‹ Le génie des religionsChapitre 41 sur 75 · ORGANIQUE · texte numérisé non relu

ORGANIQUE

Il est des peuples qui semblent n'avoir jamais eu d'enfance; on croirait qu'ils ont été formés dans la maturité. D'autres sont vieux en naissant; la vérité est qu'ils ont toujours l'âge de leurs croyances. A travers l'Orient, les

(*) Si l'on voulait suivre cette tradition du culte de la lumière dans la poésie chrétienne, on pourrait comparer à ce morceau la pièce suivante d'un poëte de nos jours , qui emprunte ses inspira-^ tions à la Perse.

M Tout jeune, je m'élançai vers le ciel sur les ailes rapides de la » pensée, et je cherchai la source de U lumière. La luneen pâlissant " me rép4md)t que la source jaillissait du soleil ; et j'appris plus tard '* que le rayon descendait d'un soleil plus élevé; et chacun des as-

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processions' des dieux moins naïfs, plus réfléchis, plus savants, plus tristes, à mesure qu'ils vont plus loin de leurs berceauX) s'avancent de civilisation en civilisation, cpmme par autant de degrés marqués par le hiérophante^ Ils communiquent leurs caractères , c'est-à-dire celui de leur âge, aux états gu'ils adoptent; à la fin ils 'entrent dans la société égyptienne. Ils s'y arrêtent, immobiles, comme au terme de l'initiation orientale. Nés de l'aurore, aprfes avoir traversé l'esprit de l'homme , ils ont le goût des ténèbres, ils demandent le mystère. Un pas de plus, et ils touchent au sophisme.

Que peut être la civilisation de TÉgypte, sinon un mélange du génie de l'Afrique- et de l'Asie, un isthojie jeté d^ns le monde civil entre deux continents^ Elle a, comme son^phinx, une double nature, le front pensif de l'extrême Orient, les reins puissants des lions de la Libye ; car c'est au cœur de TAbyésinie, de 1 Ethiopie, qu'elle puise incessamment la vie et les rites des tropiques. Là se rencontre avec le plus ancien temple le premier vestige de cette société, qui sort .comme le Nil des flancs inconnus de TAfrique. Elle s'éveille au bruit des cataractes. Une caste sacerdotale apporte dans ses sables le principe de la vie morale. De ce premier établissement dans Méroë partent des colonies de prêtres, des pèlerinages sacrés, qui, suivant le cours du fleuve, descendent à Xhèbes, puis

» très ine renvoya ainsi à un astre suprême ; et j'étais environné de H la clarté infinie. Enfin, ub ange revêtu de splendeur se dressa de- ** vaut moi, et me dit : Où vas-tu! où t'égares-tu? Cet océan de M clarté est sans rivage. Un flot y naît d'un autre flot ; tous jaillis- » sent de la source éternelle ; elle est partout présente/ aussi près n de toi que du soleil le plus radieux. Pèlerin, rentre en toi-même, » tu y trouveras la lumière et le repos. » Ruckert.

LA RELIGION DE l'ÉGYPTE. 257

de Thèbes à Memphis, et dans le reste du Delta. .En arrivant sur ces plages, ils élèvent des sanctuaires quideviennent des lieux de refuge , en sorte que toute cité y commence par le tempk. Autour de. ces sanctuaires se réunissent les tribus du désert. Cotaime autant d'affluents, ces populations grossissent le flot des générations indigènes; Nubiens, Abyssiniens, Éthiopiens, Arabeâ noipades, tous d*origine et de couleur différentes , rouges , blancs, noirs (^), cuivrés, basanés : par où s'explique déjà la permanence des castes daniï' toute la suite de cette histoire. Longtemps les villes, sans liens réciproques, forment autant d'oasis sociales à l'entrée du désert. C'est dans ce moment de faiblesse 'Y][ue l'Egypte est surprise par rinva&ion des peuples pasteurs qui menacent delà refouler jusque dans la Thébaïde; mais ces conquérante sont chassés. Son unité iiationale s'établit avec celle d'un dieu commun sur lequel se règle son génie, puisqu'elle prend peu à peu les mœurs, la destinée, Tume même du fleuve, au point de sentir sa vie couler avec l'eau, depuis rÉthiopie jusqu'à la mer. Toujours d'intelligence avec lui, elle déborde une fois comme lui sur le monde au temps de Sésostris : bientôt elle rentre- dans son lit pour ne plus en sortir. Huit siècles avant le Christ , elle est déjà tarie.

