‹ Le génie de la révolutionChapitre 21 sur 191 · L'ARRÊT DU CONSEIL, DU 5 JUILLET · texte numérisé non relu

L'ARRÊT DU CONSEIL, DU 5 JUILLET

taire contre les parlements ; de n'avoir provoqué la lutte des idées que pour mettre aux prises peuple et bourgeoisie , Tiers-État et Noblesse , bas et haut Clergé, que pour briser cet accord des classes qui avait rendu irréalisable le coup d'État du 8 mai ; enfin de n'avoir momentanément affiranchi de la censure la presse non périodique que pour la rendre licencieuse, l'absolutisme ne pouvant trouver son salut que dans l'anarchie, par l'autorité même fomentée ^ .

Si ces odieux calculs ont réellement servi de motifs au fameux arrêt du 5 juillet ^, rien ne saurait mieux

* De ces aecnsations contre le ministère Brieone, qui se retrouvent dans la plupart des Mémoires du temps, et des allégations du parlementaire SaUier , dont les Essais et les Annales eurent un certain succès officiel sous le Consulat et sous TEmpire, certains publicistes de l'école autocratique (V. Cassagnac, Histoire des caisses de la Révolution) ^ ont édifié tout un système qui peut se résumer ainsi : La France n'était nullement réYolutionnaire en 1788 ; à partir du 5 juillet, c'est le gouyernement luimême qui la réyolutionne malgré elle, jusqu'à ce qu'une poignée de scélérats, conduits par Necker et Mirabeau, la livrent à Pétion, Vergniaud, Marat et Robespierre, lesquels la guillotinent ; à la fin de regorgement K présente le général Bonaparte, qui fait le coup d'Ëtat du dix-huit brumaire et sauve la société en rétablissant la majeure partie des institutions de TÂncien Régime ! I !

3 Parmi les brochures de 1788-1789, j'ai trouvé un imprimé ,'d'une feuille, sans lieu ni date, intitulé : Plan de conduite donné à Va/rchevéque de Sens, principal ministre, au mois de juin 1788, dont Voriginai en chiffres a été trouvé chez lui. Ce plan détaillé se réduit à ceci : La cour plénière ne suffit pas, les violences font des martyrs. Les moyens de Richelieu étant usés, restent ceux de Mazarin. « Il promit, il annonça, il convoqua et ne tint pas les États-Généraux. »

Pour se tirer des embarras actuels, on pourrait : — diriger contre les Ëtats^énérauxla répugnance du Clergé et de la Noblesse à payer les impôts demandés ; — éclairer le peuple, lui faire entendre que les parlements ont refusé les impôts, parce qu'ils les eussent atteints, eux et les privilégiés; — annoncer qu'il n'y a qu'un moyen de soustraire le Tiers-État à l'oppress on des deux premiers Ordres, la délibération par tête au sein des États- Généranx, avec le doublement du Tiers ; — montrer au roi que cette pré.

prouver combien peu la royauté agonisante savait se rendre compte de l'état et des dispositions de ce pays dont elle avait anéanti toutes les traditions politiques.

Certes, la féodalité pesait encore trop lourdement sur le peuple pour que les justes haines du Tiers-État n'éclatassent pas d'elles-mêmes. Mais le Clergé et la Noblesse, divisés d'ailleurs, étaient numériquement et moralement devenus trop faibles pour soutenir le choc des non-privilégiés. Les libellistes, à la solde des ministres, ne pouvaient que précipiter une crise inévitable; ils devaient se trouver impuissants à la faire tourner au profit du pouvoir, puisque les masses, en se mettant en mouvement, allaient se sentir par elles-mêmes assez fortes pour vaincre seules.

Du reste, la grande intrigue fut très-vite bouleversée par la logique des publicistes indépendants. La révolution sociale se combina naturellement avec la révolution politique , et ce ne fut pas la tyrannie, mais la liberté, dont l'égalité se fit l'auxiliaire, qui

pondérance du Tiers est indispensable pour contraindre les privilégiés à payer, et, d'autre part, animer les privilégiés contre cette prépondérance, et soutenir le Tiers jusqu'à ce que la division soit irrémédiable entre les Ordres ; — grâce à cette division, temporiser et, au besoin , rappeler Decker, qui saura trouver de Targent ; — puisqu'on crie contre la Bastille, l'ouvrir ; puisqu'on demande la liberté d'écrire, laisser aller les libelles et en rire. — La lutte qui accable la cour et les ministres sera retournée contre les privilégiés ; à force de parler et d'entendre parler des États-Généraux, la France ne tardera pas à s'en dégoûter, et tout finira comme la Fronde.

Second moyen : assembler les États provinciaux, les exciter contre les généraux et réveiller toutes les jalousies locales, mettre en conflit tous les intérêts de chacune des parties du royaume. De la sorte, les États-Généraux pourront être impunément convoqués. Pour sûr, ils [ne décideront rien.

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