DES BROCHURES
Au moment où les courriers royaux emportent les lettres de convocation des bailliages et sénéchaussées, tous les hommes qui jouissent d'un nom illustre ou de quelque influence personnelle se répandent à travers les provinces, courent d'une ville et d'un village à l'autre, agitant les esprits, les armant pour le prochain combat. De grandes associations secrètes et à demi-publiques telles que les Amis des Noirs * et leiFranc-Maçonnerie ^, mettent leurs loges, leurs clubs, leurs affiliations et qui leurs correspondances au service de la bonne cause. A Paris, durant l'assemblée des Notables, Mirabeau organise avec son ami Penchaud, chez Adrien Duport, conseiller au parlement, une réunion d'hommes politiques, qui s'intitule Club constitutionnel *, et qui deviendra plus tard le club des Jacobins. Sur une multitude de points, avec ou sans l'agrément des autorités locales ou du gouvernement, en vertu du simple
* Voir les Mémoires de Grégoire et ia notice de M. H. Carnot.— Voir aussi les Mémoires de Mirabeau. — Le comité des Noirs, fondé à Parii sur le modèle de Londres, par Brissot, possédait longtemps avant les élec* lions un organe , dont Mirabeau avait la direction et auquel collaborait Bergasse (V. Nicolas Bergasse» par Léopold de Gaillard, p. 20, Lyon, 1862). Mais V Analyse des papiers anglais ne paraissait que quelquefois, avec l'agrément du lieutenant de police. L'influence des Amis de Noin esi très-manifeste dans la rédaction des Cahiers des bailliages, où Tabolition de la traite et de la servitude est presque unanimement réclamée dans un seul et même article.
3 A Tinfluence des Francs-Maçons et Illuminés est consacré le n* 6 des Pièces justifkatives et éclaircissements de ce volume.
3 Mémoires de Mirabeau, t. V, p. 19S.
LKS AMIS DBS NOIRS, LES TRANGS-HÀÇOVS, ETC. 199
droit de réunion et d'association, Taillamment pratiqué en même temps que proclamé naturel à Thomme, essentiel aux élections libres, des sociétés de « bourgeois associés pour la défense du droit du peuple, » des sociétés « rustiques » et « publicoles » se forment et font ou, pour mieux dire, improvisent l'éducation politique des paysans, rendent la parole aux muets et font marcher les paralytiques * .
Qu'ils fassent ou non partie de ces groupes, cent publicistes à la fois acceptent ou se donnent la mission de créer ce qui n'a jamais encore existé en France, un esprit public *, c'est-à-dire de fixer les idées vagues, entre lesquelles hésitent les classes éclairées, de rendre accessibles aux illettrés euxmêmes» et par eux immédiatement applicables, les idées les plus abstraites.
— c< Il ne s'agit plus, se crient-ils les uns aux autres, il ne s'agit plus d'établir des théories neuves,
mais d'obtenir des résultats positifs Il importe
plus de bien faire que bien dire.... Il faut redire aux hommes ce qu'ils ont à faire tant qu'ils ne l'ont pas fait '. » — Sur la première page de leurs petits écrits on lit souvent : « Par tout ce qu'il y a d'honnête, d'utile, de glorieux, renoncez à vos préjugés *! y> Ou encore : « Tous les gens de bien sont invités au nom
* Voir le n* 7 des Pièces justificatives et éclaircissements de ee to- (oie sur ces petites sociétés électorales, dont Taction fut très4mpor- Unte.
' Des ÉtatS'Généraux et principalemefU de Vesprit qu*on doit y «pporter.
' Ibidem.
* Avis de plusieurs bons citoyens. — Le dernier coup porté am Vf^iSf [MT Billaad-Varennes.
de la patrie, à répandre, à développer, à iospirer ces grandes et utiles vérités * ! »
— « S'il fut jamais une époque, répètent-ils sœas cesse, à laquelle la France ait pu se promettre une régénération totale, c'est dans celle que les abus du despotisme viennent de nous offrir ^. » Il en est qui posent ce dilemme : « La Révolution ou point de réformes ^ ! » et qui ajoutent : « Il ne faut pas être arrêté, pour fonder le bonheur des générations futures, par les maux qu'il en peut coûter à la génération présente. »
Mais beaucoup répliquent : — Non, point de maux à redouter ! La Révolution s'opérera d'ellemême, par l'accord de toutes nos volontés. « Malheur à qui oserait tenter d'allumer le flambeau de la discorde dans le sanctuaire de la patrie * ! »
— «Si vous m'en croyez nous oublierons le passé.» Tel est l'avis d'un plébéien **. — Ainsi parle un gentilhomme : — c( L'universalité des citoyens a été la victime du pouvoir arbitraire ; tous, à quelque ordre qu'ils appartiennent, ont un intérêt égal à réclamer les droits de tous les citoyens ® » — Ces excellents
* Des pouvoirs à donner.
2 La Boissière, Discours sur les États-Généraux.
» Mémoires de Mirabeau, t. V, p. 404 et suiv. — La fameuse maxime : « Salus populi suprema lex, » sert d^épîgraphe à un grand nombre de brochures même aristocratiques. Quant au mot de Révohtion, il entre, dès 1788, dans la langue politique courante {Béfimons d'un citoyen sur la Révolution), et il ne fait peur à personne.
* Des États-Généraux, etprincipakmentj etc. Voir aussi la SentiM^^ et la véritable sentinelle du peuple.
5 Quand le coq chantera, gare aux vieilles poides ! apis de Gros- Jean sur les Lettres de convocation,
* Condorcet, Réflexions sur les pouvoiârs 4 damsBT» «-«Uiie autre bfo-