LA LIBERTÉ ET L'ÉGALITÉ INDIVISIBLES
imnëdii^, de la Liberté. En 1789, les deux sœursaj^Mffaissefit inséparables ; et nos pères, malgré la lucidité de l'esprit du xYnf siède, les confondent sans cesse, renoncent à ks définir contradictoiicm^t, ne savent que les aimer du même amour, les proclamer avec le même enthousiasme et les placer ensemble à la base et au sommet de toutes les insti-^ totions sociales et politiques. Il a fallu que la FranceredeyÎDt esclave et cherchât des excuses à sa servitude pour comprendre la divisibilité des indivisibles, pour ériger en théorie l'antagonisme de la Liberté et derÉgalité. Terrible antagonisme, qui a causéles contradictions de notre histoire depuis le commencement de ce siècle, et qui nous maintient dans la situation déplorable où nous sommes : victimes des théoriciens da despotisme démocratique , qui font croire aux foules, maintenues dans l'ignorance et dont la misère enfièvre les jalousies, que l'Égalité ne leur est assurée qu'au moyen de Tuniversel abaissement ; victimes des doctrinaires du libéralisme anti-révolutionnaire, qui opposent à l'idéal républicain la réalité des brutalités commises par le plus grand nombre ou en son nom, et professent qu'il n'y a eu, qu'il n'y aura jamais de Kberté que dans les États possédant, sinon une aristocratie, du moins une bourgeoisie assez intelligente pour sentir le prix de la liberté, capable d'en us^, incapable d'en mésuser, et assez forte pour prévenir les attentats du prince ou comprimer les soulève- Qients de la plèbe !
Ah! que nos pères étaient heureux de ne pas savoir distinguer le vrai du juste, et de pouvoir appeler du Blême nom la même chose : l'affranchissement du
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serf ou du nègre, rémancipation du travailleur, l'autonomie du citoyen, Findépendance nationale! Grâce à la confusion des noms, les choses se confondirent. Bien que les trois Ordres ne comprissent évidemment pas la Liberté et TÉgalité de la même manière, la Révolution sortit une et indivisible des inconséquences de la Noblesse, des contradictions du Clergé, des justes haines et des aspirations généreuses du Tiers-État ^
Dans les élections, c'est manifestement le troisième Ordre qui entraîne les deux premiers, car lui seul trouve ou sait rendre tous ses intérêts conformes aux principes, au triomphe desquels il travaille. A mesure qu'il s'élève des assemblées primaires aux assemblées de bailliages du premier et du second degré, — sans néanmoins devenir exclusivement bourgeois ^, — il prend une allure de plus en plus
* Rien n*est plus conforme au point de départ de la Révolution et à la vraie tradition révolutionnaire que la théorie sur laquelle est basé le beau livre d'Etienne Vacherot, la Démocratie, Paris, 1860. La liberté est le principe du droit et de la justice, dit l'ancien directeur de TÉcoIe normale, « tous les droits de l'homme, droits civils et politiques, peuvent se résumer dans un mot : Liberté. » La Fraternité, qui n'est qu*un sentiment^ n'est point toute la démocratie, pas plus que l'Égalité. Les trois termes de la formule républicaine se définiraient incomplètement Tiin sans l'autre. Sans la liberté, l'égalité peut être faussée dans son principe, et aboutir à la servitude de tous sous le despotisme d'un seul, comme la liberté sans l'égalité peut aboutir à une aristocratie s'agitant bruyamment au-dessus d'une plèbe muette et immobile. « La vraie démocratie est le régime politique où la liberté complète, liberté civile et politique, est de droit de commun. » Elle a pour but de réaliser c l'absolue égalité dans l'exercice de tous les droits, le gouvernement du pays par le pays tout entier et par le pays seul. » Son idéal est d'être ou de devenir progressivement « l'expression complète de la justice. »
3 II ne faut pas croire, en effet, que les assemblées générales du Tiers-État des bailliages et sénéchaussées arrivent, par suite des rédne-