‹ Le génie de la révolutionChapitre 181 sur 191 · V. — BROCHURES OUVRIÈRES · texte numérisé non relu

V. — BROCHURES OUVRIÈRES

Lt's brochures, par lesquelles est posée, à Paris, in grave question du salaire, ont été toutes citées dans le texte et les notes des § 2 et 4 du chapitre iv du livre IL

VK — - BROCHURES SUR LES fESflIBS.

La note suivante leur est consacrée.

JH' XV

lie» JBroclMipe» et le» CîcilftlMn» de» ff^ei

(Voir pages 298-300.)

En parlant des élections de Paris^ je n'ai pu dire qu'un mot de ce mouvement féminin, suscité en 1787 par Condorcet et auquel, en 1788^ Olympe de Gouges semble donner le branle^ au milieu du mouTement général des brochures, par la publication de ses Remarques patriotiques. Il n'eut sans doutc^ dans les élections de 1789^ qu'une importance secondaire; mais il est assez curieux en lui-même et presque inconnu de la plupart des historiens, bien qu'il se soit développé à travers la Révolution entière, pour réapparaître, en même temps qu'elle, au commencement du règne de Louis-Philippe et sous la République de 1848. Je crois donc devoir donner ici une très-brève analyse des Cahiers écrits par les femmes et des opuscules publiés, durant les premiers mois de 1789, dans le but d'exposer leurs misères ou de revendiquer leurs droits. On y retrouve beaucoup d'idées, que généralement l'on croit contemporaines et qui passent encore pour être iosi aiDa»Gées,

1° Requête des femmes pour leur admission aux étatsgénéraux.

La galanterie française doit donner un grand exemple au monde : les femmes, formant « la plus saine et la majeure partie de la nation, » composeront un quatrième Ordre aux Ëtatâ-Généraux. «Leurs grâces n'y seront pas inutiles pour amener le Clergé à

PIÈGES JUSTIFieATlTESf ET ÉGLAIRGISSEMENTS. 477

laisser Tendre sesbiens'et les nobles à renoncer à leurs privilèges.»

— Quelle est 1» première richesse? la population. Commeiit se^ produit-elle? par le mariage. Done^ « stipjmm«r ks céHbataire9.w

— « N'accorder de rang dans fËtat qii^à tout homme marié eC ayant au mon» un enfant;- au heu de payer chèrement un ètret îaM, on en* ferait vivre trois. »

2* RsKOniTRASCIS, PLAOIT» ET »OLÉANGES BES DAIBS FBA11-'

çàisBs, perfiL L. P. P. D. SU L»

« Faites attention, messieurs^ que nous ne demandons pas la supériorité, peut-être serion^nous fondées; mais au moins Fégar lité. » — Si vous excluez la moitié de la nation des États-Généraux^ au moins cessez d'éteindre en nous^ par une étroite éduca-» tîon^ (( le feu du génie et l'énergie du sentiment. » — Suit un long morceau d'histoire sur les femmes qui se sont rendues célèbres dans la politique, les lettres, les sciences, même abstraites^ et les arts.

3^ PaOTESTATIOIf »ES DAMES^ FltANÇÀlSES CONTRE LA TENUE DE» ÉTATS PRÉTEIIBUS «ÉNÉEACX.

Avant la réunion des États. — lis ne seront pas généraux puisque les dames n'y seront pas représentées^

4° Requête des dames a l'assexblée nationale.

Après le serment du jeu de Paume et la nuit du 4 août : « Vous venez d'abolir les privilèges, abolissez aussi ceux du sexe masculin. )>

5" Cahiers mes dm.éam:bs et réclamations des femmes , par li»*B.B.

