DÉCENTRALISATION ET UNITÉ
Quelques-uns se plaignent de ce que la division en diocèses, selon l'usage local \ ou la division en généralités, seule administrative ', n'aient pas été maintenues. Si quelques autres remercient le ministère de les ayoir convoqués par bailliages et sénéchaussées, c'est uniquemeAt parce qu'ils avaient eu peur de voir leurs députés nommés par des assemblées provinciales non élues ou par des États féodalement constitués '.
Sans doute, beaucoup de collèges électoraux des trois Ordres sont partisans de l'autonomie historique ou rationnelle des diverses parties du pays. Le plan, que les insurgés Dauphinois ont £ait approuver par le roi, est réclamé par la plupart des pays d'ÉtaU^ et presque tous les pays d'élections revendiquent leur autonomie administrative <( sur le modèle du Dauphiné, » ou mieux encore, « d'après la forme qui sera adoptée par les États-Généraux. » Mais, là même où l'horreur de la centralisation et le souvenir des Uber- Us antiques font triompher ce qu'on appellerait aujourd'hui r esprit fédéraliste^ on ne perd jamais le sentiment de Vanité nationale. Ni en Artois, ni en Alsace, ni en Bourgogne, ni en Provence, ni dans la Champagne, ni dans le Limousin, ni dans le Poitou, l'Anjou ou l'Orléanais, nulle part, la majorité ne veut d'un régime électoral et administratif particulier. Partout on désire des réformes ou des innovations, applicables d'une manière identique à l'universalité des
OKtre), et le second de 128,496 habitants (d'après les rapports manuscrits des intendants) I
* Tiers-État de Toulon et Clergé de Bretagne.
2 Tiers-Etat et Noblesse de Vendôme.
' Tiers-État de Gien en Orléanais, pays d'élection; Tiers-État de Lons-le-Saulnier, pays d'états.
provinces françaises. Très-attachés à leur autonomie traditionnelle et, o'^mme ils disent, à leur nation^ les Bretons et les Languedociens recommandtnt eipressèment aux députés des diverses sénéchaussées de la Bretagne et du Languedoc, de rester en communication intime les uns avec les autres, afin que, durant la session des États-Généraux, ils puissent « aviser au mieux des intérêts de la province et de ceux du royaume ^ » Ce qui ne les empêche nullement de se prononcer en faveur de 1* unité de la législation, de la suppression des barrières intérieures, de Tuniformité des poids et mesures, etc. — « Que tous les enfants d'une même patrie, s'écrient les électeurs plébéiens de Ploërmel, jouissent également des bienfaits d'unesage législation, et qu'ils ne soient plus étrangers les uns aux autres par leurs usages et leurs lois ! »
Si, dans les pays d'États, la tendance historique vers le fédéralisme est corrigée par un patriotisme très*-ardent, dans les pays d'élection, où les souvenirs des privilèges provinciaux se sont effacés, rien ne doit limiter l'élan unitaire. APéronne, Montdidier et Roye, à Nemours, les bourgeois et les gentilshommes exigent que, dans la salle des États-Généraux, les députés se placent sans distinction de province ni de bailliage; qu'aucun des bureaux de l'Assemblée nationale ne puisse comprendre la totalité des représentants d'une même circonscription ou des circonscriptions circonvoisines. Et cela, disent-ils *, pour a dé-
* Tiers-Ëtat de Bézlere, de Rennes, de Lesneven, de Lannion, de Vannes, etc.
2 Le même sentiment se trouve exprimé dans les Cahiers du Berri» 4lc la Champagne, de TAlsace, etc.