L LES EXACTIONS BES TILLES EN GÉNÉRA.L
Les élections primaires des "villes, considérées dans leur ensemble, ont encore moins de signification poUtique que celles des paroisses rurales,, prises en masse. Cela provient surtout de ce qu'elles sont faites, non par quartiers ou arrondissements, mais par ^corporations. ciLes habitants imposés et domiciliés, » presque tous subdivisés en une multitude de petits groupes, ne parlent et n'agissent qu'à titre de commerçants, d'industriels, d'artisans ou artistes de teUe ou telle catégorie, à titre d'avocats, de médecins ou chirorgiens, de notaires, dé procureurs, etc. Leurs procès-verbaux et Cahiers sont donc remplis de discussions , de plaintes, de pétitions tout à fait spéciales àriadustrie, commerce, art ou métier qu'ils exercent, et trop souvent étrangères aux intérêts nationaux, provinciaux, même municipaux. 11 n'y a guère que
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rinfime minorité des bourgeois sans état qui délibèrent et YOtent, dès le premier degré, en qualité de citoyens, et, faute d'esprit de corps, se préoccupent des intérêts publics, plus ou moins bien compris.
Dans rassemblée du Tiers-État de chaque ville, composée des délégués de tous les groupes d'habitants, commence à se produire la revendication des droits individuels et constitutionnels ; encore le plus souvent y reste-t-elle presque enfouie au milieu des griefs et vœux locaux. Ceux-ci ne cessent de prédominer qu'une fois les électeurs des villes et des campagnes fondus, et, selon l'expression du Règlement royal, réduits dans les assemblées générales du Tiers- Ktat des bailliages et sénéchaussées. A vrai dire, c'est seulement dans ces dernières que la France formule avec netteté ses négations et ses affirmations politiques. Les innombrables assemblées des degrés inférieurs sont en réalité le chaos où se heurtent, s'émiettent et se dissolvent les éléments du vieux monde, tandis que se préparent confusément, et finissent par se dégager, à mesure que les électeurs, les intérêts et les opinions se concentrent, les faits et les principes dont sera formé le monde nouveau.
Les réunions électorales des corporations d'arts et métiers n'ont pas, en général, l'importance que serait porté à leur supposer un socialiste du xix* siècle. En 1789, l'industrie n'occupait pas, dans la société française, la place qu'elle y a prise de nos jours; les prolétaires, relativement peu nombreux partout ailleurs qu'à Paris et à Lyon, ne pouvaient encore jouer qu'un rôle très-secondaire. Au reste, tous les travailleurs manuels ne jouissaient pas du droit électoral,
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les patrons et maîtres ouvriers des jurandes et maîtrises étaient seuls reconnus citoyens. Les artisans libres, qui s'étaient multipliés, grâce aux édits de Turgot et malgré le rétablissement incomplet des corporations, se mêlaient pour voter, avec les bourgeois sans état^ si par hasard ils se trouvaient inscrits sur les rôles des contributions royales. Les prolétaires proprement dits, les journaliers, les manœuvres sans nulle propriété, les petits ouvriers employés par les ouvriers maîtres et non soumis à la taille d'industrie, n'étaient pas électeurs.
J'ai eu entre les mains beaucoup de procès-verbaux et de Cahiers, émanés des corporations d'arts et métiers K Les débats , qui- sont loin d'être sans intérêt économique, roulent principalement sur le maintien ou la suppression des maîtrises et des règlements administratifs en matière d'industrie, sur les conséquences du traité de commerce conclu avec l'Angleterre, en 1786 ; sur les encouragements qu'il importe de donner à l'exportation ou à l'importation, soit de tel ou tel produit brut, soit de tel ou tel article fabri- (pié, sur les douanes intérieures, sur le reculement des barrières fiscales, sur les impôts fonciers et mobiliers. Mais ces diverses questions ne sont presque jamais ramenées à des principes fixes, ni même résolues dans le sens logique des idées politiques et sociales que le Tiers-État doit faire prévaloir. Sans doute,
' * Notamment les Gabiers de quelques-unes des corporations de Paris, ^Bordeaux, de Marseille, de Toulon, d'Aix, d'Arles, de Troyes, de Se^ dan, de Fumai, de Saint-Quentin, de Reims, de Metz, de Sens, de Provins, de Chartres, de Châtellerault, de Moulins, de Niort, de Laval, l'Angers, de Rouen, de Caen, de Sézanne, de Montauban, de Nar-
I boMie,ete., 1D88.
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il est des corporations qui se sacrifient à la liberté industrielle, et qui condamnent aussi bien le traité de commerce anglo-français que le traité franco-russe de 1787, à la manière de Condorcet, au nom de la liberté absolue des échanges internationaux ^Mais, en majorité, les maîtres ouvriers et patrons s'élèvent contre l'un et l'autre de ces traités, selon que leur métier en éprouve des avantages ou des désavantages momentanés. Ils réclament vivement Tinterdiction absolue des mécaniques à filer et tisser le coton, que les Anglais viennent d'importer en Normandie *. Ils défendent les maîtrises , qu'ils ont payées , comme des propriétés sacrées auxquelles nul ne doit porter atteinte. Enfin, ils chargent leurs délégués aux assemblées supérieures ' de faire insérer dans le Cahier général la revendîcalion ée toutes les libertés, hormis celles qui pourraient être contraires à leurs intérêts égoïstes. Les bonnetiers, chapeliers, pelletiers et fourreurs de Troyes inscrivent, à l'article XXY de leurs doléances*, « la liberté absolue de la presse,» et à l'article XVII, « la suppression de tous les fabricants de campagne, » qui travaillent, depuis Fédît d'avril 1777, sans se faire recevoir maîtres et à meilleur marché que les ouvriers de la ville !
* Plusieurs corporations de Bordeaux.
2 Supplication des maîtres vinaigriers de Roveo, «rtiele^5 ; yanm ks Actes relatifs aux élections de Rouen.
3 Qu'ils mettent tous le plus grand aèle à éfire. — A Mets, les corporations, qui ont été privées du droit de participer à féleetion éa dépoté spécial accordé' à cette yiHe, expédient à Paris un Mémoire et im délégué pour Qkemr du ministère et des États-Génértux la recoonaissaBee de leurs droits briques ainsi violés.
^ Parmi les Actes relatifs aux élections de Troyes.