‹ Le génie de la révolutionChapitre 75 sur 191 · U COALITION DE · texte numérisé non relu

U COALITION DE

par asnée, au moins ! — au premier chômage , à la première maladie, il était infailliblement ruiné !

Étant ainsi réduits à la dernière misère, les satinaires et taffetatiers, ouvriers maîtres , compagnons et travailleurs sans titre de l'industrie de la soie, se mirent tous en grève et se coalisèrent, au commencement du mois d'août 1744. Ils demandaient :

Une augmentation de salaire d'un sou par aune;

L'égalité entre les différentes catégories de la communauté dans la nomination des maîtres gardes ;

L'abolition du droit de réception de 300 livres, imposé aux maîtres ouvriers pour jouir du privilège exclusif possédé par les maîtres marchands ;

La liberté, pour les ouvriers à façons et chefs d'atelier de travailler à leurs risques et périls ou à la solde d'autrui.

Teinturiers, crocheteurs et portefaix, fabricants de bas, chapeliers, la plupart des corps de métiers se levèrent en même temps, et, durant plus d'une semaine, la ville de Lyon se trouva au pouvoir des ouvriers coalisés. Aucun acte de violence, ni contre les personnes, ni contre les propriétés, ne fut commis ^ Mais les métiers restèrentimmobiles jusqu'à ce que le Consulat eût rétabli le Règlement de 1737 et fait droit aux très-justes réclamations des ouvriers des divers états.

Six mois plus tard, le 25 février 1745, en vertu d'un arrêt du conseil d'État du roi, toutes les concessions consulaires furent retirées, et les patrons réin-

* Un historien qui, sans doute, est fort loin d'être socialiste et révolitionnaire, Taffirme. Voir V Histoire de la ville de Lyon, par J.-B. Monfelcon, 1859, in-4», p. 820.

tégrés dans Fintégrité de ce que Fon appelait leurs droits. Un formidable déploiement de troupes, logées chez les bourgeois et entretenues à leurs frais, rétranglement de quelques crocheteurs et ouvriers en soie c< séditieux, » ainsi que la condamnation de plusieurs autres aux galères, assurèrent a le rétablissement de l'ordre. » L'autorité royale en profita pour remplacer les droits de réception, qui rapportaient à la fabrique même, par des lettres de maîtrises dont presque tout le produit allait s'engloutir dans le Trésor de Sa Majesté.

Grâce à la puissance d'une garnison, sans cesseranouvelée, les ouvriers lyonnais avaient été réduits à la misère et au silence durant quarante années. Enfin, en 1786, ceux de la fabrique de soie dressentde nouveau le tableau de leurs recettes et de leurs dépenses ; ayant ainsi prouvé, par des chiffres indiscutables, qu'il leur est impossible de vivre en travaillant, ils sollicitent une augmentation de deux sous l'aune sur les étoffes unies, d'un peu plus sur les étoffes façonnées ^ Les patrons, s'obstinant à la leur refuser, ils arrêtent leurs métiers, le 7 août, et parcourent la ville , rangés en longues files, tenant chacun un simple bâton à la main. En présence de cette manifestation, le consulat prend peur, il accorde ce qu'ont demandé les ouvriers. Ceux-ci se remettent aussitôt au travail, sans exiger la moindre garantie. Mais les chasseurs du Gevaudan s'installent chez les citoyens de la Guillotière, Royal-Marine occupe la Croix-Rousse et le

* Voir le tableau donné dans le Mémoire inédit, n» 10, des EdoM' sements et pièces justificatives de ce volume.

L'ÉMEirrE DK 1786. 187

régiment d'artillerie de La Fëre ^ installe ses canons i Taise. L'autorité civile, dès lors, ne peut plus se souvenir de ce qu'elle a promis ; l'autorité militaire est seule maltresse. Trois malheureux artisans qui ont essayé de franchir un pont de bois fermé par un péage, sont pendus, et la misère de la classe ouvrière est aggravée par une nouvelle intervention du pouvoir royal dans le règlement des rapports entre le travail et le capital.

