‹ Le génie de TaciteChapitre 12 sur 69 · I. LA RÉVOLTE DES GAULES · texte numérisé non relu

I. LA RÉVOLTE DES GAULES

Velléius Paterculus, contemporain de l'événement, dit, sans plus, dans son Abrégé d'histoire romaine : « Combien paraissait redoutable cette guerre allumée par Florus et par Sacrovir, l'homme le plus puissant des Gaules! Avec quelle activité courageuse Tibère ne l'a-t-il pas étouffée ? Le peuple romain apprit la défaite de ses ennemis avant de savoir qu'il était en guerre ; il ignorait encore le péril quand on annonça la victoire » (i).

Sur cette donnée, Tacite a composé quelques pages romanesques, dont voici d'abord le résumé.-

(i) Livre II, ch. CXXIX.

Cette annêe-là (i) (ran 21 de J.-C), les cités de la Gaule tentèrent de se révolter. Deux nobles se trouvaient à la tête du mouvement insurrectionnel : au nord, dans le pays de Trêves, Florus ; au sud, chez les Eduens, Julius Sacrovir. Ils étaient convenus, l'un de soulever les Belges, l'autre les •Gaulois.

Florus, dans le pays de Trêves, se met à la tête d'une troupe bizarre, d'une multitude désordonnée qui n'a rien de commun avec une armée régulière, foule d'individus perdus de dettes, de cavaliers gaulois, de déserteurs, de vassaux du noble révolutionnaire. Florus ne résiste pas longtemps. Tandis que ses hordes essayent de gagner les Ardennes, elles sont enveloppées, à droite et à gauche, par les deux armées de Silius et de Yisellius, qui les dispersent. L'ardent meneur, prenant bravement la fuite, se cache dans des retraites inconnues où, finalement découvert, il se tue de sa propre main.

Le sort de Julius Sacrovir est tout différent.

A la tùte de cohortes bien armées, celui-ci, au lieu d'errer dans le ])ays comme Florus, s'empare d'Antun, capitale des Eduens. Là, il organise de son mieux une armée puissante, forte de 40.000 hommes, bien écj^uipés. Les uns portent des couteaux, des épieux, divers instruments de chasse; les autres sont armés comme des légionnaires; d'autres encore, recrutés parmi les gladiateurs, sont tout bardés de fer.

Et le poète donne des armes de toutes sortes aux soldats de Sacrovir, afin qu'il y ait contraste entre eux et les va-nu-pieds de Florus.

Sacrovir juge l'occasion propice et la victoire certaine. Les villes voisines lui envoient des hommes isolés. Chance

(i) Cf. Afni. JII, 40-46.

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imprévue! les généraux romains, qui tout à l'heure con- -certaient si bien leurs mouvements pour envelopper les bandes de Florus, en sont à présent à se disputer. Mais Silius, l'emporte sur son vieux collègue et prend la direction de la guerre.

A son approche, Sacrovir mène son armée à 12 milles de la ville, dans une plaine largement ouverte, et la dispose en bon ordre. En front, les hommes cuirassés de fer; sur les côtés, les cohortes; à l'arrière -garde, les bandes à demi armées. Jouant au général romain, monté sur un cheval superbe, entouré de son état-major, Sacrovir adresse à ses soldats des paroles encourageantes.

J'abrège. La bataille s'engage. C'est la déroute des révoltés, frappés de stupeur.

Sacrovir s'enfuit d'abord à Autun, puis, craignant d'être livré à ses ennemis, il se retire aux environs de la ville, dans une maison de campagne, avec ses amis les plus fidèles. Là, il se tue. Ses amis se rendent le mutuel service de se massacrer les uns les autres, tandis que la flamme réduit en cendres la maison qui les abritait.

Dans ce récit, pas un seul événement qui réponde de sa réalité. Cette dramatisation de faits tout extérieurs est sans rapport avec ce qu'eût été un réel soulèvement des Gaules. La loi du contraste, la recherche constante d'images antithétiques a imposé à Timagination du poète et la fabulation de son drame, et Tinvention des moindres détails. En effet, l'aventure de Florus est en parfaite opposition avec celle de Sacrovir. Le premier s'agite dans le Nord, le second dans le Midi. L'un ""parcourt le pays à la tête d'une tande désordonnée, l'autre s'ms\.s\\^ âi-a-T^^ x^xsfc

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ville, à la tête d'une armée disciplinée. Flonis ne combat pas : la multitude qu'il a rassemblée est bientôt dispersée. Sacrovir, lui, organise une armée à la romaine et livre une bataille classique aux légions de Silius. Les généraux romains s'entendent pour envelopper les bandes de Florus ; ils se disputent lorsqu'il s'agit de marcher contre Sacrovir. Abandonné de tous, Florus fuit et se tue dans une retraite ignorée; Sacrovir meurt au milieu de ses amis, dans une maison de campagne, aux environs d'Autun.

Impossible de trouver plus parfaite symétrie dans l'invention de motifs qui, au regard de la réalité, se détruisent d'eux-mêmes en s'opposant.

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