L'ASSEMBLÉE DES NOTABLES
ainsi pris, — euï, que Ton intitule les représentants dala nation ! — pour a des moutons et des bêtes, rassemblés afin d'avoir leur sanction à une besogne toute digérée ^ . » L'indignation gagne la majorité des bureaux. Très-vivement soutenus par l'opinion publique, les Notables essaient de se saisir de l'autorité qui ne leur a point été concédée ; ils réclament des comptes tirais aux ministres, ils exigent l'aveu en chiffres du déficit dont il leur a été vaguement parlé.
Mais de tant de bruit, de tant d'intrigues, — dont le principal motif est moins de renverser le dUapidateur des finances que de punir le réformateur qui ose préparer la ruine des privilèges en matière d'impôts, — que résulte-t-il ? La chute de Galonné , sans doute, mais le maintien de ses projets par Brienne et finalement le renvoi des Notables. En se séparant, ceux-ci se voient obligés de confesser leur impuissance et d'abandonner au souverain la responsabilité totale des mesures que ses agents entendent prendre pour la distribution plus équitable ou l'augmentation des impositions royales , ainsi que pour la réforme des diverses parties de l'administration du royaume ^.
A la nouvelle inattendue de la convocation des Notables , quelques courtisans s'étaient écriés : « Le roi donne sa démission ^ ! y> Bien que les Notables se
* Paroles de l'évéque de Narbonne, citées dans les Mémoires secrets de Bachauraont, t. XXXIV, p. 196.
3 Voir les procès- verbaux de la première assemblée des Notables dans Ylniroduction au Moniteur.
' Paroles da vicomte de Ségur, citées par H. Martin, Eist.de France,. l. XVI, p. 570.
fussent dispersés sans avoir rien pu faire, nul ne devait dire : c< Le roi reprend ses pouvoirs ! » Par le seul fait de la réunion d'un si grand nombre de conseillers extraordinaires, la royauté de droit divin avait laissé voir qu'elle ne se sentait plus capable de rester seule chargée et du passé, et du présent, et de l'avenir du pays.
D'ailleurs, les difficultés opposées à la constatation du déficit avaient démesurément grossi dans les imaginations les millions dont les désordres, inexpliqués et inexplicables, de la cour avaient enflé la dette publique ^ Les prêteurs d'argent et les contribuables.
* A la mort de Louis XV, le déficit annuel était estimé à 26,000,000; en 1775, il s*éleyait à 37 millions, d'après Turgot, et, en dépit des chiffres présentés dans le budget normal de 1781 par Necker, va sans cesse en augmentant, pendant et après la guerre d'Amérique.
Les chiffres avoués par Galonné varient entre 80 et 125,000,000. Encore un apologiste de l'Ancien Régime, Sallier (Annales fr., p. 63), dit-il, que lorsque ce contrôleur général parla de 1 12 millions aux Notables, le roi avait secrètement distrait des états au vrai « tous les articles qu'il ne voulait pas faire connaître. »
Le ministère Brienne ne put cacher 140,000,000, avec 280,080,000 livres d'anticipations. Dans le tableau présenté par Necker aux États-Généraux, le 5 mai 1879, le déficit est de 56,150,000 livres par an. La dette publique formait un total de 3,090,000,000* chiffre généralement cité. D'après le rapport de Montesquieu, à l'Assemblée constituante, il restait en caisse au moment même où la Révolution commence, le 30 avril, 58,589,079 1. Il était dû par les contribuables environ 80,000,000. Il avait été consommé 90,000,000 d'anticipations sur 1790 et 172,000,000 sur les huit derniers mois de 1789. (V. au Moniteur, le discours de Necker et le rapport de Montesquieu ; les tableaux reproduits dans V Histoire parlementaire, t. !•% et les chiffres donnés p. 391-417 de VÉtat de la France, en 1789 par Paul Boiteau,qul élève au chiffre de 4,467,478,000 livres le total de la dette, laissée par la monarchie absolue).
C'est la détresse des finances qui mit Louis XVI à la merci des parlements, puis le contraignit à convoquer les États-Généraux. Le roi de France « est moi^ de misère, » dit très-bien J. Simon (La Liberté, 1. 1,