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LES FONCTIONNAIRES DÉMOCRATES

oaille » et profiter de « la gaucherie des électeurs » pour a se passer des États-Généraux ^ . »

Cependant, — et c'est en ceci que le gouvernement de Louis XYI est louable, — les clameurs désespérées et les excitations à la violence, qui émanent de certains de ses agents, restent sans écho. Une fois dénoncés par les citoyens, les excès de zèle et les abus d'influence sont, sinon punis, au moins réparés ou rendus réparables. Dans les décisions qu'il est appelé à prendre soit sur une requête officielle, soit sur une pétition ou plainte particulière, le Conseil du roi se montre juste, en général; souvent, il interprète les articles contradictoires du Règlement avec une intelligence vraiment libérale ^.

La situation particulière de Necker, exposé aux intrigues secrètes de la cour et aux accusations publiques des aristocrates, l'oblige de s'abandonner à ses instincts bourgeois, de soutenir le Tiers-État contre la Noblesse et le Clergé, en un mot, de servir d'une manière très-efficace la Révolution, dont il veut pourtant entraver le développement naturel. Sans risquer

* « Quand on connaît le caractère des Francs-Comtois, écrit le marquis de Langeron au comte de Puységur {Lettre manuscrite du 10 avril), 00 doit peu s^embarrasser de leur fougue. Ils sont impétueux, colères, sans éducation, ni instruction. 11 n'ont aucune suite dans la tête, ni en affaire ; d*où il arrive, pour l'ordinaire, qu'ils ne parviennent jamais au but qu'ils se sont proposé. Voilà ce qui me persuade que si le temps periBettait d'allonger l'assemblée des bailliages, il serait facile de profiter de ia gaDcberie de ces protestanU^ qui vont jusqu'à dire que la province de Franche-Comté pourrait se passer d'États-Généraux.... »

^protestants étaient les amis de MM. de Langeron et de Puységur, les aristocrates qui épuisaient leurs dernières intrigues à opposer les privilèges de la province aux droits de la nation.

' Un remarquable exemple a été donné précédemment à propos des élections lyomiaises.

212 LE GÉNIB DB U RÉTOLOTION. — LIV. I.

d^épronver une disgrâce, ceux de ses agents qui ppésident les assemblées^ électorales peuvent se faire les excitateurs de l'esprit démocratique là où l'esprit féodal paratt être encore puissant ^ A Angers, Milsoent, lieutenant particulier du présidial , remplaçant le lieutenant général, dontroffice se trouvait alors vacant^ s'écrie en ouvrant l'assemblée àe l'Ordre des communes, qu*il a rhonneur de présider officiellement :

— tf G^est un spectacle vraiment admirable de voir une nation courbée, il y a quelques instants, sous le joug de la plus odieuse oppression,... livrée à tous les outrages et à tous les scandales du pouvoir aAitraire, se réveiller tout à coup au sentiment profond de ses maux, briser par un puissant et généreux ef-

* De là la liaine très-violente des aristocrates contre Necker, qui, par eux est réputé Tuft des plus perfides auteurs de la Révolution. Ce qu'ils 1 lut reprochent le plus vivement, c'est précisément Vhonnêteté avec la- \ quelle il laissa faire les élections de 1789. — L'assemblée des États, écrivait Senac de Meilhan, en 1795 {Du gouvernement, des mceun et des conditions, etc., p. 215-216], » l'assemblée des États aurait pu être sans inconvénients, si on avait pris les précautions nécessaires pour arrêter ou prévenir ses entreprises; si on avait fixé son séjour à cinquante lieues de la capitale ; si on avait eu soin de faire entrer dans cette assemblée des hommes éclairés et imbus des bons principes; si on avait eu enfin l'intention d'en écarter les esprits brouillons, et d'user ensuite des moyens qu'on avait d'influer sur une assemblée, dont la plupart des mem.bres n'avaient d'autre but que de jouer un rdle, d'acquérir une réputation et de se procurer des avaiUages. On méprisa tellement les plus simples moyens, qu'on ne prit aucune mesure piaur écarter Mirabeau, diffamé par ses mœurs, redoutable par son génie. Il venait de publier un ouvrage dans- lequel il avait répandu les plus absurdes calomnies sur les personnes les plus éminestes par leur rang et recommaudables par leurs vertus. Le parlement avait pris- connaissance de ce délit scandaleux, et était prêt à le décréter de prise de corpa> La plus légère insànuatioB du gouvernement aurait hâté sa marche ; et Mirabeau, sous les liens d'un décret ou contra'mt à fuir, n'aurait point été noBUué rejHrésentaot de la Nation. » /

