‹ Le génie de la révolutionChapitre 43 sur 191 · GRANDE FAUTE DE LA ROYAUTÉ · texte numérisé non relu

GRANDE FAUTE DE LA ROYAUTÉ

en faisant la base d'une restauration sincère des libertés publiques?

Ainsi, — nous n'en pouvons donter, car les preuves abondent, * — ainsi se serait-elle épargné la juste punition de ses attentats séculaires contre les droits de ses sujets, ainsi se serait-elle ouvert une voie nouveDe, où l'aurait suivie la France, aveuglée par la reconnaissance, folle d'amour.

Supposez la réunion des Ordres et le vote en commun concédés, pour les futurs États-Généraux, en même temps que le doublement du Tiers et la renonciation du^ Clergé et de la Noblesse à leurs immunités, dès le mois de septembre, au plus tard en décembre 1788. Ne Toyez-vous pas que les graves événements qui signalèrent les premières délibérations des représentants du peuple français ont perdu leurs causes déterminantes; que le serment du Jeu de Paume et la transformation forcée des trois États en une Assemblée nationale unique n'ont plus de raison d'être ; que la Révolution devient beaucoup plus libérale qu'égalitaire, beaucoup moins populaire que bourgeoise, et s'acconunode de la monarchie limitée au lieu de rom-

' Dans la CoUection générale des actes relatifs aux élections de 1789, se retrouvent souvent, en Bourgogne, en Languedoc, en Provence, ks traces irrécusables d*une correspondance intime entre les patriotes de M provinces et ceux du Dauphiné. Les délibérations des Ordres et des ^ttes avant les élections et les Gabiers prouvent que l'immense majorité da peuple français eût accepté avec la plus vive reconnaissance des États fnmnciaux, sur le modèle des États dauphinois. Le mandat des électeurs de Romans est imité, sinon copié, dans un très-grand nombre de bailliages, ^ le Tiers-État proclame d'avance Louis XVI « restaurateur de la liberté française, » s'il permet aux États-Généraux de se constituer en Assemblée nationale.

pre avec elle et de se précipiter logiquement vers la République?

Malheureusement, diraient ces doctrinaires du néolibéralisme qui se figurent que l'absolutisme prétendu démocratique a été enfanté par la démocratie absolue ; heureusement, persistons-nous à penser, car nous avons foi dans l'avenir démocratique et libéral de notre patrie, la royauté fut absurde autant que perfide. Grâce à elle et contre elle, l'Égalité et la Liberté restèrent liées en pratique comme elles le sont en théorie, et la Révolution française, contrainte à la logique, n'eut pas à mesurer son idéal sur le possible et devint la Révolution universelle.

Comparés au Plan et aux Arrêtés des États de Romans, auxquels ils sont postérieurs, lus après les Brochures et après les Délibérations des villes et communautés qui les ont préparés, dictés, imposés, le Rapport fait au roi par Necker et le Résultat du conseil d'État du 27 décembre 1788 perdent presque tout le mérite qui leur a été reconnu par les historiens inattentifs. Il en est de même des Lettres royales du24 janvier, qui invitent les électeurs à choisir leurs représentants aux «États libres et généraux du royaume, n^ convoqués pour le 27 avril suivant. Ces actes méritaient cependant l'enthousiasme qu'ils suscitèrent, car si le triomphe de l'opinion publique n'y était que très-incomplétement consacré, la déchéance de la royauté absolue s'y trouvait, au moins, avouée par la royauté elle-même avec la plus éclatante solennité.

La royauté ne se permet plus de définir les insignes prérogatives qu'un an auparavant elle soutenait encore lui avoir été décernées par la seule grâce du

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