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LE CÂHIEB DES OUVRIERS DE LA GRANDE FABRIQUE. SOI

4786, par année de 272 journées de travail productif, que 1,9441. 46 s.

Le total des dépenses provenant de Tentretien de l'atelier, du paiement du compagnon, du loyer, de Thabillement, de la nourriture, du chauffage et de r éclairage du maître et de la maîtresse^ etc., montait à. . . . 2,304 l. 8 s.

Donc, chaque année, — et encore à condition de n'avoir aucune charge de famille, de ne pas tomber malade, de ne pas chômer un seul instant, de n'éprouver aucun accident, aucune perte, de ne pas se voir eiposé aux sinistres conséquences, soit de l'inondation, soit de la disette, — l'ouvrier perdait 356 1. 12 s.

«c Quand on ne considérerait les ouvriers en soie, s'écrient les électeurs, que comme des instruments mécaniques nécessaires à la fabrication des étoffes, ou qu'abstraction faite de leur qualité d'hommes, qui doit intéresser toute la société à leur sort, on eût l'inhumanité de ne vouloir les traiter que comme des animaux domestiques que l'on n'entretient et ne conserve que pour le bénéfice que leur travail procure, toujours fâudrait-il leur accorder la subsistance qu'on est forcé de fournir à ceux-ci, si on ne voulait pas s'exposer à se voir bientôt frustré du fruit de leurs travaux. )»

Il n'y a pas de concurrence qui tienne, il faut que Touvrier vive de son salaire. Il est donc de la plus urgente nécessité que ce salaire soit porté à un taux rai-

sonnable. — Et si cela n'est pas possible? — Qu on a laisse périr la fabrique de Lyon! »

Car celte fabrique, — ce sont toujours les électeurs qui parlent, — « deviendrait un vice dans TËtat, qu*il faudrait extirper, s'il était impossiUa de la soutenir sans réduire à la plus affi*euse misère les ouvriers qu'exige sa* main-d'œuvre. »

Certes, voilà la question du salaire révolutionnairement posée, et jamais peut-être le fait brutal de la nécessité du pain quotidien ne s'est dressé pins formidable vis-à-vis du principe de la liberté du tra* vail et du commerce. Cependant, voici à quoi les (( électeurs, ouvriers, fabricants d'étoffes en soie » réduisent leurs demandes :

— Que le tarif soit a revu tous les cinq ans, par les États de la protnnce, sur les Mémoires respectifs des maîtres ouvriers et des marchands ; » et, qu'eu attendant, <& seit établi un tarif provisoire sur les prix de 1786 ; »

— Que les femmes ne soient plus admises sur les métiers, parce qu'elles font baisser le prix de la maind'œuvre, mais exclusivement employées aux travaux qui leur sont propres dans la préparation de la soie et Tarrangement des étoffes fabriquées ;

— Que la Grande Fabrique s'administre elle-même comme toutes les autres corporations; néanmoins, comme « une corporation aussi nombreuse ne peut pas, sans inconvénients, être assemblée tout entière pour nommer ses députés, » que « les 300 maîtres les plus anciens y dont 150 pris parmi les marchands fabricants et 150 parmi les ouvriers, » se réunissent chaque année pour, nommer les jurés-gardes et ré-

LE CAHIER DES OUVRIERS DE LA GRAl!IDfi FABRIQUE. 203

gler avec eux toutes les affaires de la communauté* « C'est, écment-ils, ea terminant leur Mémùire^ à rtM>nneur, c'est à la conscience de Messieurs les députés des trois Ordres de la proidnee, que les maîtres ouvriers confient le soin de faire entendre leurs doléances dans r Assemblée de la nation» et de les appuyer , avec zèle, justice et vérité. » — Les maîtres ouvriers, disent-Us encore dans leur Supplique à Necker, a attendent tout de vous, Monseigneur... Yous reconnais* sant, ainsi que tous Jes autres Français, pour le restaurateur de la patrie, ils osent vous adresser leurs doléances, espérant que votre bonté et équité, touckée de leur triste situation , leur fera obtenir Teffet de leurs justes demandes *. »