Dans les classes inférieures^ on ne croit les femmes bomies qu'à filer, coudre et s'occuper du ménage. Dans les classes supérieures, on se figure qu'elles ne sont bonnes qu^ chanter, dan-^ ser, faire de la musique, jouer et sourire. Cependant il en est qui' travaiHent, comme les hommes, aux travaux des champs, dans le* commerce, etc.; et l'on en a vu plusieurs tenir, aussi bien et mieux que les hommes, les rênes du gouvernement. — Le peuple rentre dan^ses droits, on parie d'afiranchir les nègres : pourqm* ne pas aussi affranchir les femmes? — En certaines pravinees.

476 PIÉGKS JOSTifIGàmBS

oomme en Nonnandie, les sœurs sont en partie exclues des soocesaionsj dont leurs frères seuls proûtent : qu'elles se coalisent pour recouvrer dans la famille l'égalité qu'elles tiennent de la nature! —-Le préjugé qui déshonore la fille séduite et fait applaudir le séducteur est inique : que les lois deviennent un rempart contre l'oppression , un abri pour l'innocence » et que « l'homme , tranquille au sein de sa fisunille , ne puisse plus craindre que son ami séduise sa femme et déshon^nre sa maison... Rétablissez la paix et la mutuelle confiance entre les deux sexes ! » — Mais il importe surtout de changer les règles de l'éducation des filles : « Ne nous élevez plus comme si nous étions

destinées à faire les plaisirs du sérail Nous devons partager un

jour votre bonne ou mauvaise fortune Ne nous privez pas des

connaissances qui peuvent nous mettre à même de vous aider soit par nos conseils, soit par nos travaux, et de vous remplacer quand, par une mort naturelle ou prématurée, vous nous laissez chargées du soutien et de l'éducation de vos enfants. » — L'auteur, qui a commencé par demander l'admission des femmes au sein des États-Généraux^ n'insiste que sur la réforme de leur éducation, l'abolition du préjugé qui les rend esclaves et l'injustice avec laquelle on les dépouille de la majeure partie de l'héritage paternel.

6* Motion de la pauvre Javotte.

L'auteur^ très-aristocrate, cherche à démontrer (en 1790), que la Révolution qui a supprimé la Noblesse, a du même coup supprimé tous les arts dont vivaient les femmes. — « Veut-on, dit-il, forcer les femmes que le sort prive de tout, à voir dans la corruption des mœurs l'unique ressource qu'on leur laisse? » — Et il ajoute, répondant à cette terrible question, qui reste encore irrésolue:

a... Je veux, interrompis-je, être honnête et travailler. -— Vous, mourrez de iaim. — J'espère que non ; mon oncle m'a donné une bonne éducation ; j'avais une assez belle main, et j'ai appris tout ce qu'il faut pour être employée dans une maison de commerçants. — Il n'y a que les hommes qui soient employés dans les maisons de commerçants. — Je copie fort exactement de la musique. — Il n'y a que les hommes qui copient de la musique. — Je me suisenc(»e beaucoup appliquée au dessin, même à la peinture.-^

ET ÉGLÂIRGISSEMGNTS. 479

Il n*y a que les hommes qai sachent le dessin et la peinture. — Je pince la harpe^ la guitare^ je touche passablement le clavecin^ je donnerai des leçons à de jeunes demoiselles. ~ Il n'y a que les hommes qui donnent des leçons aux jeunes demoiselles. — Eh bien^ repris-je impatientée^ les hommes font donc tout ce que les femmes feraient beaucoup mieux à leur place.. .. »

1^ MoTioii EN FAVEUR DU SEXE. Ld bonhmr des hommes esM dépendant de celui des femmes ? Quels sont pour elles les moyens de l'ét<jd}Ur? Les couvents de religieuses doivenMs être siipprimés?

