LA RÉVÉUITION PAR LA PAROLE
basaiiés de la terre d'Egypte; cette race nègre, que les Ferges, véritables puritains du paganisme, rencontrèrent dans rÉthiopié» n*étaient-oe pas pour eux les^fils favoris des ténèbres, génération impure d'Abrimanî Et les expéditions de Xerxès, de Parius contre TOcicident, ces croisades .païennes, qui n'en voit paç la cause! Ces froides terres de r Occident) ces.riv^es glacés ^u Danube, cette Thrace privée des rayons du soleil d'Orient ; n'était-ce pas là une terre livrée à Tennemi^du^Jour l Ne fallait-il pas aller y prendre la défense du pur, du brillant Ormuzd, qui est' là à demi vaincu par le roi de la nuit! D'où la nécessité religieuse de s'emparer de l'Europe; d'où la haine invétérée de la Perse contre la Grèce, cette reine de rOccident. Lisez dans Hérodote le récit de cette grande crcMsade*; vous n'^y .trouverez aucun fondement sérieux ; consultez ledogme religieux, toute l'histoire est là. ,
Un lien plus visible régnait encore entre le dogme et l'État. Le gouvernement de la terre^ les mceurs publiques, étaient exactement composés ^ur l'institution des cieux. Coijime il y avait sept Archanges ou Amschapands autour du roi de la lumière, il y avait aussi sur la terre sept satrapes autour du monarque, sept castes dans la nation, sept murailles autour de la ville sainte. Ce qui manque à la Cyropédie de Xénophon, c'est, précisément d'avoir vu que l'éducation du prince se réglait sur l'idéal du dieu. Lé moindre de ses. sujets devait, comme lui, préparer dans son cœur le lever, le règne d'Ormuzd ('). Tout Perse était un soldat du dieu bon , il veillait en lui-même sur les approches dé l'ennemi intérieur ; car il fallait que sa
(>) Zend-Avesta, 1. 1, p. 250.
vie fût immaculée comme la flamme du foyer, sou avenir, son espoir étiant de devenir lumière: Bien vivre qu était-ce autre chose que se purifier? Et ce principe de la morale privée s'étendant à Tadministration de \a. nature, établissait des obligations envers les choses comme envers les personnes ; ce qui faisait rentrer le commerce et Tindustrie dans l'enceinte du dogme. Cultiver la vigne, cette fille du soleil ; extirper les plantes vénéneuses ou parasites; ramener au .gîte lanimal égaré (<) ; aider la terre à enfanter, la maintenir dans sa pureté native ; dégager les fleuves des obstacles qui embarrassaient leur cours ; protéger les sources contre la mouillure des bêtes sauvages ; ranimer par la culture les champs rendus stériles au souffle d'Abriman ; creuser aux vagues de la mer des ports où elles pussent s'abriter contre les coups de l'éternel ennemi; ces occupations n'étaient pas seulement mercenaires; œuvres de piété, elles tenaient leur place dans la liturgie universelle, puisqu'on servant à orner le temple de la créatiori, le travail devenait le premier des rites. Pour combattre l'ivraie semée par les Divs, le laboureur avait hérité du poignard sacré de Djemschid. Sans en dire davantage , on voit assez comment sur cette base s'établissait l'accord tant cherché de nos jours entre la religion et l'industrie. Croyez-vous, au reste, que le fond de ces idées n'ait point de^ valeur durable; que, nées au hàsàfd près des sources de naphte de la Bactriane, elles n'appartiennent qu'à la Perse, et vont mourir avec elle? Je prétends au contraire qu'il n'en est point aujourd'hui de plus vivantes dans la tradition du genre humain. En effet; je connais
{') Hyde, Hist. rdig. vet, Pers., p. 466.
