‹ Le génie des religionsChapitre 31 sur 75 · DU BOUDDHISME · texte numérisé non relu

DU BOUDDHISME

Après avoir vu comment la réyélatibn des VédaS' a été transfonnée par Tépopée, raillée par ïe drame, il re$te% examiner rapidement ïes.écoles de in^physique dans leur rapport avec le culte et la for nationale ; peu de mots suffisant à montrer quel détour prend une philosophie pour corriger, détruire, .et quelquefois recomposer une religion.

Au milieu de tout l'appareil d'une science méthoïkque, 1^ foi indienne a fini par se glacer -sous ses propres ii^er<» prétations, comme le génie grec sous l'érudition d' Aleacandrie. Cependant, même à ces derniers instants, qui se sont prolongés très avant dans le moyen âge, l'imagina* tion orientale a encore illuminé d'un immense éclat les Problèmes dans lesquels elle s'est plongée; et l'on peut dire que la poésie, v^uve de ses poètes, s'est préci'* pitée sur leur bûcher, t^itces derniers mom^its sont remplis encore d'une extraordinaire splendeur.

L'originalité de la philosophie du Gange ne consiste ,pas dans l'invention du syllogisme ou des catégories d'A-^ ristote(^). Je la résume tout entière dans cette question, que je vois -posée au fond de chaque systèmei : Comment l'homme peut-il devenir dieul C'est l'excès d'ambition spirituelle uni a l'excès d'humilité qui est le propre de la

(') Mémoire sur le Nyaya, par M. Barthéleray Saint-Hilatre, p. 286.

LA PHILOBi^HIE. I£ BOUDDHISME. 207

pensée indienne .Car, en même temps que Thomme, éveillé soiis r.arbre de la sdence, prétend, comme dans la Bible, devenir non seulement égal à Diea , mais dieu lui-même ; d'antre part, cette arrogance est aussitôt troublée par le sentiment contraire ; etil s'avoue que pour se déifier il faut d'i^bord qu'il renonce à la conscience de lui-même ; en sorte qu'il ne parvient à s'adorer qu'après s-être anéanti, et que la consommation du dieu ne s* achève en lui que lorsqu'il n'y reste plus rien de l'homme. Se dépouiller de tous lesr liens de cet univers, se distinguer de la nature (i) pour mieux édiapper à la métem.psycose , se fermer le retour dans l'enceinte des choses finies, s'élancer, hors de la région des sens, dans le domaine de l'immuable ; s-y perdre, s'y évanouir; s'y rassasier d'extase, s'y abîmer à jaratais dans un quiétisme éternel : tel est le but du sage. Par la contemplation passive de l'Être, il devient Brahma lui-même (s) ; d'oùil suit que moinsii-a conscience de ses mouvements internes, plils il est près de son apo^ théose; et que si le sommeil f) est l'image fidèle de la vie absolue, la mort seule en est le commencement; L'orgueil* naissant de la philosophie orientale se cache ici sous l'excès du désintéressement et de la sainte indifférence. L'Asie dit, la prenrière, le mot.de Catherine' de Grênes : Js ne trouve pius de mot; il riy a plus d'autre moi que Dieu, Pour se couronner, l'humanité commence

(').« L'âme doit être connue, dit un passage des Védas; elle doit être distinguée de la nature ; de cette manière elle ne revient plus. »• Colebrooke , On the philosopby of the Hindus, p. 237. — Abel Rémusat, Mélanges asiatiques, iV| p. 353.

(') « Celui qui connaît le Brahma suprême, devient Brahma. » Stncara. Windifichmaan.

(•) « Quuid l'homme dort, il|>os8ède l'être. « Id., p. 182.

par se renier, comme Tâme déifiée (*) des mystiques du moyen âge ; ce qui est précisément le contraire du pa)i* théisme moderne , dans lequel Thumanité prétend , à visage découvert, absorber et usurper le dieu tout entier.

Si tel est Tesprit général de la philosophie indienne y ce n'es.t pas dans l'antiquité grecque , mais bien dans le monde chrétien qu'il faut y chercher des analogues ; ou-^ tre que là seulement on a revu, comme sur le Gange , la raison humaine aux prises avec un corps d'écritures sa-, crées. Dans ces deux civilisations , le duel de la foi et de la raison a suivi , à plusieurs égards, les mêmes alternatives. Au commencement , la philosophie indienne est tout orthodoxe , ennemie du raisonnement , elle ne s'ap? puie que sur l'autorité de la révélation de Brahma (^ ; elle ne reconnaît point .d^autres vérités que celles qui sont contenues dans les Védas interprétés par les saints que Ton peut appeler les Përes de l'Église indienne. Plus tard une autre époque s'annonce : la philosophie, entrant dans l'âge de la scolastique» commence à s'estimer quelque chose. Elle admet sans doute encore le fond des dogmes révélés ; elle prétend même les confirmer : la vérité est qu'elle les dénature en les expliquant à sa manière. Bientôt tous ces dieux incarnés qui peuplaient l'unie vei;s, ces dieux enfants, baptisés dans des océans de lait, ornés de bracelets, de plumes de paon ; ces vierges immaculées , mères de Christs profanes , et qui baissaient

(^] Theologia Germanica. Fénélon, Maximes des saints, xxxv.

(*) Nous pouvons connaître Brabroa par la tradition de la doctrine, non par le raisonnement. Sancara, p. 106. —r On connaît Brahma par l'autorité des saints livres. Id., 109.

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