L'ordonnance de 1786 abolit l'ancien tarif de la main d'œuvre, parce qu'il n'est plus en proportion avec le prix fort augmenté des denrées de première nécessité ; elle laisse au patron et à l'ouvrier la fa» culte de convenir entre eux du prix des façons; suds elle ne supprime pas les lettres de maîtrise de 800 livres, elle maintient la barrière corporative et fiscale qui sépare l'ouvrier libre du maître ouvrier et la fabrication du commerce. Ainsi mis à même de réclamer tel ou tel salaire, mais toujours tenus de tra* vaiUer exclusivement pour un très-petit corps de marchands privilégiés, les ouvriers en soie restent, autant que par le passé, asservis à leurs métiers, dont il leur est défendu d'écouler eux-mêmes les produits. Ils ont donc <c à subir à la fois la liberté et la servitude comme im double fardeau '. »

* Le futur empereur Napoléon serrait en qualité de sous-lieutenant, <luis ce régiment, fait remarquer Monfalcon, p. 829. Coopérer à la répression d'une coalition d*ouvriers, c'était étrangement commencer une <>Rière militaire et politique, qui devait conduire Bonaparte de Tami- ^ de Robespierre jeune aux trahisons de Fouché, du secrétariat du ^Miité de salut public au trdne de France, d'Arcole au Dix-huit bru- >^, etd'AasterliU à Waterloo et à Sainte-Hélène.

^l Morin, HUtoire de Lyon depuis la Révolution, 1845, t. I,'p.4849.

188 LE GÉNIE DS Là BÉYOLUTION. — LIV, II.

En 1788, la récolte des soies yient à manquer, et le commerce traverse une crise terrible. 5,400 métiers cessent de battre et 40,000 ouTriers se trouvent sans pain. La ville est autorisée à emprunter 300,000 livres pour leur porter secours ^

Loin de diminuer, la misère augmente et se prolonge ; la disette s'ajoute au chômage, le froid à la faim. Durant le très-rigoureux hiver de 1788-1789, les maîtres-ouvriers les plus habiles quittent la France, vont enrichir de leurs talents les fabriques de Suisse et d'Italie ; d'autres, ne pouvant se résoudre à éraigrer, se suicident *. Beaucoup acceptent de travailler au profit des capitalistes à moitié du salaire habituel, c'est-à-dire à moins de moitié de ce qu'il leur fallait pour vivre. Mais il en reste encore une vingtaine de mille, à la subsistance desquels la bienfaisance publique et privée, centralisée par l'institut philanthropique, essaie en vain de pourvoir ^ !

Tel était la situation de la grande fabrique et des ouvriers lyonnais, juste au moment où commence l'agitation électorale de 1789 *.

* Monfalcon, p. 874.

2 Voir le Mémoire inédit, publié dans les Éclaircissements et pièces inédites, n<> 10, à la fin du volume.

3 J. Morin, {Histoire de Lyon depuis 1789, t, I, p. 50), dit que l'Institut philanthropique recueillit, par souscription, 300,000 livres en Tannée 1789. — C'est-à-dire, pour chacun des 20,000 ouvriers sans travail, 12 1. 10 s. par mois I

* Presque tout ce qui précède a été écrit diaprés les historiens Lyonnais, mais rien de ce qui suit ne se trouve dans les Histoires de Ly(» de Beaulieu, de Clerjon et J. Morin, de J. Morin, de Monfalcoo, non plfu qne dans VHistoire du peuple de Lyon, par A. Balleydier. Je suis les procès-verbaux, les Mémoires, les Lettres et les Actes officiels, dispersés parmi les Actes relaPifs auT élections de Lyon, dans la Collectiopt d- NÉ&AiiE manuscrite des Archives.

ASSEMBLÉES PIIÉPÂRÂTOÏBES DES BOORGEOIS. 189

ÀTant la publication des Lettres royales convoquant les assemblées primaires, les ouvriers et maîtres ouvriers restent dans une immobilité complète. Les bourgeois seuls tiennent, dès les premiers jours de janvier, une « assemblée préparatoire, » et discutent sur la meilleure forme à donner aux élections prochaines. Au miKeu de leurs débats, un sieur Hugand s'écrie :

