INSUFFISANCE DES CONCESSIONS ROYALES
fort au rai répandu, dans toutes les provinces on rédigea et Ton signa des Adresses à Louis XYI, des Lettres à Necker, les proclamant l'un et l'autre « les restaurateurs des libertés publiques» et les <c bienfaiteurs de la nation *. » Les Dauphinois eux-mêmes écrivaient à l'heureux ministre : « Le rapport touchant que vous avez fait sur la forme des États-Généraux nous a vivement émus. Jamais on ne parla des droits des hommes et des projets du meilleur des rois avec plus de sentiment et de dignité. Quelle sublime fonction que d'être ainsi, près du trône, l'organe de la vérité, et de la défendre avec un si noble courage ^ ! ... »
Par malheur pour la royauté, les concessions qui lui valaient ces naïfs témoignages de reconnaissance, ces aveugles élans d'amour, étaient loin de suffire aux nécessités de la situation. En effet, tandis qu'à Romans les trois Ordres réunis proclamaient l'union, la délibération en commun et le vote par tête aux futurs États-Généraux, le Résultat du conseil du 27 décembre accordait seulement :
« 1"* Que les députés aux États-Généraux seraient » au moins au nombre de mille ;
» ¥ Que ce nombre serait formé autant qu'il serait » possible en raison de la population et des contribu- » tiens de chaque bailliage ;
* Les Adresses et Lettres de félicitations, adressées au roi et à son principal ministre par les manicipalités, les corporations, les paroisses, les associations patriotiques, les particuliers, durant les mois de janvier ctde fêvner^ se comptent par centaines dans la Gollectio?! générale des
ACTES RELATIFS A LA CONVOCATION DES ÉtATS-GÉNÉRAUX DE 1789, RUX
Archives.
2 Lettre do 12 janvier 1789, imprimée dans les Fastes civUs de la Frasux, 1. 1, p. 599.
98 LE GÉNIE DE LA RÉVOLDTIOX. — LIV. î.
» 3" Que le nombre des députés du Tiers -État, f> gérait égal à celui des deux autres Ordres réunis. »
Rien de plus. Chacun comprit vite que, sans la délihération en commun et le vote par tête^ le doublement pouvait n'être qu'un leurre. Évidemment, les Ordres restant divisés, il ne devait pas être difficile aux deux premiers d'opposer un double veto aux entreprises du troisième, n'ayant qu'une voix malgré le nombre de ses membres, et de rendre ainsi les États- Généraux de 1789 impuissants, inutiles, comme ceux de 1614. Mais les masses étaient alors si confiantes, si crédules, que jusqu'après l'élection des députés, elles âe persuadèrent que le gouvernement lui-même compléterait l'œuvre entamée le 27 décembre, et à cause de cela, continuèrent à le louer outre mesure du peu qu'il venait de faire.
Les éloges n'obtinrent pas le même succès que les menaces. La royauté, se figurant encore être redevenue forte parce qu'elle se voyait applaudie, refusa obstinément d'accorder à la France ce que leDariphîné lui avait arraché. 11 fallait donc que la France agît comme avait agi le Dauphiné, substituât à une réforme possible la Révolution.
IL — LES LETTRES ROYALES DE CONVOCATION ET LE HÊÔLEMENT ÉLECTORAL BU 24 JANVIER 1789.
Le Règlement fait par le roi pour r exécution des lettres de convocation est encore rédigé dans le but de consacrer le droit historique en opposition avec le drœt laatureU et de renouer, au profit de la royauté, la tn^