un livre qui s'outre par ces mots : « Au commencement, »» la parole était avec Dieu ; c'était en elle qu'était la vie, M et la vie étaitia lumière. » Qui parle ainsi? Est-ce le Zend-Avestade Zoroastre? Non, c'est l'Évangile dé saint Jean. Sans chercher à quelle source l'apôtre a recueilli le dogme fondamental de l'Orient, il me suffit aujourd'hui de savoir que les visions des anciens peuples reparaîtront purifiées, divinisées dans le culte nouveau. Attendons encore quelque temps; les obscurs pressentiments du paganisme se confirmeront dans l'Évangile. Cette lumière de Hran n'est que ténèbres; cette parole de vie prononcée par l'ancien monde n'est qu'un bégaiement; mais demain, Tune et l'autre éclateront dans les discours et la prédication du Christianisme.
En effet, la lutte entre les deux divinités est flagrante. Scra-t-elle éternelle? La victoire n*appartiendra-t-elle à personne? Toujours la balance sera-t-elle suspendue entre le pur et l'impur, entre la lumière et l'ombre? Nullement; le médiateur viendra, et c'est le nom qu'il faut donner à la troisième personne de la trinité persane, Mithra. Investi d'une double nature, ce dieu mystique, hermaphrodite ('), arrive pour illuminer de sa splendeur interne le dieu des ténèbres. Il le convertit à la lumière. Ahrimah, purifié, racheté, se réconcilie avecOrmuzd (2); il s'unit avec lai pour faire en commun une offrande à l'Éternel. L'enfer réparé chante TAvesta. La résurrection des morts, la renaissance de l'univers, ferment ce grand débat. Gardé par le chien sacré, le troupeau des
(^) KaXcovfft 3t Aff9vp(ot xrtv Aypo^tTviv Mv^itTa» ApaSiotê* Klirra, nipvat il McTpav. Heiod., lib. I, 131.
l«) Zeud-Avesta, 1. 1, p. 164, 168; t H, p.5M.— Goerres, t. I,p.223.
■ La RÊLtGtOK DES PEBSEÇS» 251
âmes qui ont passé le pont Tchinevad SjWït revêtues d'or (^) . Le mar n'était qu'une ombre qui glissait à la surface des choses ; il cède au règne absolu du bien ; et ce qui marque Torigiralité de ces croyances, c'est, d'une part, que le Satan persan est ainsi relevé de sa chute; de l'antre, que la résurrection de la matière domine encore. celle de l'esprit f). Loin d'être maudite, la terre^ quitte son lin^ ceul; elle se renouvelle avec Ahriman dans la coupe du. monde, où bouillonnent les métaux embrasés : plus de mort, plus de vieillesse, plus de souillure ; elle renaitplus pure, plus virginale que dans son premier berceau i Un. océan de lunriière l'environne, et, comme une île sacrée^ elle se baigne dans la splendeur de la lumière intelligible. Ce dieu Mithra, aux yeux d'or, ce laboureur du dé$€rt^ ce fils de la parole, lequel ferme la scène des révolutions religieuses de la Perse , et clôt son Ancien Testament, .apparaît comme le purificateur da la nature, le réd^npteur de la création. Le dernier né des dieux de rQrienf, il est aussi le plus grand, le plus- nourri de spiritualité, le nioins éloigné de la tradition xhrétieni^e. Ce qui explique ■ assez pourquoi le monde resta quelque temps incertain entre son culte et celui de Jésus. Tous deux .portaient les mêmes noms, avaient les mêmes attributs rsoleil de vérité, d'intelligence! soleil nouveau! Leurs fêtes étaient célébrées le même jour ; 1^ nativité de l'un dans l'étable. répondait au lever de l'autre dans.l'antre obscur du mont sacré ; tous deux accomplissaient l'Ancien Testament de l'Asie. Mithra transfigurait la loi de Zoroastre; le Christ la loi de Moïse. Jamais plus grande incertitude ne se vit
• (*) Hyde, p. 18.