« Malheureusement îl existe une classe de citoyens^ dont l'éducation est négligée au point de ne pouvoir compter sur leurs lumières relativement aux grands intérêts de la société. Dans cet état d'inexpérience, leur vœu pourrait trahir les sentiments de leur cœur, et, tout en croyant contribuer au bien général, ils pourraient contrarier de sages projets. » — C'est pourquoi, selon l'orateur, le droit de suffrage doit être réservé aux citoyens plus éclairés, qui paient Vimpôt foncier ou exercent une profession libérale^ et ne peut être, sans danger, abandonné aux « ouvriers sans propriété et sans éducation. » — « C'est à regret, ajoute-t-il, que je souscris à cette exclusion,... mais le bonheur général en dépend... Eh! que serait ce bonheur, si tous ne devaient le partager... Oui, classe chérie, Yous le partagerez. Vos travaux, moins interronapus, vous assureront une subsistance plus certaine; vos enfants, adoptés par l'État, recevront ces principes d^éducation qui vous ont été refusés par vos pères; ils acquerront ces connaissances précieuses qm seules distingueront à l'avenir les enfants àe la commune famille, i»

En dépit de tant de précautions oratoires, la motion Hugand était des plus impolitiques dans un moment

190 LE OÉNIS DE U RÉYOLimON. — LIV. U.

OÙ tout concourait à surexciter les rancunes de la classe ouYrière contre la classe moyenne. Les bourgeois n'en commettent pas moins la faute de Tapprouver et de l'expédier, sous forme de Mémoire, au directeur général des Finances. Necker ne daigne pas y répondre, et, dans le Règlement du 24 janvier, nulle exception n'est faite, pour Lyon, au détriment des corporations d'arts et métiers. Les quarante et une communautés reconnues depuis l'édit de janvier 1777 *, qui rétablit les jurandes et maîtrises abolies par Turgot en 1776, sont toutes admises à tenir des assemblées primaires, et à coopérer à la formation du corps électoral du Tiers-État de la ville et sénéchaussée de Lyon.

De ces communautés, la plus importante était la Grande Fabrique. Elle comptait alors 14,777 métiers et 88,800 ouvriers ^. Cependant 3,400 citoyens seulement ont le droit de composer et 3,300 composent, le 26 février 1789, en l'église primatialede Saint- Jean, (d'assemblée des maîtres marchands fabricants d'étoffes d'or, d'argent et de soie, et des maîtres ouvriers fabricants aux dites étoffes, ayant domicile et faisant service de guet et garde dans la ville et faubourgs de Lyon. » Mais , comme les maîtres ouvriers, quoique isolés de la masse populaire, s'y trouvent encore dix fois supérieurs en nombre aux maîtres marchands, et comme ceux-ci n'ont pas su se rapprocher des privilégiés du travail, ont tout fait, au

* Cité par M. Levasseur, Histoire des classes ouvrières, t. II, p. 402. — Je fais remarquer, en passant, que M. Levasseur, comme les historiens lyonnais, ne connaît rien des élections ouvrières ici racontées.

2 I)*après une enquête ordonnée par le Consulat. •— Montfalcon, Bitt, de Lyon, p. 874.

L'àSSKHBLÉI de U 6IULNDE FABRIQUE. 191

contraire, pour identifier contre leurs intérêts propres les intérêts des maîtres, des compagnons et des trayaiileurs sans titre, les choses se passent exactement de la même manière que si l'assemblée de la Grande Fabrique, au lieu d'être formée par le privilège, Teût été par l'élection. En janvier, les bourgeois avaient désiré exclure les artisans a sans propriété et sans éducation ; » en février, les maîtres ouvriers en soie veulent et peuvent exclure systématiquement tous les maîtres marchands de la commission chargée de rédiger le Cahier de la communauté, ainsi que de la députation du premier degré qui doit être envoyée à l'Hôtel de ViUe.

Les a maîtres marchands fabricants r> protestent solennellement au sein de l'Assemblée même, le Î7 fémrier, et leurs quatre syndics et jurés-gardes, vont renouveler et faire légaliser leur protestation chez un notaire.

Prévoyant, disent-ils ^ , «c que la classe des ouvriers étant composée d'environ 3,000 ^ individus, et celle des maîtres marchands n'étant au nombre que de 400 seulement, les ouvriers seraient absolument maîtres des élections ; qu'il pouvait arriver que les ouvriers ne choisissent les députés que parmi eux; » — estiinant, d'autre part, que la classe des marchands est bien plus que la première intéressée à être représentée, « puisqu'elle forme la majeure partie des né-

* h résume cette protestation, trop longue pour être citée in extenso.

