‹ Le génie des religionsChapitre 32 sur 75 · LA PHILOSOPHIE. LE BOUDDHISME. 2QS · texte numérisé non relu

LA PHILOSOPHIE. LE BOUDDHISME. 2QS

la tête par pudeur dans les épopées, se changent, au souffle du Descartes indien ; en abstractions , en catégo^ ries, en facultés in(»^^ales (*|. La trinité toute matérielle et vivante d*lndra au trois têtes, la trinité plus profonde de Brahma , fondée sur Tidée de l'Être en soi , de son Verbe créateur qui passe sur les eaux , et de la grande âme des choses , deviennent, en se subtilisant encore^ (2), une pure abstraction de métaphysique, qui ha plus de valeur que dans les écoles. Enfin il est une dernière époque. Armée de tous les procédés du doute, la philosophie s'insurge contre le dogme ; elle met en poudre la tradition , elle peuple lé monde de stériles atomes ; acharnée à tout détruire, elle se dévore elle-même. L'Inde entre alors dans son xvin* siècle \ elle a ses Helvétius , ses encyclopédistes , et sur le seuil des pagodes se fonde la théorie du néant absolu.

Qui ne croirait qu'arrivé à ce dernier terme, tout ne soit consommé, que le principe de la société indienne ne soit tari en sa source? Tout au contraire, nous touchons à une renaissance ; et c'est ici qu'éclate le génie propre de rOrient. Au moment où le doute semble être parvenu à sa dernière limite , c'est la foi qui renaît de la mort spirituelle. Une religion nouvelle, cachée sous la cendre , va sortir de ce gouffre d'abstractions; l'Orient, qui paraissait épuisé, se trouve encore si plein de Dieu, que le scepticisme n'y aboutit qu'à enfanter le Nouveau Testarnent de l'Inde.

En effet, le pyrrhonisme d'Asie. n'est pas celui ^e rOccident ; en ses plus extrêmes ébranlements-, le ciel

,^*) LeSankhya.

l*; Col brooke, On tlie pbilosophy, p. 242.

210 DES RBLIGIOIfS INDIENNBS.

reste peuplé; le doute a encore sesidoies, et l'athéisme se$ dieux. Le sceptique d*Asie laisse aux siens la puis-* sance plénière sur la nature et sur le temps ; il ne leur conteste que TéterneHe durée (^) ; et torsque d'examen en examen , de doute en doute , la philosophie est descen«^ due jusqu à l'idée du vide, cet abîme' où FEuropéetf s'arrête en défaillant, n*est pour TOriental que le passage à un système de croyance plus épurée. Le néant j pour ainsi dire outre-passé par l'abstraction , devient un néant fécond qui ; renfermant la négation de tout le créé, c'est* à-dire de toute vie , de toute forme , de toute limite partiéulière , . ne laisse sub^ter que labaohi affranchi de toute alliance avec le temps et l'espace (') ; dieu du vide (jui , hors.de la lumitee et des ténèbres , siège , par delà* le monde , sans nul rapport avec lui « aux bornes même» de la pensée , dans ces régions subtiles où l'esprit de Thomme s'évanouit , faute de pouvoir respirer. Jamais le Christianisme , au cœur même du moyen âge , n'a porté contre la matière un anathème si absolu , puisque le monde visible n'est pas seulement , pour l'Oriental , plein de fragilité , d'infirmité ; c'est encore une imposture ; il veut arracher le nriasque dont l'univa^s se couvre. Dans ce temps, qui est l'âge héroïque de la philosophie, l'esprit humain combat véritablement à nu. Pour mieux résister à la matière , il commence par se poser en victo** rieux aux derniers confins de l'idéal. A cette extrémité , et comme aux antipodes de la nature et de la tradition

(*, Colébpooke,-p 262'.

{*) Schmidt, Ueber einige Qrundlehren des Buddhaismus, Mémoires de l'Académie de Saint-Pétersbourg, vol. 1, p,98. — Sketch of Buddhism derived Trom the Bauddha scriptures of Nipal. By Hodgson, Transactions of the Asiatic Society of Loildon, v. 11, p. 954-888.

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