ENTHOUSIASME DES ÉLECTEURS
libérale, un langage de plus en plus clair, une modération de plus en plus magnanime.
Bailly raconte qu'au moment où il entra dans l'as^ semblée du district dont il était appelé à faire partie, il s'imagina respirer un air nouveau, a regardant comme un phénomène d'être quelque chose dans l'ordre politique par sa seule qualité de citoyen * . »
Quand on lit les procès-verbaux et les Cahiers des divers bailliages et sénéchaussées, on voit, en cent endroits et de mille manières, se reproduire le naïf étonnement et l'enthousiasme de l'illustre bourgeois
tioos réglementaires, à ne comprondre que des lettrés, que des bourgeois, à l'exclasion de tout artisan, de tout paysan. Oo a \u (eh. i***) des niinaiorlables comparaître à rAssemblée générale du bailliage d*Aval; OD a TU aussi (ch. ii du liv. Il), des maîtres ouvriers siéger à rassemblée générale de la sénéchaussée de Lyon ; il y eut même un paysan parmi les (iépotésélus à Rennes, le père Gérard. Ce n*est que très-rarement que. Mit les ouvriers des corporations, soit les paysans peuvent se plaindre d'avoir été exclus systématiquement ; et il arrive aussi, par fruité des vices dn Règlement royal, que, en certains endroits, les citoyens des nlies se trouvent moins favorisés par rapport aux citoyens des campagnes, comme ailleurs ceux-ci moins que ceux-là.
On aurait également tort de supposer qu'à mesure que les Cahiers se réduitenf, les plaintes populaires disparaissent pour faire place à des déclarations de droits, à des projets de constitution, à des systèmes d*organisation politique de rédaction exclusivement bourgeoise. S'il est qœlqaes Gabiers définitifs dont les omissions doivent cire réparées par renvoi des Gabiers primitifs au ministère et aux États-Généraux, s'il en eitd'autres, en grand nombre, dont les résumés, pour nous trop brefs, ûnt besoin d'être expliqués à l'aide des pièces sur lesquelles ils ont été fûts, la majorité des Cahiers des bailliages secondaires et principaux est la véritable expression des griefs et des vœux, des répulsions et des sipintions du peuple, ce mot étant compris dans son sens le plus large. U plupart des Cahiers contiennent des chapitres particulièrement conocrés à la féodalité, à Tagriculture, au commerce, à l'industrie, aux iHéréU locaux.
* NoUee sur BatUij, par Arago.
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de ChaUlot. — « L'oppression, sous laquelle uo» gémissions depuis des siècles, s'écrie le Tiers-Étal de la sénéchaussée de Nantes, n'a ni abattu notre courage, ni flétri nos âmes. j> — a Une gloriei»e révolution se prépare, disent les plébéiens de Pari& hor smurs. La plus puissante nation de l'Europe ia se donner à eUe-méme une constitution politique, c'est-à-dire une existence inébranlable dans laquelle les abus de l'autorité seront impossibles. » — ce C'est du désordre inconcevable de nos finances, ajoutent les communes du Poitou, des vices d'une foule de lois, des abus de nos usages, du sein même de nos divisions domestiques que va renaître un nouvel ordre de choses, capable de nous consoler de nos malheurs et de les détruire. » — « Depuis longtemps, reprennent les habitants de Saint-Sauveur-le-Vicomte, en Normandie, les droits de la nation ont été inconnus ou méprisés : ceux du trône ont pris une excroissance monstrueuse et effrayante. La nation a vécu sous le joug humiliant de la servitude, et sa pesanteur a failli
en opérer la ruine » — «Un respect aveugle pour les
abus établis ou par la violence ou par la superstition,» ainsi parlent les délégués des campagnes du Nivernais, « une ignorance profonde des conditions du pacte social : voilà ce qui a perpétué jusqu'à nous la
servitude sous laquelle ont gémi nos pères Osons
donc secouer le joug des anciennes erreurs, osons dire tout ce qui est vrai, tout ce qui est utile, osons réclamer les droits primitifs et essentiels de Thomme ! » — Tous les électeurs du troisième Ordre sentent que la nation, réunie dans ses comices, est ce en droit de tout ordonner ; » et cependant, loin de lan-
LE TIER&-ÉTÂT 8T LÀ ROTAlTrÉ. 24&
cer ranathème à ce pouvoir royal, qui les a si longtmps accablés, ils protestent de leur amour et de leur fidélité pour le roi, parce qu'il a donné « Texem- 0e bien rare d'appeler son peuple à la liberté ^ . » — « Nous sentons "vivement, crient-ils en chœur, tout le prix du bonheur que nous prépare un roi qui ne veut régner que sur un peuple libre *. » — L^amour de Louis XVI, « du roi bienfaisant, » du « meilleur des rois » est devenu « l'unique sentiment des Français ; ses peuples des campagnes semblent avoir oublié tous leurs maux pour s'abandonner aux transports que ses bontés font naître *. » Puisqu'il a se rapproche de son peuple, » le peuple est « prêt à tous les sacrifices pour soutenir son bienaimé roi , afin qu'il finisse son chef-d'œuvre commencé et jouisse de toute sa gloire *. » — « Que Louis XYI soit proclamé le Père du peuple^ comme Louis Xllle fut proclamé par les États de Tours, qu'en mémoire du rétablissement des droits nationaux, un monument public dédié au roi, soit éle\é à Paris, sur une place dite des États-Généraux ^ ; enfin
* Tiers-État de Bordeaux.