J)I9G0liftS Bfi MILSGSNT. 213

iort les £ea*s d'une honteuse sepvilu^fe, «receler à la vie luie patne exfkajoie; au lieu de œs vils senliments de crainte, de faiblesse, d'hunailiation, faire briller partout le courage^rhonn^ar, Findépendance et la vertu. C'est aiasi que reioès même de nogmauoL en est dewanu .k terme... ChoisiâseK pour représentants des hommes d'un esprit ferme et rélbé«hi, à €pii lliabit Ji'«n iss^^ose pas ; dDut le re^rd, à la fais modeste et aasuffé, ne voitqulun homme dans un grand*. . Choisisfiei d^s faoumies d'une trempe forte et \igou- RUBe, capables de «outesiir -eans émotion les cris affreux de ila tyrannie, au moment où la nation «va Tdïattre à-sesipieds et lui porter le coup de la mort. Pèut^èlare ce monstre n'espirerantrrilpas sans ^ter partout l'alarme et l'épouvante,; qu'alors l'âme de ;vqs doutés s'imps'eigne d'un grand caractèi^ M...

En beaucoup d'autres sénéchaussées et baillages, les hommes du pouvoir, sans aller aussi loin, se montrent très*indépendants et, soit par habileté, soit par entraineohent^ soit par conviction, parlent moins d'autorité que de liberté, ne disent aux électeurs que ce que les hommes libres doivent entendre. Ainsi réduisent-ils à néant l'influence occulte de la reine, du prince de Condé ^, des princes du sang, tous réaction-

' h d<Miiie, au 11° 1 1 des Pièces justificatives et écîaircdssemeiUs de ce Toinoie, un extrait beaucoup pliis étendu dn discours de Milsceot, qui fut iaprimé en 1769, mais ^u'il est très dljfficile de retrouver aujourd'hui. Je Kcommande spécialement à l'attention du lecteur le passage sur Je cMip titai Attaqué de Loménie de Brieime. J'y ajoute uae lettre fort curieuse, ttrile par le aéme iieuteaaRt particulier du présidial d'Angers au garde te seaaux et ia réponae de celai -ci, eopiée daas le registre maonaerit étgAdes relatifs aux éleUions de V Anjou.

^ Voir k lettfie isiédite de Lafayeite, publiée par If. Morlimer Ternua» Bûtoire de la X^er&sr^ t.i, p. 430.

naires honnis le duc d'Orléans, et provoquent-ils un très-i^if enthousiasme en faveur du roi et de son principal ministre ' .

Contradiction étrange partout ailleurs que dans les monarchies absolues, où la logique est sans cesse bouleversée par le caprice du mattre ! La France se réunit dans ses comices, le gouvernement luimême semble désireux de lui fournir des modèles d'éloquence civique, et juste à ce moment la liberté de la presse et la liberté de réunion se trouvent supprimées. Un arrêt du Conseil, daté du 14 février, annonce qu'il va être c< pris des mesures propres » à prévenir la licence à laquelle on se livre en im- » primant toutes sortes d'ouvrages sans aucune sanc- » tion. » En effet, la censure, oisive depuis huit mois, essaie de prouver qu'elle n'est pas morte ; la police est déchaînée contre les écrivains et les imprimeurs qui essaient de fonder des feuilles périodiques. Conformément à un nouvel arrêt du 25 février, « toutes » les délibérations particulières et les sollicitations de y> signatures, » en dehors des assemblées électorales, ainsi que « tous les engagements d'adhérer à aucune » délibération relative aux États Généraux » sont interdits *^. La réaction est, sur ce point important, si

* Aussitôt après un hommage au roi, la plupart des Cahiers contiennent des remerciements publics à Necker « pour le zèle et le courage, disent les communes du Vermandois , avec lesquels il s'est dévoué à être utile & la Nation. »

Il y aurait un très-curieux parallèle à établir entre les discours prononcés par les agents de l'autorité en 1789 et ceux de leurs successeurs, débités en des circonstances à peu près semblables depuis le commetMment du siècle. Ces discours sont très-nombreux dans la Collectiofi GiÉN^RALE ; il y en a quatre ou cinq par bailliage ou sénéchaussée.

3 Voir les deux arrêts du conseil dans V Introduetian au Moniteur,

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