LÀ PROPAGANDE ET L'ACTION
conseils paraissant De pas être écoutés, un autre noble lance aux privilégiés ravertissement suprême : t C'est au grand jugement que nous marchons, s écrie Kersaint ^ »
« Tous les établissements anciens nuisaient au peuple, dit un ministre protestant, Rabaut-Saint/- Étienne ; il faut renouveler les esprits, changer les idées, les lois, les hommes, les choses, les mots, enfin tout détruire ^. » — Sans doute, objectent quelques écrivains modérés ou absolutistes, les plaies de la France sont incurables. Mais une grande nation ne peut pas se régénérer elle-même, les Français ont perdu l'habitude des assemblées, la liberté est insupportable aux peuples qui ne sont pas accoutumés à en jouir. — Nous ne soutenons pas , réplique Mirabeau ', que les États-Généraux puissent a réparer tout à coup des maux invétérés ; mais il dépend d'eux de rendre l'état de la nation très-supportable, en lui préparant pour une époque plus éloignée le plus bel avenir. ... Il ne faut pas que le peuple devienne furieux ni qu'il tombe dans l'indolence. » — « On peut, ajoute Sieyès, on doit même élever ses désirs à la hauteur de ses droits ; mais il faut mesurer ses projets sur ses besoins *. »
diBK, publiée, non pas comme celle-ci à Paris, mais à Rennes, porte le ffiéffle titre et défend les mêmes idées.
* LeRubicon,^. 87. Cette brochure, fort intéressante, est la suite d'une totre non moins libérale et intitulée Le Bon sens. — Il ne faut pas confondre les brochures du « gentilhomme breton » avec Le Sens commun. Le hibicon et Les Vues sur le Rubiconj du futur conventionnel Th. Payne.
^ Citation faite dans la Description de la collect. Labédoyère, p. 185.
' Réponse aux aJarmcs des bons citoyens, Paris, 1789.
^ Épigraphe des Vues sur les moyens d'exécution dont les représen' tQKlsde la France pourront disposer en 1789.
S'adressant, non plus à Tuniversalité des Français, mais aux masses populaires qui doivent du même coup secouer le joug féodal et briser le despotisme, les tribuns s'écrient : a II est temps que vous leviez la tête et que vous la leviez constamment ; il est temps que vous rentriez dans vos droits et que vous recouvriez votre liberté originelle.,. Ah! que vous seriez à plaindre si vous veniez à mollir devant vos enne* mis * ! » — Mais c'est un magistrat, c'est rancien avocat général au parlement de Grenoble, l'illustre Servan * qui inspire ainsi aux paysans le sentiment, l'orgueil de leurs droits : — «Vous pouvez parler!... Les bonnes fortunes du peuple sont rares et courtes : pensez-y bien !.. . Il y a quatre ou cinq cents ans, vous étiez un peu moins que les bœufs, les ânes... Vous êtes des hommes et, qui plus est, des citoyens.
Si vous ne faites pas les lois, vous les faites faire
Un roi, tout roi qu'il est, ou plutôt parce qu'il est roi, ne peut rien comoiander au dernier goujat d'entre vous, messieurs, sans avoir consulté la raison de tous les autres.... Ces grands mots : de par le roi! ne signifient que : de par les lois ou de par vous-mêmes!.,.. En qualité d'hommes ejt de citoyens, vous avez le droit incontestable de n'obéir précisément qu'à ce que vous auriez voulu tous ensemble ; et il est clair que hacun, en s'obligeant d'obéir à la volonté de tous, conserve fort adroitement le droit de n'obéir qu'à la sienne. »
Certes, cela se devait comprendre même dans les campagnes, et ceci encore mieux : — « Qu'est-ce que
^ Le philosophe au peuple français^ par Desmoulins. 3 Avis salutaire au Tiers-État
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rmlpôt?— La somme d'argent que chaque habitant ou citoyen donne au roi pour faire les affaires de la Dation. — Qui est-ce qui décide quelle somme doit âtre donnée? — La nation représentée par les États-Génénuix seuls. — Et si le roi voulait établir des impôts sans le consentement des États-Généraux ? — Alan on ne serait pcLS obligé de les payer. »
n est à remarquer que ces définitions de l'impôt et dagouYemement représentatif sont écrites, non par on révolutionnaire exalté, mais par un partisan trèsmodéré de la constitution anglaise. — « Quelle doit- Ctre, dit-il à la dernière page de son catéchisme^ la prière d'un citoyen français î — Gloire au roi, liberté à la nation, respect au clergé, honneur à la noblesse, estime, aisance et bonheur au peuple ^ . »
Sous cette excellente forme, à laquelle l'Église avait liabitué ses fidèles, la vérité poUtique pénétrait aisément dans les chaumières et dans les ateliers. Les caUehigmes patriotiques^ des trois Ordres et en particulier da Tiers-État^ de la Noblesse y du Clergé ', de la raison ^, du citoyen, du peuple libre^ du genre humain.