Quoique l'on n'ait pas retrouvé les hymnes de ses prêtres, les p0ëmes d'Isis p), le génie de l'Egypte se dévoile de nos jours, en même temps que celui de l'Inde et de la Perse. Il est vrai que sa Bible n'est pas écrite sur des feuilles de palmier. Il semble même que le continent

(M Herod., lib. ii, 104. — Plut , De Is. et Ostr., c. xxu. (*) THç Uih^ iroti^fAorra. Plat.» De legib., U,45.

258 LA RÉvéLATIOK PAR LA VIE ORGANIQUE.

tout entier de T Afrique ne puisse s'élever nulle part jusqu'au miracle de la tradition par la parole. Il n'est re* présenté dans le monde par aucun idiome consacré; véritablement il est muet si on le compare aux autres* Qui jamais ouït parler d'une Iliade africaine? Âpres avoir produit deux civilisations , l'égyptienne et la cartfaagi* noise, il n'a laissé nulle part. un seul monument durable d'une. langue articulée. Comme si la puissance lui était refusée de développer librement la parole humaine (% le silence est chez lui le fondement de la religion (^. A ses dieux cynocéphales manque l'organe du langage. Sa Bible est faite de pierre, et les caractères de l'Ancien Testament de l'Afrique sont des obélisques , des pyramides, des nécropoles, des' hypogées, des temples revêtus de lettres de granit, qui s'étendent, comme le livre d'Hermès à tête d'épervier, depuis la Nubie jusqu'au Delta.

Pénétrons dans l'un de ces- temples (^) , puisque c'est là que subsiste l'esprit qui a fait vivre ce peuple :'de Ion* gués avenues de sphinx au front de bélier précèdent le troupeau divin. Deux obélisques portent la dédicace, et marquent par leur ombre la route du soleil Osiris. Nous avons franchi le péristyle dans lequel est taillée la grande porte ; elle s'ouvre sur une cour bordée de piliers contre lesquels s'appuient des colosses. Les chapiteaux des co^ lonnes s'épanouissent en feuilles de palmiers- sur le sable engraissé des larmes d'Isis ; les acres parfums du 4ésert s'exhalent de ces calices de pierre ; il y en a

(M Plut., De U. et Osir., c. lxviu.

(*] Jamblic, De raysteriis ^gypt. — Clem. Alex.^Pœdàg., Ulr. m,

(*j Chaiopoilion le Jeune, Lettres écrites pendant son voyage en Egypte, 207, 211, 227. — Ottf. MuUer, Arcbseolosie, p. ?27.

en fleurs de nénuphar; leur germe est dansle fleuve sacré. Au delà de cette végétation de granit s'élève un» nouveau |)éri9tyle et un nouveau pylône qui conduis à une enceinte semblable à la première. Enfin au delà de ces demeures où sont marqués les progrès de l'initiation (i)^, vous apercevez le. sanctuaire. Séparé de la cité par d'infranchissables boulevards, tout vous dit que c'est ici Tha-* bitation d'une caste qui n'a rien dç commun que les dieux avec les autres parties de la nation. La lumière y pénètre à peine par de rares ouvertures ; là est gravée la^égende du dieu, et la grandeur des paroles est faite pour cette architecture ('). « Je suis tout ce qui est, tout ce qui â été, " tout ce qui sera ; aucun mortel n'a soulevé mon voile v H le fruit que je porte est le soleil. » D'autres fois , cé& inscriptions prêtent une voix au monument lui-même; les pierres crient daus' leurs dialogues (a). «« Voici ce que » dit au pharaon Thèbes la conductrice du monde : Nous » t'avons donné l'Egypte , la terre nourricière. « Et le dieu répond : « Nous consentons que ces pierres soient »» aussi durables que le firmament. « Après cela-, lorsque vous arrivez au fond du sanctuaire, et que vous touchez la pensée même de l'édifice , que trouvez-vous ? Des co^ losses assis,, aux têtes de lions, d'épervieri, de béliers ; çà et là, des momies de quadrupèdes, d'oiseaux, de serpents. Ce sanctuaire si bien caché, qu^est-c^ donc, sinon l'antre où la nature elle-même ébauche, coiiserVe, fabrique éternellement les typés de toute création animale ?

(M Clem. Alex , Strom., lib. v, p. 555.

(') Proclus , lib. in Tim , p. 30. — Plut., De Is. et Osir , r. ïx. — Apulée, As. aur., lib. XJU p. 362.

(') ChampoUion, Lettres, p. 93.

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