CONDUITE DES AGEOTS DU POUVOIR
les bureaux ministériels que venaient se concentrer, avec les dénonciations des intendants ou les procèsverbaux particuliers dressés par les procureurs du roi, avec les rapports des baillis et officiers municipaux, les requêtes et arrêtés des citoyens réunis, les pétitions et les protestations des particuliers. Par conséquent, loin d'avoir, avec une sublime magnanimité, pratiqué l'abstention absolue, le géant de la centralisation, déjà très-fortement organisé, ne cessa pas de tenir et ses mille yeux et ses mille bras dirigés sur les redoutables urnes.
Mais abusa-t-il de sa puissance pour les remplir ou les vider à sa guise? Rien ne serait plus facile que de signaler tel abus d^influence ou tel excès de pouvoir, tenté, commis par quelque agent de l'autorité.
Le lieutenant général du Bourbonnais, violant le Règlement royal, assemble les électeurs primaires par châtellenies et leur fait nommer pour commissairesrédacteurs des cahiers les agents des châtelains ; puis, les délégués des paysans et des bourgeois étant réunis au chef-lieu, il invite les principaux d'entre eux à dîner chez lui avec des Nobles et parvient à obtenir que, dans le cahier général du Tiers-État, les droits féodaux soient reconnus à titre de propriétés inviolables M — A Perpignan, le président officiel du troisième Ordre, le j uge-viguier, dirige les débats et la rédaction du Cahier avec tant de partialité que la ville
^pendue par un arrêt d'évocation au conseil du roi, en date du 19 mai, et elle est supprimée en vertu d'un ordre du garde des sceaux, transmis à la municipalité et au parlement par l'intendant.
* Dénonciation contre l'assemblée de la sénéchaussée du Bourbon- ^is, expédiée au directeur général des Finances, le 27 mars 1789, (manuscrite).
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proteste et se déclare illégalement représentée; les élus sont forcés de donner leur démission, afin de ne pas être réputés complices de ce qu'une partie des électeurs appelle « un crime de lèse-majesté nationale '• »
En envoyant les noms des députés choisis par les trois Ordres de sa sénéchaussée, le lieutenant général du Forez, comme beaucoup de ses collègues, irrité contre ses administrés qui ne Font pas honoré de leur confiance, les accuse d'intrigues, de cabales d'une perversité telle qu'il n'a pas pu les traverser et ne saurait les définir. Il supplie Sa Majesté de lui donner les moyens de réprimer la licence ^. — Les gouverneurs des provinces et leurs officiers militaires ont reçu l'ordre de se rendre à leur poste et font « briller l'uniforme du soldat sur le chemin de la foule conviée à la conquête de la souveraineté civile ^. » Ils ne sont pas rares ceux qui, comme le marquis de Langeron, en Franche-Comté, voudraient « en imposer à la ca-
* Réclamation de la ville de Perpignan contre la députation et les Cahiers du Tiers- Etat de la province de Roussillon, 24 juillet 1789, avec une masse de pièces manuscrites à l'appui.
^ Lettre manuscrite du 27 mars, au garde des sceaux :
« .... Il est notoire. Monseigneur, que la plus grande partie de ces éleclions dans tous les Ordres est l'ouvrage de l'intrigue et de la cabale, jamais l'ambition de figurer aux États-Généraux n'a peut-être été aussi générale et n'a été portée plus loin. Les pouvoirs donnés à Messieurs les députés sont généraux, à l'exception de quelques articles qu'on appelle la régénération de la constitution
» Je pense, Monseigneur, devoir entrer dans tous ces détails et prier Votre Grandeur de faire connaître à Sa Majesté la nécessité de remédier h de si grands abus
» Signé : de Me aux. »
^ Louis Blanc, Histoire de la Révolution, t. II, p. 232.