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DE LA SOUVERAINETÉ DU PEUPLE

leur patrie d'avoir fait la Révolution, ceux-là mêmes tiennent la souveraineté du peuple pour égale, sinon pour supérieure, à la souveraineté du roi. Par crainte de la démocratie de Rousseau, ils inclinent, il est vrai, vers Montesquieu ou plutôt vers ses commentateurs plus ou moins infidèles, ^ et s'étudient à concilier l'alh solu philosophique avec le relatif iTBiàiiionneh Ils s'évertuent à remonter vers les origines de la royauté française pour y trouver des rois élus par leurs sujets, avec la nation partageant le pouvoir. Ils s'appliquent à prouver qu'en reconstituant la France sur le modèle de l'Angleterre, on ne ferait que reprendre aux Anglais nos usages, exportés outre-Manche par Guillaume le Conquérant ^.

Ce retour en arrière, ces spéculations historiques n'éloignent pas autant qu'il semblerait les aristocrates libéraux des démocrates révolutionnaires, qui méprisent la tradition et ne croient qu'à la raison pure. Le comte d'Entraigues s'écrie avec une violence extrême, que tous les désordres sont préférables au calme mortel de la servitude ; il proclame que a l'insurrection contre la tyrannie est le plus saint des devoirs, » et répète au souverain des Français le serment des certes

* C'est, en effet, beaucoup moins dans le fameux eh. yi du 1. V de VEsprit des lois, que dans l'ouvrage de De Lolme, Constitution de V Angleterre, que sont puisées la plupart des opinions exprimées, en 178^1789, sur la transformation de la France absolutiste en monarchie constitutionnelle avec deux Chambres.

> Xe fais allusion aux théories de Lally-ToUendal, de Hontlosier, du eoBkte de Lauraguais (voir de ce dernier la Dissertation sur les assemblées nationales soiu les trois races). Meunier résume toutes ses idées exprimées en 1788 dans son ouvrage : Des causes qui ont empêché les Français d^étre libres, 1. 1", ch. xvi.

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d'Aragon ; « Nous qui valons autant que vous, nous promettons d'obéir à votre gouvernement, si vous maintenez nos droits et nos privilèges ; sinon, non " ! >»

Dans le parti populaire, Fabsolutisme n'était pas haï moins énergiquement. Cependant la question sociale des Ordres étant mise à part, les démocrates qui dégageaient du principe de la souveraineté du peuple sa suprême conséquence, se trouvaient très-peu nombreux. Brissot, Clavière * et quelques autres « citoyens du monde, » Camille Desmoulins et quelques jeunes gens, à peine sortis des écoles, s'enflammaient soit de l'exemple fourni parles États-Unis, soit des souvenirs de Rome et de la Grèce, rêvaient, mais rêvaient seulement, une France républicaine ^

Caritat de Condorcet, quoique marquis, possédait un génie trop mathématique pour éviter de suivre la logique jusqu'au bout. Il éliminait donc le mot roi et l'idée royauté de tous ses raisonnements *. Bien plus,

* Épigraphe du fameux Mémoire sur les États -Généraux, Cet ouvrage, dit Sallier, dans ses Essais pour servir d* introduction à Vhistoire de la Révolution, « appelait la Révolution que son auteur a depuis combattue avec une persévérance bien infructueuse. » Le comte d'Entraigues ne se démentit pas autant qu'il semblerait, car, en 1788, s'il tonnnait contre la tyrannie des intendants» des ministres et des rois, il défendait avec la même violence les droits des barons. (V. son Mémoire sur la constitution des États provinciaux),

2 Voir surtout : De la France et des États-Unis, par Clavière et Brissot, ainsi que les Observations d'un républicain, ajoutées au volume intitulé Œuvres posthumes de Turgot, où le Mémoire sur les Administrations provinciales, attribué à Turgot et écrit par Dupont (de Nemours), se trouve mis en parallèle avec le Mémoire de Necker sur le même sujet.

3 Voir la France libre, par Camille Desmoulins. — On découvre, dans un assez grand nombre de brochures électorales « des idées républicaines. » Il en est une qui s'intitule, dès 1788 : République universelle ou V humanité ailée,

* 11 ne parle de royauté que dans ses Réflexions sur les pouvoirs et

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