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LES CHATEAUX ONT PEUR

chaînes de la servitude par des possesseurs de ûefs la plupart ecclésiastiques. » Pour eux, pour tous, que réclament-ils? — Enfin^ — par cette phrase se termine Teiposé de leurs griefs, — c'est justice que nous demandons!

— <tO justice éternelle! nous implor'ons ton assistance! » répond l'écho des montagnes d'Auvergne '.

n. — LES ÉLECTIONS RUSTIQUES EN GÉNÉRAL.

Les élections s'étaient faites à Saint-Claude et à Lons-le-Saulnier sans le moindre désordre. Mais en pouvait-il être ainsi dans les autres bailliages de Franche-Comté, après les protestations du Parlement de Besançon contre le doublement du Tiers ^, quand

t. II, p. 214. — Ce même chiffre est donné par Tabbé Clerjet, dans le titre même de son livre : Le cri de la raison, ou examen approfondi des lois et coutumes qui tiennent dans la servitude mainmortable 1,500,000 sujeU du roi. (Besançon, 1789, in-S».)

* Fin du Cahier de Cusset, en Auvergne, bailliage secondaire dépendant du bailliage principal de Saint-Pierre-le-Moustier, en Nivernais :

... c Justice étemelle ! nous invoquons votre assistance, aidez-nous de votre sagesse l qu'elle serve de rempart au plus juste des princes, (pi'elle le défende contre la séduction des méchants, les sollicitations de la vanité et les fauteurs de la tyrannie.

» Inspirez votre esprit de paix et de justice aux représentants d'une grande nation ; éloignez du sanctuaire auguste qui va les rassembler, la discorde et ses traits empoisonnés ; ne permettez pas qu'ils pénètrent dans le temple sacré, dans lequel on va statuer sur le sort d'un peuple qni vit sous vos lois.

» Aeeordez-nous cette éloquence simple, mais propre à convaincre, et alors nous dirons hautement à la nation assemblée, que le nom de son ninistre restera gravé au fond de nos cœurs , que rien ne saurait l'en olbeer, puisqu'il y est empreint avec des caractères revêtus du sceau de la vertu, dont il est l'emblème... »

^ V. sortout l'arrêté du 27 janvier dans Vlntrod, au Moniteur, p. 5i4.

les privilégiés se liguaient pour la défense de leurs «propriétés » les plus odieuses *, lorsqu'enfin, à la suite du terrible hiver de 1788-1789, la famine sévissait?

Les aristocrates trouvant eux-mêmes leur intérêt à reculer indéfiniment la réunion des États-Généraux, juste au moment où les assemblées primaires vont se réunir, des agents soldés parcourent les campagnes, disant : — ce Trente-six livres de froment ne valent que trois livres pour les riches, et le pauvre doit l'avoir gratis !» — Les convois de blés sont journellement arrêtés et pillés. L'autorité militaire intervient, jugeant « qu'il serait très-dangereux de ne pas en imposer à cette féroce canaille, qui meurt de peur dès qu'on prend le ton haut avec elle. » La rage populaire, accrue parla répression, menace de produire une véritable jacquerie. Ceux qui ont espéré tirer parti de l'émeute, comme ceux qui se croyaient sûrs de l'écraser, tremblent à leur tour. Les tribunaux refusent de juger les affamés, les officiers de faire tirer sur le peuple ; les propriétaires, dont les greniers sont en péril, renvoient les soldats qui s'offrent à les protéger, et se hâtent de livrer leurs grains. On craint de voir brûler les châteaux ^ !

* « J'ai TU , écrit Clerjet à la première page dn Cri de la raisaUf j*ai vu mes compatriotes dans les fers ; j*ai entendu les discours de leurs oppresseurs; j'ai frissonné de leurs blasphèmes...»— La collection des Actes relatifs aux élections de Besançon est pleine de pièces aristocratiques, où Ton proteste d'avance contre tout ce que les États-Généraux pourront faire de contraire aux coutumes de la province et aux « dro&f B et propriétés des Ordres. »

2 Ce qui précède est le résumé exact d'une lettre écrite, le tO aTr9, par le marquis de Langeron, commandant les troupes de Besançon et des

LÀ fàmnë ët les élections. 16a

Dans les campagnes provençales et même dans les villes, telles que Marseille, Toulon, Aix, la famine et les intrigues aristocratiques soulèvent également le peuple. Pour garantir du pillage les greniers, les convois de grains et de farines, pour sauver la vie des accapareurs et des hobereaux les plus insolents, il ne faut rien moins que Téloquence de Mirabeau et la création de la garde nationale \

Aux environs de Montbrison et de Saint-Étienne, « des attroupements d'hommes déguisés en femmes, rapporte le lieutenant général du Forez ^, s'opposent au commerce et à la circulation des grains ; on arrête les voitures par terre et les bateaux sur la Loire, on éventre les sacs, on met à la denrée le prix que l'on veut, et on n'observe aucune règle dans le mesurage. La maréchaussée a fait informer de ces faits, mais cinquante à soixante témoins entendus dans leurs dépositions ont soutenu qu'ils ne connaissaient pas les auteurs du délit. L'impunité accroît le désordre.»

Bas troubles du même genre se reproduisent au Nord, comme au Midi, à l'Ouest comme à l'Est. Néanmoins, — et ceci est très-remarquable, — nulle part ils ne s'aggravent au point d'entraver les opérations âectorales, et même, en plus d'un endroit, ils cessent dès que les électeurs commencent à délibérer. Espénmttout des États-Généraux, le peuple n'oubUe pas ses haines, mais suspend ses vengeances ; il accuse

(■vinns, à son supérieur, le marquis de Puységur. — Archiyes nationales^ ictet rékUift atue élections.

