‹ Le génie de TaciteChapitre 13 sur 69 · II. LES CAMPAGNES DE GERMANICUS · texte numérisé non relu

II. LES CAMPAGNES DE GERMANICUS

Elles ont fait l'objet en Allemagne d'une quantité innombrable d'études contradictoires dont la critique a toujours repoussé les conclusions. Frédéric Knoke, pour ne citer que lui, a cherché à déterminer exactement, dans un volume de près de six cents pages, quelle direction devaient avoir suivie, au delà du Rhin, les armées romaines sous la conduite du jeune prince, mais P. Hôfer (i) a montré que les suppositions de Knoke ne résistaient pas à l'examen (2). Sans ajouter foi d'ailleurs aux récits-

(i) F. Knoke, Die Kriegziigc des Germanicus in Deutschland. Mit 5 Karten, Berlin, 1887.

(2) P. HuFER, Ilaben die Forschingcn uher die KriegszUge der Rimier /;/ Deutschland hisher zu sulchen resultaten gefiihrt das sie schon jetzt fiir den gcschichtsunterricht und die Tacituslckture verwertet werden kôtinen? ap. Zeitschrilt fur das Gymn. wesen 1887, 41 B.pp. 521-554.

militaires de Tacite, le même P. Hôfer a conjecturé que rhistorien des Annales avait décrit les expéditions de son héros d'après une source poétique. C'était approcher de la vérité. Le fait est -que tout ce que raconte Tacite des campagnes de Cermanicus, il Ta inventé en poète. Il ne nous rapporte pas, comme on le croit, des événements imprévus, déterminés par des circonstances fortuites. Non! Il a très méthodiquement imaginé que Germanicus entreprendrait deux expéditions par terre et deux expéditions par eau — toujours l'antithèse — et il a composé ses récits dédoublés en créant entre eux des oppositions de détail. Voici, ces contes parallèles. J'imprime en italique les idées antithétiques des seconds récits et je ■donne à celles-ci un numéro d'ordre pour faciliter les rapprochements.

Germanicus entreprend deux expéditions par terre, Tune contre les Marses, l'autre contre les Cattes.

Ann» I, 49-5 1. — En route -vers les Marses, il s'engage dans des bois épais (i), démolit un rempart bâti par Tibère (ii) et donne à •Cecina quelques troupes d'avant-gàrde (m). Lui-même, allant de toute vitesse par le chemin le plus long, tombe la nuit sur les barbares qui étaient en train de festoyer. Tous, à moitié endormis, sont massacrés

Ann. I, 55-56. — En route vers les Cattes, Germanicus traverse un pays dénudé^ couvert d'eaux stagnantes (i), relève les ruiner d'un fort bdli par son père fii) et donne à Cecina la moitié de toutes ses troupes (m). A son arrivée imprévue, tous les barbares prennent la fuite (iv), abandonnant au massacre femmes, enfants, vieillards.

Cependant^ les uns essayent

-^ ita --

d'arrêter sa marche. Us autres proposent la paix (v), d'autres se dispersent dans les bois. Germanicus brûle la capitale Mattium, ravage la plaine et se replie sur le Rhin sans que l'ennemi ose inquiéter sa retraite (vi).

sur place (iv), sans offrir la moindre résistance (v), leur pays est ravagé, leurs maisons et leurs temples détruits. Au retour, les Bructères, les Tubantes et les Usipètes, cachés dans les bois que devait traverser Tarmée romaine, se précipitent sur Tarrière-garde (vi), mais d'un seul choc ils sont repoussés et anéantis,

Germanicus entreprend deux expéditions par eau contre les Chérusques.

Ann, I, 6o-63. — Dans le but de porter la guerre chez les Chérusques, qui habitaient au delà de l'Ems, Germanicus donne rendezvous sur ce fleuve aux troupes de ses lieutenants Pedon et Cecina; il s'y rend lui-même avec quatre légions en faisant route par les lacs (i).

Les Bructères dévastaient leur territoire propre.

Germanicus envoie contre eux son lieutenant Stertinius, qui a bientôt fait de les disperser avec des troupes légères (ii) et de ravager tout le pays entre l'Ems et le Lippe, jusqu'aux environs de la. forêt de Te ut-

il»». II, 5-17. — Décidé à atteindre le pays des Chérusques en faisant route par la mer (i), Germanicus donne l'ordre de construire ime flotte qui appareillerait à l'île des Bataves. Cependant, il envoie son lieutenant Silius faire une incursion, d^aiUeurs sans succès^ sur le territoire des Caites (11). Lui-même marche avec six légions contre les assiégeants d'un fort, lesquels s'enfuient à son approche, après avoir détruit k mausolée de Varus (in)»

La flotte en destination de la Germanie prend la mer à l'embouchure du Rhin en passant par le canal de Drusus et les lacs.

berg, où gisaient, disait-on, les restes de l'armée de Varus. Germanicus y conduit ses légions et fait élever un mausolée à la mémoire des malheureux vaincus (m).