« La Providence, en créant la femme, n'a donné à l'homme qu'une compagne pour coopérer avec lui, adoucir ses peines et lui préparer des plaisirs... Les femmes seront toujours ce que les hommes voudront qu'elles soient,... leurs vertus seront à elles et leurs torts, le plus souvent, à eux. » — Le bonheur des hommes est m absolument dépendant de celui des femmes. » — Le meilleur moyen d'assurer^ pour le mariage, la liberté et l'excellence du choix, et dans le ménage, la durée de l'amour mutuel, c'est d'obliger les hommes à épouser les femmes sans do^, c'est-à-dire de les rendre incapables de choisir leurs compagnes autrement que selon le vœu de leurs cœurs. — Les filles, veuves ou femmes de maris pauvres devraient trouver le moyen de vivre et de faire vivre leurs enfants de leur travail; il serait utile de réserver pour les femmes toutes espèces de bureaux de distribution et tous emplois quelconques à leur portée, — Pour les malheureuses qu'un chagrin, une désillusion et souvent la tyrannie de leurs parents ont plongées dans les couvents, suppression des vœux perpétuels, les maisons religieuses toujours ouvertes.

8° De l'influence des femmes dans l^ordre civil et politique* avec cette épigraphe: «Les honunes seront toujours ce qu'il plaira aux femmes. — J.-J. Rousseau. »

En vain, dit l'auteur anonyme, les écrivains patriotes auront-ils « forcé l'érudition de concourir, pour la première fois peut-étre.au bonheur de l'humanité; p il faut encore que « la voix d'un sexe puissant rallie tous les cœurs sous les drapeaux du patriotisme, » il faut « intéresser les femmes au grand ouvrage, les appeler à la défense de la liberté. » — Les femmes ont joué un trô8-f;raiid

480 Plâfiis iflSiiiiCàiiVEs

rôle dans toutes les révolutions^ oxem^les : Judith^ Esther^ Hélène, SémiraiaiSy Didon, les Sabiaes,^ Lucrèce^ Yétiirie et Vo* lunmie, Virginiey Comélie, Gléofâtre, ÉLéonore de Goienne^ Jetnne d'Arc, etc. Les iismmes doivent et peaveat jouer un rôle non moins iiiqpoctant dans la révolution présente. — a Le fatal despotisme menace tout à la fois nos vies et nos propriétés ; c'est contre lui^ ô Françaises, que vous devez armer vos appas; c'est contre lui que vous devez exdter le eeurage de vos adoratewrs ! n ^Puisque ce sont les femmes « qui forment Fopiniou parmi nous,» qu'elles excomaMmiéttC eiviisraent les suppôts du despotisme » et manient contre eux « les armes du ridicule ! » Fiancées, qu'elles exigent de leuK fiancés le serment solennel « que ni les ofiDres insidieuses du despotisme, ni la contagion de l'exemple ne les détowneront jamais de leurs devoirs de citoyens! » Mères, qu'elles eonvertissent leurs maisinas en a écoles de patxiotisme ! » Qu'elles « inspirent rameur de la patrie, unissent les volontés pour la cmiquète de la liberté, amènent les privilé§pés à la firaternité ; prêchent le désintéressement et la eoncorde; refusent leurs ca* resses aux prévaricateurs, censurent les faibles, louent les patcîotes... » — <i Françaises, le siècle est venu de recouvrer cette dignité qu'un temps frivole semblait vous avoir ravie..... A vous de sauver la patrie ! »

9^ Offre «ÉHiRtosB des dames françaises du Tkrs-Êtat ou mêi^en de rétoblir le^ finances, m vimsP^uaH^ heuvts„

Quoiqu'on ne donne aucun droit à la moitié de la nation, celle-ci veut prouver qu'elle s'intéresse aux affaires publiques. Évaluant à 1,030,000,000 tous les bijoux existant en France, les dames déposeront sur Tautel de la patrie ces richesses oiseuses, et ceMes qui ne pounoot pas le» racheter s'en passeront.

10® Mes Cahiers.

Le marquis de Villelle, demande : — Un impôt sur les célibataires de 20 à 30 ans^ — le divorce, — « venir au seeours des jeunes personnes égarées par une première kute ; — vouer au mépris, flétrir du ridieuie et frapper d'amende les hommes occupés de modes, de toilettes, de filets, de tout ce qui tient à l'aiguille : laisser cette ressource à celles que la. nature y a seules destinées.

rr tGLAIRGISSBMKSTS. 481

44® Mes €ahiers pouh Paris.