^ Tiers-État de Nantes.
' Tiers-État de Bar-le-Duc.
* Diverses paroisses d'Angoumois.
5 Tiers-État de Rouen.
« Mm8 les irritons aussi» disent les électeurs de la vicomte de Paris à leurs représentants, lorsquMls termineront leur assemblée, à présenter M roi l'hommage de Fimiottr, de la idéiité, du respect et de la reconnaissance de la nation française;
* A statuer une fête annuelle et nationale, à la date du jour où le roi sua saDctionné la déclaration des droits et des lois constitutionnelles;
» A ordoBoer qu'il sera érigé à Louis, restaurateur de la liberté, le
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qu'une médaille soit frappée tant en l'honneur du monarque que pour la gloire de son vertueux ministre Necker, l'un et l'autre ayant « brisé les fers de la nation *. » — « Un vœu du troisième Ordre, non moins cher à son cœur, est que dans TAssemblée nationale et dans tout le royaume, on répète à grands « cris : « Vive Louis XVI, vive le Clergé ! vive la No- <( blesse ! vive à jamais la réunion des trois Ordres « pour le bonheur de la France ^ ! »
Voilà jusqu'où va la générosité du peuple, redevenant libre : jusqu'à l'oubli du passé ! Partout où les privilégiés, eux-mêmes transportés d'amour pour la Justice ou simplement effrayés de l'attitude des paysans qui ne paient plus les redevances, renoncent sans faire trop de réserves à leurs immunités, consentent à participer au paiement de l'impôt, les non privilégiés les comblent de témoignages de gratitude *, reconnaissent la propriété de leurs droits féo-
plus magnifique des monuments que la France ait consacrés à la gloire de ses rois ;
» A ordonner enfin que, dans toutes les villes qui contiendront une population de trois mille hommes, il sera posé, à l'endroit le plus apparent de la place publique, une table de bronze, sur laquelle seront inscrits rhistoire de la restauration et les articles fondamentaux des droits et de la constitution de la France. »
La même motion est faite par divers départements nobles et districts plébéiens de Paris intra-muros.
* Tiers- État de Vannes.
^ Tiers-État du Forez. — Le Tiers*État d* Amiens, en remerciant le roi d'avoir accordé le douhUmerU, déclare que « le Tiers ne fera jamais usage de son influence que pour le maintien de l'autorité royale, le salut et la prospérité de l'État. »
3 Les procès-verbaux des assemblées de bailliages sont remplis de discours de la Noblesse et du Clergé allant annoncer au Tiers-'Ëtat leur sacrifice^ et de réponses de celui-ci, enthousiastes jusqu'à l'absurde.
BÉUNION DBS ORDRES. 251
daux, pourvu qu'ils en admettent le rachat, et même déclarent ne vouloir porter aucune atteinte à leurs prérogatives purement honorifiques ^ . Que la Noblesse et le Clergé manifestent Fintention d'adopter à Ta* Tance le vote par tête au sein des États-Généraux ou de s'y soumettre si la majorité de leurs députés l'accepte, le Tiers-État s'empresse de se réunir à eux pour la rédaction des Cahiers et la nomination des députés. Cette réunion des trois Ordres, sur le modèle de celle du Dauphiné, a sous l'empire des sentiments d'affection réciproque, d'intérêt commun et surtout d'amour sans bornes pour le roi et pour la patrie ^, » produit les meilleurs résultats à Fénestranges, à Rozières, à Mohon, et surtout à Montfort-l'Amaury et Dreux, de même que la réunion de la Noblesse et du Tiers, à Péronne, Montdidier et Roy e ^ , ou celle du Tiers et du Clergé, à Bruyères *. Mais, à Bourg en Bresse, à Vesoul, dans les marches communes du Poitou et de Bretagne, à Langres *, la réconciliation des privilégiés et du peuple ne s'effectue que par suite de concessions beaucoup trop larges de celuici. Ainsi, dans le Cahier de Langres, la question
