LA PHILOSOPHIE. LE BOUDDHISME
tout ensemble , il Mrouve une autre foi , un autre ciel , un autre dieu; et des derniers efforts dé la ptiilosophie pour tout renverser, on voit sortir la révélation de Bouddha , qui compte encore aujourd'hai plus de croyants que le Christianisme et l'Islamisme. Las de tout croire,, rfaomme se met un jour A tout hier ; par ce chemin op-^ posé , mais suivi jusqu'au bout, fl rencontre le même infini dont il ne peut se débarrasser. Comme il avait spéculé sur l'être, maintenant,, par ennui du réel , il spécule sur lé rien. Il Tenfle, il le gonfle, il le multiplie, il le ibiôlte) il le creuse. Arrivé à ce comblé du néant, il découvre au f(Mid du Vide une nouvelle immensité ; taht il est vrai que nier^ c'est encore croire. Dans la reKgion de Brahma , il aspirait à saisir , incarner son dieu en toutes' choses ; dans celle de Bouddha , il aspire à le disti;iguer, à l'éliminer de tout (% ennemi du réel, dégoûté de ridéal , adorateur de l'impossible.
Évidemment le spiritualisme ainsi exalté lie pouvait, à aucun prix , s'accommoder des croyances naïves du panthéisme populaire des Yédas, malgré l'interprétation <j[tt'en avaient donnée les prêtres. Qu'y avait-il de commun entre cet Indra patriarcal , tel que nous l'avons dépeint, toujours avide de breuvage^ et ce dieu subtil, Bouddha , si insatiable de spiritualité , de privations , de renoncements, qu il se plonge dans le vide pour mieux se purifier des souillures de la lumière et de la vie? 11 devait
( *) -Les principes du Bouddhisme sont résumés dans les deux propositions suivantes , auxquelles reviennent' fréquemment les livres canoniques : « Les trois mondes sont vides, et il n*y a point de dit* férence entre l'être et le non-être. •» Schmidt, p. 223. Voyez la traduction d'un passage qui énumère les caractères auxquels se reconnaît riiomnie déifié, p. 295.
rejeter comme une profanation la lettre trop grossière des livres canoniques y et par là provoquer contre lui la haine réunie des peuples et des brahmanes. Combien une doctrine fondée sur la révélation du néant ne prêtait-elle pas à l'accusation d'athéisme ! Le moyen qu'elle y échap-^ pâti le rapport du Brahmanisme au Bouddhisme est celui de l'affirmation absolue à la légation absolue ^ ils se repoussent mutuellement avec la même violence que deux élec* tricités contraires. Dans cette lutte , la doctrine qui cessait de s'appuyer sur la foi populaire devait nécessairement être vaincue par l'autre; et si le Christianisme ^ quoiqu'il soit venu confirmer la loi de Moïse , n'a pu luimême rester en Judée , > comment le Bouddhisme , qui reniait l'Ancien Testament de l'Inde , aurait-il pu rester sur le Gange?
Si les monuments connus étaient plus nombreux , il faudrait ici se donner à loisir le spectacle d'une métaphysique qui y en se. popularisant , devient une religion. Car on ne retrouve pas dans l'histoire des cultes un second exemple ausâi frappant de la manière dont un système philosophique descend dans l'imagination des. peuples , pour y prendre un corps, un visage, jusqu'à ce que, changeant de nom , il s'appelle légende. Qui consentirait à croire que des empires aussi grossiers , ou aussi vastes qu'une partie de la Chine , de Ceylan , de Java , du Thibet , reposent sur cette métaphysique subtile , si l'on ne voyait, jusque dans le fond de la Mongolie, cet être impersonnel , cet absolu impalpable , ce Bouddha , ce grand Christ du vide, s'incarner dans le sein de la vierge mongole (*)., sous sa tente abandonnée au milieu du vide éter-
(*) Les gestes de Cesser Khan, destructeur de la racine du mat