LA RÉVÉLATION PAR LA VIB ORGANIQUE
C'est qu eo efl'et , ce qui di&ti'ngue l'Egypte de l'Asie , c*estd avoir cherché surtout la révélation dans le miracle de la vie organique. Le culte de Tanimal , voilà le signe de la race de Cham, le rite de l'Afrique. Ni la lumière ni la parole ne pouvaient lui enseigner sa croyance : Tune et l'autre sont trop subtiles pour elle ; il faut que son génie inférieur aille diercher les traces divines , non dans un prpdig^ social, mais dans le cœur de l'épervier et du lion ; liturgie de l'intelligence esclave ! , première sanction du Code noiri L*homme , en s'agenouillant devant l'animal, consacre sa dépendance ; autant qu'il est en lui, il fait de l'Afrique la terre nourricière delà servitude; car, outre ces simulacres , il y avait des dieux vivants (') dans l'enceinte des temples , crocodiles ornés de pendants doreilles , de bracelets d'or ; lionnes couvertes de tapis brodés et devant lesquelles brûlait l'encens ; chiens hurlant dans les processions ; serpents allaités dans les sanc* tuaires. Ne yoit-on pas de nos jours même les Africains, depuis la Libye jusqu'au Sénégal , adorer les principaux animaux de leur désert t Nées de cette race, les tribus qui formèrent peu à peu les castes inférieures de l'Egypte amenèrent avec elles Tune après l'autre le dieu hurlant , rugissant, glapissant, qu'elles avaient aperçu dans la solitude. Lorâiqu elles furent réunies , le sacerdoce qui les f^rma en société régulière adopta toutes ces divinités d'origine africaine. Plus tard, ce culte fut relevé par la civi» lisation, qui, sans renier l'instinct populaire, l' éleva jusqu'à un idéal d'où naquit le sphinx. L'Asie en le formant mit la couronne de l'intelligence sur le front de l'Afrique.
(<) Herod., Hb. ii, 41,65,67,ed. Creuzer et Bœbr.— En8eb.,Pnep. £v.,Ub.ii,51.
LA RELIGION DE L*ioYPTE. 26 1
Amour, terreur, adoration de la vie en toutes choses, ardeur, puissance, ivresse delà bête fauve, alors que la nature des tropique^ rugissait autour de ]a société naissante; que rame diarnelle de 1* Afrique passait tout entière dans la civilisation des Pharaons ; que le ferment dès déserts inconnus se soulevait dans le cœur des cités, et queTécho de la patrie des monstres éclatait par la voix d'Osiris ! Pour expliquera principe de ces rites, il faudrait retrouver le tableau de la vie organique, au temps où ils ont coftimencé; car aujourd'hui, nous son^mes accoutumés à fouler aux pieds la race des animaux; ils sont domptés, subjugués, enchaînés, au lieu qu'alors ils étaient les maîtres. Ils n'avaient senti ni le frein ni l'aiguillon; ils avaient encore leur liberté, leur force, leur fierté premières. Dans tout cela , quelle merveille pour l'homme encore nouveau ! La vie germe, fourmille sous ses pas. Au sein d'une nature violente, qui enfante avec fureur, il est, pour ainsi dire, plongé dans un prodige perpétuel ; il ne peut niarchei* sans fouler un miracle. Tout s'agite, bourdonne, fermente, depuis là fleur des eaux qui germe dans le mystère, jusqu'au scarabée, fleur vivante. De quelque côté qu'il tourne ses yeux, il retrouve des êtres sans parents ('), sans ancêtres, poussière sacrée q^i se féconde elle-même. A la fin, il rencontre dans la solitude un être plus puissant que lui-, une intelligence qui prévoit et connwt ce qu'il ignore. C'est un serpent, un aigle, un épervier. Ils régnent sans rivaux dans une partie du désert. Leurs mouvements, leur lever, leur coucher, leur migration, sont réguliers comme ceux des astres. Ils sont
(•) PJut., De Is. et Osir., c. x.