‹ Le génie de la révolutionChapitre 80 sur 191 · I. — l'influence du gouvebnement · texte numérisé non relu

I. — l'influence du gouvebnement

La plupart des historiens ont loué la haute impartialité airec laquelle le gouvernement de Louis XYI dirigea ou plutôt laissa faire les élections de 1789. Sans nul doute, si Ton compare sa manière d'agir aux procédés en usage dans certains pays constitutionnels et sous certains régimes prétendus démocratiques, Necker mérite de très-grands éloges. Cependant, on aurait tort de pousser l'admiration jusqu'à dire : <( U attendait le visage impassible, mais le cœur éiBii. Il av€dt voulu laisser aux élections leur liberté et retirer en quelque ^Kïrte sa main de ces urnes redoutables *. »

1 Louis Blanc, Histoire de la Révolutiofij t. H, p. 232.*>Gette erreur n'est point personnelle à l'illustre historien, elle a été commise par presque tous les écrivains qui Font précédé, et certes, il siérait mal à d'antres qu'à ceux qui partagent sa foi politique de reprocher à Louis Blanc une pareille exagération d'impartialité.

C0RRESPO.\DASCE ADATIKISTRATIYE DURANT I^S ÉLECTIONS. 207

Les baillis «et sénédianx, les gouTeraeurs des pro- ¥mces et les lieutenants généraux, les prévôts des fflarchands, les maires, consuls, échevins et magistrats, même les archevêques, évéques et abbés qui présidaieait les assemblées de la Noblesse, du Tiers- État et du Clergé, étaient en correspondance continuelle avec le directeur général des finances et le garde des sceaux ; ils leur expédiaient jour par jour le compte-rendu détaillé de tout ce qui se passait devant eux. De leur côté, les intendants et subdélégués, qui n'avaient pas le moindre rôle officiel à jouer dans la préparation des États-Généraux, ne cessaient d'employer toutes les ressources de la police royale pour CQimaitre Fétat des esprits, et fournir des renseignements exacts sur ce qui se disait et se faisait tant à rexiérieur qu'à l'intérieur des réunions préparatoires et électorales, publiques et privées * .

* La correspondance des intendants, lieutenants généraux, lieateiiaiite mik, «énéchaux, baiUis d'épée, gouvemeors militaires, procureurs génémrxet procureurs du roi, archevêques et évéques, ftffîcios municifiiK,«tc., eflit presque aussi nécessaire que les procès-verbaux des as- «mUées des trois Ordres à qui veut approfondir le mouveoMut électoral et n99. EMe laBpUt des milliers de pages, dans la Collection g^n^iule, m àTchîTes, et se trouve dispersée à travers les Actes relatifs à la convocation et à la formation des États-Généraux dans ciiaqve bailliage et fiMktxuBét, l'eu ui déjà donué et j'en dtanerai quelques extraits, tant tes les motes que dans les Pièces jwHficatives et ÉfimircissemenU de •e vshuBe (voir notamment les nr* 4 et 11).

Im Cùrrespendsmce de Vintemiant de Bowrgogne {Àmei^), avec le garde des sceaux et le directeur général des Finances^ forme tout uuto- Ine 4fe phmeurs ceutames <de fiages, réuni à la aoMMide -partie des ÂftardÊiUfsmvx ihetUms de D^cn, Elle emilMI d'abflri'uiieoopie des fièees eouecmuit la euDvocaiien des trois £tats kourgoignoDs inx prétèÊmHn tiuis^Gènéraux, puis, une fois la période électwsale entamée, dK iwwiiimiticalwns presque jonimiières nr tout ee qui se |»aiM dans

L^article xxx du Règlement du 24 janvier avait interdit toute action en forme judiciaire concernant la tenue des assemblées, et remis la solution des diflGr cultes électorales à l'arbitrage suprême du principal ministre ou du Conseil du roi ' . C'était donc dans

les divers bailliages de la généralité et dans les différentes assemblées de chaque bailliage.

On trouve également, dans les deux Registres consacrés au Limousin, un Précis des éclaircissemerUs parvenus à l'intendant de Limoges^ Meulan d*Âblois, jusqu'au 9 mars, puis de cette date au 26 mars, avec un grand nombre de lettres du mois de février au 21 avril suivant, sur les opérations faites dans son département , c'est-à-dire dans sa gêné' ralité tout entière, au sujet de la convocation aux États -Généraux.

Ici et In on rencontre les Dénonciations dun citoyen ou subdUéguéf sur telle ou telle manœuvre électorale ; des Lettres anonymes au (farde des sceaux, pleines d'imputations odieuses sur la vie privée des candidats (j'ai remarqué dans les Registres du Poitou, sénéchaussée secondaire de Fontenay-le-Comte, des diffamations non signées contre Cochon l'Apparent, qui fut nommé député suppléant) ; des Demandes ou questions au ministre des présidents d'assemblées électorales sur l'application du Règlement ou la manière d'agir en telle ou telle circonstance» etc., etc.

Souvent des procès -verbaux spéciaux des assemblées électorales sont dressés en dehors de ces assemblées, et expédiés aux ministres par les intendants et les procureurs généraux et royaux. (J'ai eu entre les mains les procès-verbaux de l'intendant de Moulins et ceux du procureur da roi de la sénéchaussée de Guienne). Les présidents officiels expédient toajours, au plus vite, les Cahiers ou pour le moins un aperçu des demandes qu'ils contiennent.

Quelque volumineuse que soit déjà cette correspondance administrative, elle est évidemment loin d'être complète dans la Collection générale; à certaines indications des copistes de la Constituante, on reconnaît que les ministres ont supprimé beaucoup de pièces tout à fait confidentielles.

* Dans le conflit entre les ouvriers maîtres et les maîtres fabricants des corporations lyonnaises, on a vu le ministère décider souverainement, n en est de même partout en vertu du Règlement du 24 janvier. A Toalouse, par exemple, où, sur requête des Capitoules (7 avril), le parlement entame une procédure contre l'Assemblée du Tiers-État, l'affaire reste

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