DU NOMBRE DES ÉLECTEURS
11 est impossible de déterminer avec exactitude le nombre des citoyens qui prirent part aux délibératioDs de toutes les assemblées primaires, corporatives, municipales, secondaires et générales des trois Ordres. Rabaut-Saint-Étienne ne l'évaluait pas à moins de six millions ^ , et Micbelet suppose qu'il dépassa cinq millions '.
Ce qu'il y a de sûr, c'est qu'à tous les degrés, les assemblées électorales furent extrêmement populeuses. Même dans les campagnes, on avait compris qu'il est, comme disait un évéque, «il est de la sagesse de chaque citoyen de laisser là son champ et son village pour ne s'occuper que de l'intérêt commun : le sien ne s'y trouve-t-il pas quand la rosée tombe sur tout le monde ' ? »
Il serait difficile de citer plus de deux ou trois provinces oîi l'indifférence des paysans se soit traduite par de notables abstentions ; et ce seraient précisé ment celles où le sort des classes agricoles, sous l'empire de certaines causes particulières, était devenu le moins pénible. Dans la généralité de Limoges, les droits féodaux avaient été allégés, les impôts répar* tis avec assez d'équité, les corvées remplacées par une contribution pécuniaire, depuis la savante et généreuse administration de Turgot. Il ne parut aux assemblées du Limousin qu' « une très-petite
* Précis de la Révolniùm française, 179*2, dans les OEuvres de Ratevf, 1826, t. I, p. ?86. — Voir aussi les Hémoires de Mirabeau, t VI, p. IÎ6.
> Bistwre de la Résolution, 1. 1, liv. I, ch. i.
' hùtrucHons et cahier du hameau de Madmi, brochure de 1 19 pages in^*, par M. Thémines, évéque de Blois.
quantité des individus qui pouvaient y assister ^ . y> Dans TAngoumois^, au contraire, Tenipressement des paysans était tel, que Ton vit, à la Magdelaine, jusqu à des mendiants, et à Chevanceau, jusqu'à des femmes comparaître et voter.
Dans le Berri, à peine signale-tron Fabsence de sii petites communautés sur les quarante-cinq qui devaient être représentées au baiUiage secondaire de Dun-le-Roi '. Dans le Forez et le Lyonnais, la Provence, le Languedoc, TAnjou, le Nivernais, TOiléanais, la gouvernance de Douai, dont les habitants sont misérables ou asservis à des degrés très-différents, Taffluence est énorme aux assemblées primaires, et presque tous les villages comptent des délégués aux baillages et sénéchaussées, avant la réduction réglementaire *. En Bretagne, sur environ sept cents paroisses invitées à se faire représenter à l'assemblée de Rennes, trente au plus font défaut ; il n'en manque qu'une à Châteaulin'. L'empressement n'est pas moindre en Champagne, en Bourgogne, en Franche-Comté ^, où la famine se fait sentir
* Diaprés les Edaireissefnewts Bianuscrits de rmtendant, expédiés au dtf eeteor général des finaoees.
s VAngoumois en 1789, par M. Ch. de Cbancel, p. 390 et395.
> D'après un état manuscrit.
4 d'après les appels nominaux. En beaucoup de baHltages, même «près la réduetton au quart, il reste encore beaucoup de laboureun. (Voir notamment les procès-verbaux du Forez )
^ V. le n* 4 des Eclaircissements et pièces justificatives de ce volume.
' Dans toute la Franche^omté le zèle électoral est si vif que, sans convocation, avant la distribution des lettres royales, les habitants des moindres villages s'assemblent et délibèrent sur la place publique. (Procèsverbal de Bachones, etc.) ** 0e même en Prov^oe, ok, avant, pendant «t ajMsès les éleetiaHS, les persans se constittteBt en « eonaeil général de tous les chefs de famille. » {Cahier 4'ÀMinoh «te )