I. — LES ÉLECTIONS DE SAINT-CLAUDE, AU MONT-JURA
« Tfn tel peuple eût-il jamais fait une réyolution , fût-il jamais devenu libre? Jamais pour des milliers de tièeUs. C'est le peuple éclairé de Paris, au milieu des brochures et des publications^ qui a tout fait. »
Ainsi parlait Arthur Young au lendemain de la prise de la Bastille S après avoir, depuis 1787, parcouru presque toutes nos provinces, étudié Tétat matériel, intellectuel et moral de nos campagnes et de nos campagnards, paysans, artisans et petits propriétaires; après avoir découvert, approfondi et scientifiquement constaté les deux résultats positifs de la monarchie absolue : une misère effroyable, une ignorance plus effroyable encore.
4 Le 7 «pût 17&9, Vùifages m Fnance^ t. î, p. 274 de l'édition GuillaoBiin.
Le célèbre agronome anglais avait raison quand il affirmait que, sans Tinsurrection parisienne du 14 juillet, il aurait pu ne pas y avoir de Révolution française. Il avait raison encore lorsqu'il attribuait le réveil national aux brochures, et nous avons vu que, si les publicistes n'avaient rien écrit, rien ou presque rien de sérieusement révolutionnaire ne se serait fait avant la révolte des parlements et même après le triomple du mouvement dauphinois.
Mais Young avait tort si, jugeant toutes les viUes d'après Moulins, toute la France d'après le Bourbonnais, où l'on n'éprouvait pas encore, en août 1789, le besoin de lire un journal, il se figurait que l'actioD des [publicistes ne s'était pas déjà exercée hors des barrières de la capitale ; quand il supposait notre misérable pays complètement innocent du grand coup qui venait d'être porté par la souveraineté du peuple à l'autorité du droit divin, complètement incapable d'avoir rêvé, voulu, sinon entamé la Révolution.
En attaquant, en prenant, en rasant la Bastille, les Parisiens ne firent qu'exécuter un mandat formellement donné par les électeurs de plusieurs provinces *. A quelque degré d'abaissement, d'avilissement que l'eût fait descendre le despotisme, la nation française, remuée jusqu'au fond de ses entrailles par l'esprit du xviii* siècle, accepta d'avance la responsabilité des actes héroïques du peuple de la capitale. Telle est la vérité qui éclate aux yeux de quiconque a fait une lecture attentive et des Cahiers et des procès-verbaux des élections de 1789.
* Gomme on le verra plus loin, livre HI, au chapitre sur la liberté in" dhiduelle.