CHAPITRE rV
Ije Règlement électoral,
I. — LE RAPPORT DE NECKER ET LE RÉSULTAT DU CONSEIL d'état du 27 DÉCEMBRE 1788.
Les deux questions capitales du doublement du Tiers et de la réunion des Ordres^ au sein des États-Généraux, avaient été résolues par les pacifiques insurgés du Dauphiné avec une habileté merveilleuse. Ils avaient réussi à en faire des questions politiques et presque de pure forme, quand partout ailleurs elles prenaient un caractère profondément social et de plus en plus révolutionnaire, grâce au pamphlet deSieyès : Qu'est-ce que le Tiers-Etat? grâce à la polémique qu'il suscitait et aux résistances que les privilégiés essayaient d'opposer à l'élan national.
Sur cet élan, sur ces résistances, sur cette polémique et sur ce pamphlet qui alluma l'incendie par lequel fut dévorée l'ancienne société, je devrai revenir et insister, mais seulement après avoir expliqué ou plutttfait expliquer par la France elle-même ce qu'était
le Clergé, ce qu'était la Noblesse, ce qu'était le Tiers- État, et comment l'Égalité ne pouvait être enfantée que dans l'orage, en quelque sorte improvisée par l'enthousiasme au milieu des ruines, sinon conquise par l'irruption des masses populaires.
Dans cette première partie du Génie de la Révolution, je ne parle que de la Liberté, laquelle sans l'Égalité reste incomplète et sous plus d'un rapport illusoire, mais qui cependant a existé et existe dans les sociétés aristocratiques, plus politique, il est vrai, que civile, et qui était désirée, voulue, exigée en 1789, par la France entière sans distinction d'Ordres.
Si la vieille royauté s'était mise en état de sonder la profondeur du libéralisme de la France réveillée, régénérée par les publicistes; si elle avait compris la démonstration d'impuissance dont l'avait accablée l'insuccès de son coup d'État du 8 mai; si, ses forces étant épuisées, elle n'avait point usé ses dernières ruses à diviser pour ne pas régner, à semer ou entretenir ou surexciter des rivalités entre les classes, à provoquer follement une révolution sociale, par laquelle le trône devait être emporté avec la Noblesse et le Clergé ; éclairée par des conseils intelligents, elle eût en toute hâte accepté la solution dauphinoise. Ne lui oflfrait-elle pas, en effet, un moyen de salut inespéré, le moyen unique de sortir sans déshonneur et même avec gloire de l'impasse, au fond de laquelle les Galonné et les Brienne l'avaient honteusement fourvoyée? Loin de la subir pour une seule de ses provinces et sans assez dissimuler sa répugnance, n'eûtelle pas agi sagement en Yoctroyant au pays entier, cette solution par l'apparence seule radicale, et en