Le même marquis de Villette se prononce de nouveau pour le divorce et un impôt sur les célibataires de 30 à 60 ans. A Far* ticle sur les filles publiques, il demande que « les filles coupables par Terreur d'un moment soient soustraites au déshonneur^ » que la société <c se charge de leurs fruits, » qu'elles soient employées comme nourrices, etc. Il propose le renvoi en province des filles qui viennent à Paris faire métier de leur corps, et que l'on établisse « des travaux publics et des apprentissages de métiers pour celles qui voudraient quitter la vie libertine. »

i Z"* Le divorce est le sujet de plusieurs brochures pour ou contre ; voici les plus intéressantes :

Réflexions sur le divorcey par M"* Necker ; Observations sur le divorce, par d'Antraigues; Légitimité du divorce ; Traité philosophique sur le divorce; Griefs et plaintes des femmes mal mariées ; Pétitions sur les effets desmceurs des épouses dissolues, etc.

i 3» La prostitution est elle-même l'objet d'un examen sérieux, auquel naturellement la satire se mêle :

Réclamations des courtisanes ;

Très-sérieuses remontrances des filles du Pàlaii-Royàl.

14<> Brochures diverses. — En outre des brochures précédemment citées, notons pour mémoire :

La pétition des femmes du Tiers-Etat ;

La requête des dames ;

Les étrennes nationales des dames ;

Les trèsrhumhles remxmtrances des femmes françaises ;

Et enfin les Demandes des femmes aux ÉtatSrGénérauœ, par Vauteur des femmes comme il convient de les voir, — Cette dernière, où tous les mérites sociaux et historiques du « sexe faible, » sont assez bien exposés, conclut simplement à ce que les femmes soient autorisées à porter les mêmes décorations que leurs maris !

io^ Le Cahier des plaintes et doléances des dames de la

M2 PIÈGES JUSTlFiGÂ.TlY]CS KT ÉaÀDiU^ISSEMENTS.

HALLE ET DES MARCHÉS DE Paris est à ÔBXXÙr&éxJ&iKi, bien qu'écTÎt fliiJa^guede8.XQarché&etdelaHa]le.0ny ccdégueule» surlaferme et les fermiers q^névaaai^y sur Toctroi et sur la prêtrailie^ à la- (piBUe iliautirogner les ongles ; sur THôtel-Dieu^ % où l'on flanque quatre malades daus. un même lit^ » sur le dépôt de Saint-Denis^ « où.lesmouchards.ramassent tout, bons et mauvais » ; — « plus decatins qui.iaficrochent dans les rues et le pain à 15 sous ! »

iLes pao^phletsjen lai^gage poissard^ qui n'ont pas un rapport direct àila question destfemmes^ se multiplient sous les titres de :

Compliments des poissards aux électeurs;

Trois poissards buvant à la santé du Tiers-État;

Jaus jes>«0BUf » et». i'aif^. avec .un complimeni paissard, etc.

16^ Les pamphlets contre les femmes sont presque aussi nombreux que les brochures sur les femmes. La réclamation des droits naturels et politiques de la plus belle moitié du genre humain devait naturellement être tournée en ridicule par la moitié la plus puissante. De ces pamphlets les plus curieux sont : Le petit traité de Vamour des femmes pour les sots, (par de Ghampcenetz)^ et les suivants, qui forment une série, très-rarement réunie, et qui durent (d)tenir un grand. succès à cause des personnalités importantes dont la vie privée s'y trouve- dévoilée :

Procès-verbal de l'Ordre le plus nombreux de France;

Réponse^ des femmes de. Paris;

Délibération et protestation des honnêtes gens compromis dans lefrtQcéM»rbal;

Deuxième procès-verbal de V Ordre le plus nombreux;

Nouvelle Assemblée des notables C ,.en,présence des favoris

de leurs épouses.

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