1 Tiers-État du Nivernais et Douziais.
2 Cahier des trois Ordres de Rozières, bailliage secondaire de Naney. ' Sous l'influence d'Alex. Lameth.
* En plus d*un endroit, la Noblesse et le Tiers-État ne demanderaient pas mieux que de délibérer et voter en assemblée générale des trois Ordres , le Clergé fait obstacle ; alors, presque toujours, on vote et on délibère en trois chambres séparées. Bruyères et Péronne sont les deux seuls bailliages où les électeurs nobles et plébéiens, bourgeois et eeclésiastiqueSi tiennent, vis-à-vis du Clergé ou de la Noblesse, isolés, des assemblées communes. L'union est si intime à Péronne que Ton signe les Cahiers sans observer ni rangs, ni titres, ni droits de préi> séance.
^ Sons rinfluence de Tévéque, M. de la Luzerne.
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en vote par Ordre ou par tête est passée sous sSence ! Ainsi, dans le premier * Cahier d'Amont, en Franche* Comté, il n'est pas dit ujiï mot de FaboUtion de la mainmorte !
Par bonheur, dans la plupart des bailliages et sénéchaussées, peuple et privilégiés restent séparés. Leur entente cordiale, si elle avait pu s'universaliser, aurait produit les mêmes résultats qu'à Romans. La révolution sociale eût été en partie ajournée au seul profit de la révolution politique à moitié faite. A cette dernière, la rivalité des Ordres ne nuisit en rien.
Fortement imbue des idées du xviii® siècle, la Noblesse agit contre le Clergé avec une ardeur toute plébéienne. Presque partout elle demande la suppression politique du premier Ordre et la vente de ses biens » ; en Béarn, elle se refuse à reconnaître, comme l'un des trois États, l'État ecclésiastique ; dans FAnjou, elle veut que la députation des gentilshommes soit toujours deux fois plus nombreuse que la députation des prêtres^. En même temps elle s^évertue à égaler, à dépasser le Tiers en libéralisme théorique, proclamant les droits de la nation, de l'homme et du citoyen, opposant la souve-
* n y en a, en effet, quatre; les opérations en commun des trois Ordres n'ayant pas eu lieu conformément au Règlement, il fallut que chaque Ordre les recommençât isolément. — Aux bailliages où les trois Ordres ont délibéré et voté ensemble et qui ont été précédemment eités, il faut ajouter les suivants : Arles en Provence, Pays de Soûle; — Bourmont et Villers-la-Montagne, secondaires de Bar-le-Duc; — Neufchâteau, secondaire de Mirecourt.
2 Je reviendrai sur ce point très-important.
3 Cahier de la Noblesse de Saumur. — Idée déjà adoptée par le Daaphiné.
ATTITUDE DE LÀ NCffiUiSSft. 253
raineté du peuple au despotisme ministériel, voire à Tautorité royale. Folies qui mériteraient Tadmira*tioû de Thistoire, s'il fallait se fier à la sincérité de ceux par qui elles étaient commises ! L'orgueil, un noble orgueil, soulevait les gentilshommes contre la tyrannie, ils préféraient devenir -citoyens plutôt que de rester courtisans. Mais Forgueil aussi, joint à Tintérêt égoïste, les poussait à ne pas reifcoocer à ces a droits utiles et honorifiques, » qu'ils prétendaieat tenir de leurs ancêtres. Les assemblées électorales des nobles soat souvent tunnultuemses, les questions de liberté se heurtant sams cesse contre les questions de propriété, les luttes entre les personnalités et les intrigues princières arrêtant sans cesse l'élan vers la justice et la Révolution. Leurs Cahiers sont, comme le dit très-bien La Fayette S ce un composé de grands principes et de petites minuties, d'idées populaires et d'idées féodales... Il y a deux cents ans d'un article à l'autre. »
Quant au Clergé , en proie aux dissensions intestines les plus violentes ^, il est parfois, là où les évoques , abbés et riches bénéficiers dominent , seul à défendre avec une édifiante timidité les maximies surannées du droit divin. Mais, dans les assemblées où les curés forment la majorité, il soutient le peuple contre l'aristocratie laïque et s'étudie à rattacher au christianisme, et même au catholicisme, toutes les liber-
* Lettre inédite du 1*' avril 1789, publiée par M. Mortioaer-irenwiix, ÏÏUtoire de la Terrev/r, 1. 1", p. 427.
* La lutte entre le Clergé inférieur et le Clergé supérieur répond exactement à celle du Tiers-État contre le Clergé et la Nobtes&e. Elle *tn décrite et expliquée «n méioe tempa.
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