^ Le texte manuscrit porte 6,000, mais c*est évidemment une erreur ^ copiste, qui se trouye, du reste, corrigée dans d*autres pièces, notam- OKnt dans une lettre du prévôt des marchands. Celui-ci dit que la Grande fabrique se composait de 3,400 personnes, dont 400 maîtres marchands 'tbricants.

gociants de la seconde ville du royaume, que laplupait sont propriétaires, et que les maîtres ouvriers sont presque tous sans propriété et gens bornés à la simple manutention de leurs métiers ; » — ils ont, dès avant la tenue des assemblées électorales, réclamé la disjonction des deux classes de la corporation. Mais le prévôt des marchands et les échevins, interprétant autrement qu'eux le Règlement royal, craignant aussi d'exciter des mécontentements, n'ont pas fait droit à leur requête. C'est pourquoi, désireux de donner l'exemple de la subordination, ils ont néanmoins répondu aux lettres de convocation qui leur ont été adressées. Qu'en est-il résulté? Les voix qui se sont élevées en leur faveur ont été étouffées et la plupart d'entre eux ont dû se retirer sans avoir voté. — En conséquence, « les comparants.., déclarent tant en leur nom qu'en celui des autres marchands fabricants, qu'ils protestent contre tout ce qui s'est fait dans les assemblées déjà tenues et tout ce qui se fera dans celle indiquée au 2 mars prochain. »

Le 2 mars, jour du recensement des votes et du dépôt du cahier de la Grande Fabrique, les quatre syndics et jurés-gardes des maîtres marchands vont à rnôtel-de-Yille renouveler leur protestation. Us la présentent aussi à la municipalité, et, comme ils n'obtiennent pas de réponse favorable, ils chargent un courrier extraordinaire de porter un Mémoire et une Lettre au directeur général des Finances, dont ils « sollicitent la justice contre la nullité avilissante à laquelle ils ont été réduits par la classe des maîtres ouvriers de la Fabrique. »

Sans attendre les résultats de cette supràade

BÉVARCHES ET RÉCLÂ^rATIOKS DES PATRONS. 193

marche, les infatigables syndics courent supplier les « négociants et autres personnes exerçant des états libres » d'admettre les citoyens de la classe qu'ils représentent à voter avec eux. Les négociants refusent. Les « maîtres marchands fabricants d'étoffes d'or, d'argent et de soie » demandent alors au Consulat Tautorisation de tenir une assemblée particulière. L'autorité municipale se déclare incapable de permettre,' sans l'agrément du ministère, une dérogation manifeste au Règlement royal.

Tolozan de Montfort, prévôt des marchands, écrit le jour même (3 mars) , à Necker, une lettre dans laquelle, tout en plaignant les patrons et en déplorant le triomphe des ouvriers, il donne raison à ceux-ci contre ceux-là. — Les trente-quatre députés de la Grande Fabrique, dit-il, « se sont trouvés être entièrerement de la classe des maîtres ouvriers, dont le vœu s'est éloigné de tous maîtres marchands, et même des maîtres-gardes anciens et actuels de leur propre classe *. En général, le choix de ces trente-quatre députés, quoique très-légalement fait, est peu eonvenoble... La plupart sont des ^s^pn^s inquiets et factieux, que je fais surveiller avec une attention particulière, depuis l'émeute de 1786. Quelques-uns, impliqués dans la procédure faite à cette époque, n'ont été soustraits au glaive de la justice qu'au moyen de l'amoisiie générale que le^ roi voulut bien accorder, et le sieur Monnet, Tun d'eux, auteur de libelles et écrits séditieux, pour raison desquels il a été détenu plu-

* Lesquek, il importe de le faire remarquer, n'étaient point élus pair Itt ouvriers, mais se nommaient les uns les autres.

194 LE GÉiNlE DE U RÉYOLCTION. — UV. I.

sieurs mois dans les prisons, n*a été élargi que par pure condescendance et sous sa caution juratoire ^ Mais, je le répète, le choix est trèsMgalj et plus il a été déterminé par l'esprit de parti et par l'ascendant de la multitude, plus il y aurait d'inconvénient à l'infirmer, au moment où la fermentation est extrême et ne ménage aucun rang ; il est, d'ailleurs, probable que la réduction aux cent cmquante députés prescrits pour la ville en épurera l'assemblée. »