L'Assemblée du Tiers-État de la ville de Lyon ne se trouva pas, comme l'avait espéré le prévôt des marchands, « épurée des esprits inquiets et factieux. » Ouverte, le 12 mars, à 8 heures, et close à 3 heures du matin, le 14, elle fut encore, selon M. Tolozan de Montfort, le théâtre de débats a tumultueux » entre les ouvriers et les patrons. Mais s'il faut en croire le procès-verbal, la réduction, naturellement irritante, des. 600 électeurs nommés au nombre réglementaire de iSO, s'opéra sans le moindre désordre. L(»n d'abuser

* La Supplique et le Mémoire des oiaitres-oiiTrien-faiMeaiito d'étofts de soie de la viUe de Lyon, les Tableaux de la mam-d'cmwreeié» charges jfmmalières H anmteUee dé Toiivrief lywinais, les ObservatiùHS ou lu objeetiome de* marchands el ksr tarifs de Milan, Tienne e$ Umd^es, son! de la plas liaute impoiianee pour l'histoire sociale de Tiiidostrie fnaçemi On lee retnravera in extetuo a« ip tO des pièeee intUpeatroeM de ce IWre I*', impriais d*ftprèe^ la eopie authenkiqafr esotenue dast ks segiskres de la Gei.LBCTiOiSf cébu^ie dea Arehives», cMsaeréft aax éleekieua lyonMiiea.

de son triomphe définitif, la majorité omTière fit preuve d'intelligence, de bonne foi et même de magnanimité. La liste des mandataires, chargés de choisir les députés aux États-Généraux, comprend des représentants de presque toutes les professions industrielles, beaucoup de patrons et de bourgeois ' .

Dès lors, — affirme le lieutenant général de la sénéchaussée *, — a régnent la paix et l'harmonie. » Au contraire, suivant le prévôt des marchands ', « le

' D*après Tappel nominal fait le 14 mars, à Touverture de la première assemblée générale des trois Ordres de la ville et sénéchaussée de Lfon. On trouvera, au n' 10 des Éclaircissements et pièces justificatives de ce volume, la liste complète des professions représentées.

^ Lettres de Basset aux ministres, 20 mars et 1*' avril.

' Lettre du 31 mars. Elle clôt la correspondance de M. Tolozan de NoDtfort avee Necker sur les élections lyonnaises et mérite d'être citée in extenso :

K Monsieur,

» Les différentes assemblées qui devaient nommer les députés des trois Ordres de la sénéchaussée de Lyon aux Etats-Généraux, ont été terminées hier, et j'ai l'honneur de vous envoyer l'état de ceux qui en ont réuni les suAHrages.

» Le dangereux esprit qui fermentait depuis quelque temps s'est constamment soutenu; le tumulte, la brigue, l'emploi des moyens indécents, ont donné un spectacle qui ne permet pas d'espérer i\ue le retour du calme intérîeur suive immédiatement la fin de l'électioD.

• Dans ces moments d'effervescence où l'esprit d'innovation et de {arli a exalté toutes les têtes, il n'est pas étonnant, Monsieur, que les iiitêrets de la ville de Lyon, malgré leur haute importance, aient été assez perdus de vue, pour qu'on se soit attaché à écarter ses administrateurs d'être appelés à leur défense ; le corps municipal avait prévu que tel serait l'effet de la loi qui lui a enlevé le droit dont il a joui pendant des siècles, de faire exécuter à l'égard du Tiers-État de cette ville, les intentions de nos rois pour la convocation des Ët^ts-Généraux, et s'il est affecté de ce que son zèle pour la cause de ses citoyens est aujourd'hui réduit à l'impuissance, il l'est encore plus de la crainte que la perte de sa f;rapre considération, a laquelle ses travaux et son dévoue-

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