Cependant, à l'arrivée de Germanicus, Arminius et les Chérusques se retirent vers des lieux impraticables (iv) et se rapprochent des forêts. César les suit. Quand il peut les atteindre, il lance sur eux sa cavalerie, et un combat s'engage dans le plus grand désordre (v).

Faisant subitement volteface,les Chérusques, qui feignaient de s'éloigner.repoussent la cavalerie; les cohortes roinaines envoyées pour la soutenir sont refoulées par les fuyards et rejetées vers les marais. Mais les légions s'ébranlent et leur approche fait reculer l'ennemi. On se sépare sans avantage décidé (vi). César ramène vers l'Ems son armée, qui se met en route vers ses quartiers d'hiver.

(Ann, I, 63-68.) — Au retour de la première expédition contre Iqs Chérusques,

longe les côtes de la Bâta vie, opère tout un circuit et dépose les soldats à l'embouchure de l'Ems. L'Ems franchi, l'armée romaine s'avance jusqu'au Weser.

Le Weser franchi, elle se trouve face à face avec les Chérusques rassemblés (iv). Les barbares couvraient le pays tout entier ; ils étaient massés dans une plaine au delà du Weser, cachés dans une forêt qui environnait la plaine, juchés sur une montagne qui se dressait derrière la forêt. Bataille en règle (v).

Ceux qui occupaient leshauteurs en dévalent. Ceux qui se tenaient cachés dans la forêt se précipitent dans la plaine et ceux qui campaient dans la plaine se précipitent dans la forêt. La mêlée devient générale et tous les barbares sont tués (vi). « Ce fut une grande victoire qui nous coûta peu de sang. »

[Ann, I, 70.) — Au retour de la première expédition contre les Chérusques, une

Tannée romaine, qui traverse un pays couvert de marécages (i), court le danger d'être enveloppée par les barbares (iiK Après un premier combat et tandis qu'elle était en marche vers un terrain moins fangeux elle est vivement assaillie par les troupes d'Arminius, (jui remportent l'avantage.

Elle repousse vigoureusement une nouvelle attaque de l'ennemi lorsqu'il vient l'attaquer non plus en marche mais dans ses retranchements,

Ann, II, 19-21. — Au retour de la seconde expédition contre les Chérusques, une partie des légions qui faisait route par une plaine, par une chaussée et par une forêt (i), court le danger d'être anéantie par les barbares (11). Les troupes romaines qui s'avancent par la plaine ctdhiitent facilement Venncmi; celles qui veulent franchir la chaussée doivent remporter d'assaut en combattant de loin tandis que celles (jui pénètrent dans la forêt enf^agent avec les barbares tm combat corps à corps, d'où ■ elles sortent victorieuses.

partie de Tarmée qui faisait route le long de la mer (i) court le danger d'être eih glouUe par les flois (11). Pendant la nuit les eaux soulevées par la tempête immergent tout le pays jusqu'à mi-hauteur , d'homme. Les soldats conduits par Vitellius parviennent à grande peine sur un terrain que Viuon' dation n^avait pas envahie et regagnent la flotte, qu'ils avaient du abandonner pour l'alléger.

Ann. II, 23*24. — Au retour de la seconde expédition contre les Chérusques, une partie des légions qui faisait route par la mer (i) court le danger d'être anéantie par la tempête (iiU Les vaisseaux sont entrainés et dispersés dans la haute mer, les uns engloutis, les autres jetés sur les îles éloignées. Germanicus aborde seul au pays des Chauques. Cependant le calme réapparaît.

La plupart des naufragés sont recueillis et les navires ayant des vêtements au lieu de voiles peuvent de nouveau se rassembler.

Antithèse perpétuelle d'images aussi bien à la base des narrations dérivées que dans la composition des récits qui leur servent de prototypes, •et, j'allais oublier de le dire, de-ci, de-là, un détail <i*exécution taillé dans l'absurde. C'est ainsi que le poète rassemble, non à la rive, mais au beau milieu d'un bras de mer, autour de l'île des Bataves, les navires sur lesquels les légions de Germanicus doivent s'embarquer (i); qu'à l'entendre, Arminius ^t son frère, s'insultant d'une rive à l'autre d'un ileuve, auraient failli en venir aux mains, si on ne les avait retenus (2), et que, par inadvertance sans doute, la flotte de Germanicus débarque sur la rive gauche de l'Ems les soldats, qui perdent plusieurs jours à se transporter ensuite sur la rive droite (3).

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