Sans doute, dit encore le prévôt des marchands,. « l'indiscipline des ouvriers et le ton qu'ils ont pris à raison de leur nombre, » a tenu les maîtres marchands, en grande partie, éloignés de l'assemblée électorale de leur communauté. « Cependant plusieurs d'entre eux y osnt assisté et sont dénommés dans le ^ocès-verbal ^. Us étaient, au surpliiis, les maîtres de s'y rendre ou de s'en absenter, et, si généralement ils ont cru devoir prendre oe derni^ parti ^, je ne pense pas qu'ils puissent auj(Mird'hui s'en faire un titre pour demander une seconde assemblée, une assemblée particulière qui, si elle était accordée, serait la source infaillible d'une plus grande rumeur parmi les ouvriers et peut-être d'une sédition* )»

* Le Mémoire des ouvriers en soie n'est pas signé. Ne fittait^cè pas Monnet, publiciste plébéien, tiré de prison tout exprès pour être nommé électeur, qui en aurait été le rédacteur principal ?

3 Le procès'verbal constate en effet, à^'ouverture de la séance do 26 février, la présence de près des trois quarts des maîtres marchands.

3 Après la protestation du 27 février , ils disparaissent presque tous.

DÉCISION DU CœïSËlL DU ROI. 195

III. — LES ÉLECTIONS DES CORPORATIONS LYONNAISES. *- TRIOMPHE DES OVYRIBRfi.

Les craintes du chef de la municipalité lyonnaise étaient fondées. Plusieurs corporations, et surtout celle des passementiers, avaient suivi l'exemple des ouvriers

en soie. Les masses populaires restaient très-calmes, mais leur attitude devenait manifestement de plus en plus hostile aux patrons. Si les maîtres marchands passementiers ou fabricants d'étoffes d'or, d'argent et de soie, avaient réussi dans leurs persévérantes démarches, leurs assemblées spéciales auraient pu s'ouvrir avec l'appui de la force armée^ mais celle-ci aurait dû nsquer une bataille pour les garantir de l'irruption des ouvriers.

Par bonheur, le 8 mars, le garde des sceaux transmit aux prévôts et échevins de Lyon une décision du conseil du roi, ainsi motivée :

a Si les maîtres marchands et les maîtres ouvriers » fabricants ne composaient pas une communauté » unique, reconnue comme telle dans toutes les cir- » constances ; ou si, dans la circonstance actuelle, » avant aucune démarche, les maîtres marchands » avaient manifesté le désir de faire une élection à » part, peut-être la question serait-elle entière, et les » laaUres marchands^ dans la cas d'obtenir quelque » &veur.

» Mais ils ont adhéré sans difficulté à Tordonnance » de ooavâcation, ils Font exécutée, et ce n'est que

196 LE GÉNIE DE Ik RÉVOLUTION. — LIT. I.

» quand Uê ont pu s'apercevoir du résultat du scrutin » que leurs syndics et jurés-gardes ont pris le parti » de protester.

» Cette considération a déterminé MM. les commis- » saires à décider que l'élection est légale et qu'il n'y a )> jmr conséquent pas lieu à une nouvelle assemblée des » maîtres marchands. »

Les imprimeurs-libraires n'avaient point été invités à nommer leurs délégués du premier degré comme formant une « corporation d'arts et métiers, » mais à titre de « suppôts de l'Université » et de membres d'une « communauté d'arts libéraux, » du même genre que la compagnie des médecins-chirurgiens ou Tordre des avocats. Les patrons seuls avaient paru à leur assemblée et n'avaient élu que des patrons. . Les « garçons ouvriers, » mieux avisés que les c( maîtres marchands » de la Grande Fabrique, avaient réservé tous leurs droits en ne prenant aucune part à la réunion dite générale des imprimeurs-libraires. Ils peuvent donc protester contre ce qui s'est fait abusivement au nom de tous par quelques-uns et réclamer, tant à la chambre syndicale qu'au consulat, l'iuitorisation de se faire représenter parmi le Tiers- État de la ville. La chambre syndicale leur oppose une fin de non-recevoir, mais le consulat, considérant qu'ils n'ont voté nulle part, convoque une nouvelle assemblée et des garçons et des maîtres. Ceux-ci refusent de se réunir de nouveau, et ceux-là, fort habiles, s*abstiennent de délibérer jusqu'à ce que le directeur général des finances ait répondu à YExposé^ qu'ils se sont hâtés de lui envoyer. De leur côté, les patrons expédient au principal ministre un Mémoire justifi-

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