(«) Zend-Avesta, t, I, p. 417.
sur la terre, ni rivalité mieux soutenue jusqu'au bout. A la fin j le monde se décida : deux fois la Perse avait tenté de se faire Tapôtre du monde. En Orient, elle rencontra le Dieu de la Bible ; en Occident, le Dieu de TÉvangile. Vaincue, die a laissé partout sa marque dans le culte triomphant : son Ormiizd , qui plane comme Elohim sur la nature entière sans y être incarné ; ses archanges ar^ mes de lances d'or, et qui couvrent le monde de leurs boucliers; son Ahriman, qui, excepté l'éternité du châti' ment, a tous les traits de Satan; la résurrection delà matière, l'image dé l'arbre de vie dans le jardin du monde naissant, le baptême dans l'eau sacrée, que de traits communs à la Bible et au Zend-Avesta ! Les dragons convertis du désert, né sont-ce pas les chérubins à la face de taureaux (') ? Les animaux couronnés de Persépolis ne sont-ils pas en partie les animaux symboliques des évangéiistes qui les ont apprivoisés, domptés par le miracle du Christianisme t Enfin, les rois mages f) qui de loin aperçoivent l'étoile de l'Évangile, et viennent au-devant du Dieu nouveau-né, ne figurent-ils pas de la manière la plus naïve cet instinct, ce pressentiment chrétien, qui était enveloppé sous chacun des symboles du paganisme de l'Iran? La myrrhe, l'encens qu'ils ont apporté tout fumants du foyer d'Agnis , dlndra , d'Ormuzd, brûlent encore aujourd'Jjui au foyer du Dieu de Bethléem.
Diviniser le principe du combat suffisait pour conquérir le monde; c'était trop peu pour le convertir. Il manquait à cette doctrine l'unité que la terre attendait. Au-dessus
(*) Herder^Persepolitanische Briefe, 173. — Vatke, Die Relig. des Alt. Test., 325.
(•) riem Alex. Strom., lib. I, m5
du duel d'Grmuzd et d'Ahrimian se trouvait, il est vrai, Têtre -en. soi^ indivisible, impassible, incommunicable, Ajkerene (*) , l'Éternel caché dans les nuages du dogme. Mais cette idée, cette unité mystérieuse, était, pour ainsi dii*e, accablée par le tumulte de l'univers aux prises avec lui-même. Les créatures faisaieat trop de bruit pour que le créateur pût parler assez haut ; et tant que durait la mêlée , ce dieu souverain , spectateur solitaire retiré sur les hauteurs du dogme, comme Xerxës sur la montagne en face dé Salamine , disparaissait nécessairement ^'s choses et des esprits. La Perse devait jpérir -par la lutte qu elle avait instituée. En effet, ces deux éternels combattants, Ormuzd et Âhriman, se sont détruits l'un l'autre avant que leurs innombrables défenseurs aient pu parer les coups. Les bêtes fauves sôrit restées leurs seuls. adorateurs : le jour dé la réconcilia'tion n'a pas lui ; la nature ne s'est pas réparée ; au contraire , elle a été de plus en plus défigurée parla colère de l'homme. Où la parole retentissait dans les villes saintes, le sotird désert a étendu le silence des morts.- -Qu'est devenu l'idéal qui planait sur chaque chose 1 Seul, éternellement seul, sans messager, Mithra dépossédé parcourt les cieux de l'Iran sans pouvoir réchauffer de son regard l'empire des âmes. Alexandre, les Parthes, les mahométans ont jeté l'un après l'autre au vent ce qui restait de ia cendré (}u feu sacré. Voilà comment ont fini lès promesses faites aux mages ; et cependant , dispersés , chassés de leur pays, ils ont emporté jusque dans l'Inde le culte de leurs pères; ils marquent au xl\* siècle les heures par les mêmes prières que Cyrus adressait au soleil levant sur l'empire
'») ZemV.Vvcsla.