* Voir surtout le tome V des Mémoires de Mirabeau,

* Lettre du 27 mars 1789, au garde des sceaux, manuscrite.

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hautement ses tyrans féodaux de l'affamer afin de le soulever, et de chercher dans l'anarchie le salut des abus ^

Incapables de s'opposer à la réunion des assemblées primaires, la Noblesse et le Clergé , dans l'intérêt de leurs ce droits et propriétés, » ne négligent aucun moyen, honnête ou malhonnête, pour faire nommer électeurs leurs propres agents, pour empêcher ou atténuer l'expression des griefs véritables de leurs « sujets. ï> Par l'intermédiaire soit de quelque petit intendant^ juge» huissier, procureur ou officier municipal à leur entière dévotion, soit de quelque curé réduit à la portion congrue ou de quelque desservant famélique qui dîne au château et redoute les foudres épiscopales , les privilégiés triomphent dans un trop grand nombre de villages. Sous l'inspiration de leurs oppresseurs, les victimes ne disent mot des extorsions et humiliations qu'elles subissent depuis des siècles; elles parlent à peine du rachat facultatif des devoirs féodaux, ne se plaignent guère que des impôts et de la milice, ne crient que contre les intendants, les fermiers généraux et les gabelous.

* « Les vues bienfaisantes du roi, écrivent danslear ¥^motVe ou Gabier, adressé au directeur générai des finances, les habitants des Tentes d*Eavy, près d'Arqués, en Normandie, ne tendent qu'au bonheur de son peuple, malgré la méchanceté de quelques individus qui s'opposent à Texécation de ce grand et magnifique projet. En vain s'efforcent- ils de le faire échouer en faisant languir, par la famine, le malheureux artisan et jour* nalier, probablement pour les soulever contre vous, Monseigneur, et les ministres intègres, choisis du souverain pour réprimer les abus dont la contagion n'est que trop invétérée. La malice, perfidie et cupidité de certains sujets les a portés à faire ensarrer les blés, dont il se fait un commerce odieux et désolant. Ils sont pis que les animaux les plus féroces; l'instinct qui les guide, les engage au moins à ménager ceux dt leur espèce... »

INFLUENCES AKISTOGRÂTIQUES. 165

n est même de malheureux paysans qui ne crient co&tre personne et ne se plaignent de rien parce que personne, semblerait-il, ne leur a nui, parce que rien aeles peut intéresser, si ce n'est la fortune et le renom de monseigneur le maître des terres qu'ils cultifent mais ne possèdent pas.

« Les habitants de ce lieu n'ont rien à demander puisqu'ils ne possèdent rien en propriété dans le terroir, M. Georges du Roux, chevalier, conseiller d'État, étant le seul propriétaire et seigneur de cette terre. Leur intérêt serait pourtant que M. le marquis du Roux fût payé de six millions cent quarante mille lims qui lui sont dues par le roi. »

TeUes sont les remontrances et doléances de la paroisse du Roux, en Provence * !

Mais il se peut que le curé de la paroisse soit janséniste et tienne ses supérieurs pour de mauvais chrétiens, ou simplement qu'il haïsse le bénéficier an profit duquel il exerce et auquel il est contraint d'abandonner la majeure partie de la dtme levée sur ses ouailles, comme celles-ci sont obligées de fournir au seigneur une portion de leur travail et le plus dair de son produit. Il se peut aussi que l'homme, auquel le châtelain a délégué l'exercice de son privi* lége judiciaire, ne soit pas un misérable, ne voyant en sa justice qu'un gagne pain qu'il lui faut conserver itoutprix* Il se peut que le petit officier municipal du lillage ou le notaire, le procureur lui-même ait eu sous les yeux quelque brochure démocratique, et

* Parmi les pièces manuscrites de la sénéchaussée d'Âix. — Les deux phrases citées sont tout le Cahier ; le seigneur y a joint les pièces qui P'MtTeQt la validité de sa créance.

soit plus attaché à sa commune qu'à ses mattres. Alors les intrigues cléricales et nobiliaires sont déjouées par ceux qui les connaissent le mieux, par un prêtre ou par im agent seigneurial. Les doléances rustiques deviennent d'autant plus vives, tantôt contre la Noblesse, tantôt contre le Clergé, tantôt contre l'un et l'autre, que ceux qui les écrivent, risquant la place dont ils vivent, se trouvent d'autant plus intéressés au succès complet de la Révolution.

Il arrive parfois encore que vis-à-vis des créatures des ecclésiastiques et des nobles se dresse quelque bourgeois, retiré à la campagne, quelque chirurgien ou avocat, qui a lu Voltaire et Rousseau, qui lit Mably et Dupuis, qui a reçu et s'est chargé de répandre les opuscules des Sieyès, des Servan, desVolney, des Mirabeau, qui aime à lier conversation avec les paysans, qui les a guéris ou leur a gagné leurs procès, et qu'ils €onsidèrent comme un oracle. Parfois, enfin, se rencontre quelque charron, maçon ou tisserand, qui, à la ville et durant son tour de France, s'est appris à épeler les lettres moulées et aies reproduire de sa propre main. Que ce « savant » n'ait pas du curé une peur trop grande, ni du seigneur un respect trop servile, et sa présence seule suffit pour atténuer, sinon détruire, les effets de l'ignorance exploitée par la mauvaise foi.

S'il y a dans le village un seul lettré indépendant, il devient presque impossible aux privilégiés de réduire leurs victimes au silence, soit en allégeant momentanément leur servitude, soit en leur promettant monts et merveilles pour l'avenir, soit même en les menaçant et en les brutalisant. Qu'un homme, capa-

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