‹ Le génie de la révolutionChapitre 15 sur 191 · LE DÉFICIT ET LES ABUS · texte numérisé non relu

LE DÉFICIT ET LES ABUS

les exploités et les exploiteurs s'étaient abandonnés également à de justes défiances et à des paniques exagérées. L'autorité souveraine, prise elle-même de terreur, avait risqué une confession terrible. En son nom, Galonné avait déclaré que le temps des palliatifs et des expédients était passé ; que les emprunts, les augmentations d'impôts, les anticipations sur les recettes futures n'étaient plus que des moyens accessoires, qui, bientôt devaient perdre leur efficacité ; et enfin que, pour éviter la banqueroute, il ne restait plus qu'une ressource : proscrire les abus * .

Or, chacun avait compris que les abus embrassaient en réalité tous les éléments constitutifs de la monarchie absolue, chacun avait senti que si, sous prétexte de remplir le trésor vide, dans un but simplement financier, il était porté atteinte aux exceptions féodales et cléricales, la vieille société allait tout entière tomber en ruines. De là l'anxieuse émotion du peuple, la colère des privilégiés et l'isolement complet du gouvernement.

III. — LE COUP d'état du 8 MAI 4788 ET LA CONVO- CATION FORCÉE DES ÉTATS-GÉNÉRAUX.

Loin de s'apercevoir des dangers de la situation qu'il s'est créée, le gouvernement s'estime heureux d'être enfin débarrassé de ces inutiles Notables, dont

p. 103). La misère a été une des causes directes de la Révolution, sans doute, mais en ce sens seulement qu'elle a fourni à la France l'occasion de faire la Révolution, œuvre d'initiative et non de fatalité. * Discours de Galonné.

quelques-uns lui ont rappelé que, sans le consentement national, nul impôt ne peut être établi, et n'ont pas craint de réclamer pour Tannée 1792 la réuniou des États-Généraux * . Il prétend, quelque faible qij'il soit, se suffire à lui-même, et, comme auparavçint, pressurer les contribuables, emprunter et légiférer selon son bon plaisir, avec l'approbation pro forma d'un parlement docile.

Mais voici que le parlement de Paris objecte qu'il « n'a jamais été chargé par les peuples de les remplacer, » refuse de se porter garant de l'exécution des nouvelles lois de finance, émet le vœu de voir la nation assemblée avant l'établissement de n'importe quel impôt nouveau. On lui inflige Faffront d'un Ut de justice. Il proteste contre l'enregistrement forcé des édits, en appelle aux États-Généraux, « seuls capables de sonder les plaies de l'État » et de « donner des conseils utiles sur toutes les parties de l'administration ^. » On l'exile à Troyes. L^ cour des Aides, la cour des Comptes, les parlements de province, les tribunaux inférieurs s'élèvent a\ec violence contre les excès de l'arbitraire, et font retentir d'un bout de la France à l'autre le même appel aux États-Généraux.

Bientôt le gouvernement se sent incapable de lever

* Le procureur général au parlement d*Aix avait, en protestant contre rétablissement de la subveotion territoriale, déclaré quMl n*apparten«it à personne, ni aux Notables, ni aux parlements, ni même au roi de changer la nature de l'impôt, et que les États-Généraux en avaient seuls le droit. Lafayette avait réclamé la réunion d*une Assemblée nationale en 1792. — Mais en même temps, dans un autre bureau, le prince de Conti avait demandé « que tous les nouveaux systèmes fiissent proscrits à jamais, et que les formes anciennes fussent maintenues d«u)s leur ia)^* grité. »

3 Arrêtés des 16 et 21 juillet. — Lit de justice du 6 août 1787.

Page 1