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LE CAHIER ÛËS OUVRIERS DE LA GRANDE FABRIQUE

«ncore^ >» si les abus ne sont pas au plus tèt réformés.

Les abus principaux provieuuent du règlement, aceordé par le ministère à la suite des troubles de 1786, «excités par le désespoir d'une multitude d'ouvriers, réclamant justement l'augmentation d'un tarif qui filait le prix des façons à un taux disproportionné de beaucoup à l'augmentation des denrées. » Ce règlement, qui a laissait à l'ouvrier et au marchand fabricant la liberté de convenir entre eux du prix des façons, » avait d'abord paru « le fruit d'une sage politique. » Mais, « loin d'améliorer le sort des ouvriers, comme se le proposait le ministère, il n'a fait qu'augmenter leur misère. »

Il n'y a point de liberté « entre des hommes inégaux en moyens et en pouvoirs. » L'ouvrier, « dont Ift subsistance journalière dépend tout entière de son travail journalier, » est totalement, à. la merci du marchand fabricant. Le fabricant, en eifet, peut « suspendre sa fabrication, et par là réduire l'ouvrier au salaire qu'il lui plaît de fixer, bien» instruit que* celui-ci, forcé par la loi impérieuse du besoin, serabientôt obligé de se soumettre à celle qu'il veut lui' imposer. » Ainsi a4-on vu, depuis la loi de 17.86, des patrons faire travailler à moitié prix dix-sept à dixtait heures par jour, et les travailleurs ne trouver encore leur subsistance que grâce à des souscriptions ouvertes en leur faveur. Mais ces souscriptions ellesmêmes tournent au détriment des ouvriers ; « le maréand diminue d'autant plus le prix des façons^ qu'il es- V^e que les mattres reçoivent d'ailleurs du soulage^ment.i»

Jamais, le tmvail venant h manquer, la bienfaisance n'assurera la subsistance de Touvrier. Tandis que, sUl est payé suffisamment en temps ordinaire , « il pourra, par une grande économie, avoir la satisfadion (le n'être à cliarge àpersonne^ et aucun ne se détruirait. » — L'important est donc, pour lui, de « chercher les moyens de se garantir à la fois des abus du tarif et de ceux de la liberté. »

Le salaire doit au moins suffire à la subsistance du travailleur. Le prix des denrées de première nécessité étant variable, le taux des salaires doit varier dans une proportion équivalente. En vain les fabricants objecteraient-ils que les nécessités de la libre concurrence, avec les fabriques étrangères surtout, les mettraient souvent dans Timpossibilité de satisfaire aux exigences, même les plus justes, des ouvriers. Faudrait-il donc «c pour cela laisser mourir à petit feu des milliers d*hommes actifs? »

Les électeurs de la Grande Fabrique, pour prouver que les patrons exagèrent les nécessités de la concurrence, produisent les prix des façons, payés à Milan, à Vienne et à Londres. D'un autre côté, ils dressent le tableau du produit de la main-d'œuvre, mis eu parallèle avec les dépenses et charges du maître ouvrier, assisté de son compagnon. Ainsi démontrent-ils que « l'ouvrier en soie ne peut vivre du salaire qu'il obtient par un travail forgé de dix-huit

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