‹ Le génie de la révolutionChapitre 44 sur 191 · ABDICATION DO DROIT DIVIM · texte numérisé non relu

ABDICATION DO DROIT DIVIM

Très-Haut. Elle n'ose plus affirmer quV elle n'a besoin » d'aucun pouvoir extraordinaire pour l'administra- B tien du royaume ; » que l'Assemblée nationale ne peut être « qu'un conseil plus étendu, » dont les représentations et doléances resteront toujours soumises à son arbitrage suprême ; qu'avec la nation, qui n'a point d'existence propre, elle forme un tout indivisible, dont elle est l'unique personnification vivante, et que de sa volonté surhumaine, de son caprice sacré, de sa propre grâce doit éternellement émaner la Loi ' . L'oint de Dieu en est réduit à reconnaître qu'il a a » besoin du concours de ses fidèles sujets pour l'aidera » surmonter toutes les difficultés où il se trouve rela- » tivement à l'état de ses finances, et pour établir un » ordre constant et durable dans toutes les parties du » gouvernement. » Il voudrait encore n'octroyer bénévolement à ses peuples soumis que la faculté de consentir l'impôt ; sur tout ce qui, en dehors de cet objet spécial, «peut intéresser leur bien, » il tiendrait à prome^^r^ seulement, comme naguère, de demander et d'écouter avec faveur des avis, et de rester le maître de « pourvoir aux doléances et propositions qui lui seront faites. » Mais en vain tente-t-il un suprême effort pour réserver son prétendu droit; il ne peut s'empêcher d'admettre que la nation sera libre désormais de a le conseiller et assister en toutes choses ;... » de manière que, par une mutuelle confiance et par » un amour réciproque entre le souverain et ses sujets, » il soit apporté le plus promptement possible un re- » mède aux maux de l'État, et que les abus en tout

* Discours du roi et du garde des sceaux, séance royale du parlement. 19 novembre 1787.

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» genre soient réformés et prévenus pai* de bous et X» solides moyens, qui assurent la félicité publique et » lui rendent, » — à lui, le roi ! — ki le calme et la » tranquillité dont il est privé depuis si longtemps * .» Dans le rapport de son ministre (il décembre^, pardevant lui seul responsable et dont par conséquent les paroles approuvées doivent être réputées paroles royales, le roi renouvelle sa promesse de ne lever à l'avenir aucun impôt sans Tassentiment préalable des États-Généraux, auxquels seuls appartiendra la faculté de déterminer la sonune des dépenses du gouvernement, y compris celle des dépenses particulières de la couronne. Oubliant la tradition du moyen âge, cédant aux exigences de l'opinion publique, il s'engage à assurer le retour périodique de l'Assemblée nationale, à la consulter elle-même sur l'époque et la durée de ses sessions. U consent aussi à ce que, de concert avec les représentants de son peuple, des mesures efficaces soient prises pour prévenir les désordres résultant de « l'inconduite ou de l'incapacité » de ceux auxquels il délègue l'administration des deniers de l'État. U se propose encore d'inviter les États-Généraux à (K examiner eux-mêmes la grande question qui » s'est élevée sur les lettres de cachet. Il est impatient » de recevoir leurs avis sur la liberté qu'il convient » d'accorder à la presse, » sur les moyens de a par- » venir à une plus juste répartition des impôts et de » diminuer les détails du gouvernement. » Il ne demande pas mieux que de ^voir les députés de chaque partie du royaume concerter le plan de la meilleure

< Préambule des Lettres de convocation du 24 janvier 1789.

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Ofganisation des États provinciaux, du mode le plus cooyenable pour a former un lien durable » entre l'administration locale et la législation générale. Enfin, n'ayant d'autre vue que le bonheur de la nation, il se dit prêt à faire des sacrifices pour en assurer la perpétuité; aux « conseils passagers r> de ses ministres, il préfère les a avis permanents » des États-Généraux, et même il espère donner à la représentation nationale « une stabilité, » qui mette le peuple à l'abri d'une Tariation dans les desseins des monarques qui se succéderont aprè s lui sur le trône !

Entre ce que le ministre annonce, avec l'agrément de son maître, et ce que le maître, parlant en son propre nom, offre à ses fidèles sujets, il y a, non pas sans doute des contradictions manifestes, mais des nuances faciles à saisir.

Des Lettres de convocation, lues isolément, il parait ressortir que la vieille royauté se persuade satisfaire complètement l'opinion publique en se replaçant, elle et la nation, juste en l'état où elles se trouvaient lors de la dernière réunion des États-Généraux. Contrainte à se réformer, elle efface de l'histoire trois règnes entiers et, ne se rendant pas un compte exact de l'œuvre de dissolution par elle-même accomplie, elle nourrit la folle espérance de garder la majeure partie de son pouvoir, grâce à la rivalité des Ordres. Comme si, en 1789, la Noblesse n'avait pas perdu toute force militaire et tout prestige! Comme si le Clergé avait conservé sa prépondérance politique et son influence morale ! Comme si le Tiers-État était toujours disposé à subir des humiliations, à se plaindre de ses tyrans sans leur manquer de respect et à

payer avec enthousiasme de belles promesses non suivies d'effets!

Dans le Rapport de Necker, étudié séparément, on voit la monarchie française, poussée à Tabandon de ses traditions du dix-septième siècle et du moyen âge, engagée bon gré mal gré dans une voie plus logique qu'historique, conduite à une métamorphose progressive qui, tout obstacle étant écarté, sans rébellion populaire, sans changement de dynastie, devrait la rendre presque semblable à la monarchie anglaise depuis 1688.

Mais que nous importent et qu'importaient à nos pères les illusions ministérielles et les réserves royales ! La royauté a confessé qu'après avoir anéanti les traditions parlementaires du pays par elle pris en tutelle, elle s'est trouvée impuissante à remplir le rôle dont elle avait assumé la responsabilité, incapable de substituer sa vie propre à la vie de la France. Ruinée moralement plus encore que matériellement, elle a dû renoncer à l'indivisible souveraineté, usurpée depuis l'époque de Richelieu, et s'est vue contrainte à appeler à son secours le peuple souverain.

Voilà ce que signifiaient pour nos pères et ce que signifient pour nous les derniers actes émanés du pouvoir absolu . Aussi ne nous étonnons-nous pas de l'immense émotion qu'ils produisirent. Le royalisme paternel et le libéralisme à demi démocratique de l'illustre banquier genevois saisirent d'autant plus profondément les masses qu'elles venaient d'être surexcitées en sens contraire parles folies aristocratiques et absolutistes du Mémoire des princes^ des Arrêtés des parlements de Rennes et de Besançon. Aussitôt le Bap-

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