est complètement dans le vrai quand il dit : Les Cahiers « contiennent la déclaration des droits, la constitution de i79i et les décrets du 4 août; TOUT se trouve dans les Cahiers, jusqu'au nom d'^ssemblée nationale^ dont l'invention n'appartient ni à M. Legrand, ni à l'abbé Sieyès. »

Les citations qui précèdent ont été accumulées afin de bien prouver aux lecteurs de ce livre que, si j'ai cru devoir prendre la peine de dépouiller l'immense collection imprimée et manuscrite des Cahiers et procès-verbaux des élections de 1789, et d'y consacrer toute une partie du Génie de la Ré\)ol\AUon (3 volumes)^

• Tome dernier de son Histoire de France y p. 649. a Page 629.

» Page 524.

* Dans ses Mémoires tw son père, tome I**, p. 176.

c'est que là, et rien que là, existent les preuves incontestables de la nécessité de la destruction de Tancien régime et de la légitimité absolue de la Révolution.

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