* Ouiehiswuf français à Vufoge des gens de la campagne, ' Le Catéchisme du TierS'État, par Antonelle, le Catéchisme des ftvit Ordres, par nn gentilhomme françaU» Uoet de Froberville, et le CsUekisfne patriotique, par de La Croix, avocat au parlement, sont Ion let trois royalistes constitutionnels. ^ n y en a de monarchiques, «ïlttatref , nationaux, etc.
' Les catéchismes de la raison ou des vrais fidèles sont plus philo- Mfhiqiies que politiques, plus rationalistes que révolutionnaires. Le ■Nveraent anticatholique, bien plus, antichrétien, se détermine par ^ et par d'antres opuscules du même genre : le Manifeste de la souve^ * rotse raûon, le Petit Code de la raison humaine, le Système de la rwm (de Carra, 1789; Jtome anéantie (par Brissot, 1784), etc., etc. A CCI brochures semblent répondre : De Fimportanee des opinions relt-
à l'usage de tous les citoyens^ à Vusage des vrais fidèles^ etc. etc., sont fort nombreux. A l'infini se multiplient les feuilles volantes intitulés : Prières civiques^ à l'usage de tous les ordres, pour les aristocrates agonisants ; la nouvelle Epiphanie ou la liberté adorée des Mages; la Semaine Sainte ou les lamentations du Tiers- État, la Passion, la Mort et la Résurrection du Peuple ; les Œufs de Pâques ou la communion pascale, V Alléluia du Tiers; les Confessions générales, secrètes^ ; le Confiteor de la Noblesse et du Clergé, le Meâ culpâ des aristocrates, le Grand Jubilé national, la Trompette du Jugement dernier; VAve, le Credo, les Actes de foi du Tiers^ delà Noblesse, le Symbole des patriotes ; les Litanies^ Oraisons, Psaumes, Versets, les Messes et Vép^es^ le Magnificat du Tiers-État; le De profundis, VEnterrement du despotisme, les Funérailles des aristocrates ; les Prônes patriotiques, le Gloria in excelsis du peuple, les Épitres, les Évangiles du peuple, du Tiers, etc. L'Évangile dtt jour commence par ces mots :« En ce temps-là vivaient, dans une contrée appelée la France, vingttrois millions d'hommes plongés dans l'avilissement, l'inertie et la détresse ^. »
A la veille de la Révolution, comme à l'époque de
gieiues, par Heeker, 1788; la France chrétienne, juste et libre ^ 1789, etc.
* Confession générale de 1786, secrète de 1787, générale des princes du sang, du comte d^ Artois, de Colonne, etc.
2 Sallier, en ses Annales françaises, p. 304, cite mt évangile du Tiers ^ que je n'ai pas retrouvé et qni, selon lai, se termine par ces mots : « Per evangelica dicta, deleantur eami/iees, magistratus et nobilitas, Âmen. n — II existe un Catéchisme des roiSy imprimé à Tonrnay, sans date ; des Jérémiades et nn Requiem des fermiers générasix, aussi très- TÎoIents.