IV. La Convention
Y. Le Génie de la Révolution.
La dernière partie résumera les précédentes et, en donnant la théorie complète de la Révolution française, fournira une réponse catégorique à cette triple question : Quels sont les principes communs aux Cahiers de 1789, aux Constitutions de 1791, de 1793 et de 1795? Quels régimes peuvent être plus ou moins conformes à ces principes ? Quels autres y sont naturellement contraires?
Dans leur hâte de passer de TAncien Régime aux deux événements par lesquels s'inaugure le régime nouveau, — le serment du Jeu de Paume et la prise de la Bastille, — la plupart des historiens et des compilateurs ont trop rapidement glissé sur les élections d'où la Constituante est sortie. Qu'en est-il résulté? La masse des lecteurs, aristocrates ou démocrates, royalistes ou républicains, s'est figurée, se figure encore que la destruction de la société du privilège et du despotisme a été presque exclusivement une œuvre parisienne.
Rien n'est plus faux et, ajouterai-je , rien n'est plus dangereux que ce préjugé.
XX ÂYANX-PaOPOS.
Exagérer le rôle de la capitale, c'est amoindrir d'autant le rôle du pays. Concentrer l'initiative dans une seule ville, c'est rendre discutable la légitimité du fait accompli par une partie et subi par le tout; c'est, à un autre point de vue, immobiliser la nation dans l'attente d'un trait d'héroïsme, pour ainsi dire, individuel et qui' risque souvent de ne pas se produire.
Au contraire;, montrer les actes de Paris préparés, consentis, commandés par la France, avant que Paris lui-même ait pu vouloir et agir ;. étendre à chacun des membres du corps national la responsabilité de ce que la tête a conçu, de ce que le bras a fait ; en un mot, déoentmliser l'histoir^^ c'est, je le crois, enseigner le mouvement, l'initiative, l'action: universelle ; c'est, j'en suis sûr, établir la Révolution sur ses vrais fondements, qui sont aussi larges que la France et, comme elle,, indestructibles.
Il m'a donc fallu consacrer la première partie de monouvrage aux plaintes et aux vœux, aux répulsions et aux aspirations de la nation française juste à l'heure oti, après deux siècles de silence, elle reprend la parole. La lecture de plusieurs centaines de brochures, imprimées du mois de juillet 1788 au mois de mai de l'année suivante, m'a mis à même de comprendre comment, nos pères, depuis si longtemps asservis et maintenus dans une honteuse ignorance de leurs droits,, ont pu recevob— rs^, 5 éducation politique en quelque sorte spontanée.