‹ Le génie des religionsChapitre 43 sur 75 · LA RÉVËLATION* PAR LA VIK ORGANIQUE · texte numérisé non relu

LA RÉVËLATION* PAR LA VIK ORGANIQUE

muets, et c'est ce qui ajoute m mystère, car l'homme ne peujb les interroger. Ils possèdent une science secrète, car ils pressentent le changement des saisons. Ilstrou^ vent dans leurs migrations le chemin qui n*est tracé nulle part. Tantôt ils rugissent, et tout se tait autour d'eux, comme si c'était la voix de la nature même ; tantôt ils sont immobiles comme les hiéroglyphes vivants de la création. Nesont-cç pas eux qui possèdent le secret de Tunivers 1 Que de prophéties attachées à leurs pas ! Souvent le plus infime en sait autant que le plus grand. L'humble scarabée, en se revêtant de sa tunique d'or, ne marque-t-il pas le retour de la saison féconde î L'ibis ne raarche-t-il pas gravement comme un hiérophante audevant des flots du Nil, en lei)r montrant le chemin! L'affreux cynocéphale (^), à la chevelure .semblable à celle des momies, imitateur de l'homme, errant loin des villes, n'est-ce pas le premier-né des flancs de la première nuitt D'ailleurs, tandis que l'homme arrive nu sur la terre, il trouve la place occupée par des souverains légitimes qui lui disputent le trône du monde. De génération en génération, le lion n'est-il pas le roi du désert, le crocodile P) le roi du fleuve, l'aigle le roi du cielî Que vient faire ce prétendant de la veille ? et où son droit est-il écrit t J'imagine que l'esclave courbé sous sa tâche a envié plus d'une fois l'aile de l'oiseau (a) ou les pieds des chevaux du désert, pour se dérober au servage héréditaire. Lorsqu'il

(*/ Ueber den Cynocepbalusder^gyptier.Voy.Ehrenberg, 1833, p. 359.

("j Plut., Dels. et Oàir., c. lxxiii, lxxiv, lxxv.— Geoffroy Saint- Hilaire, Des poissons du Nil, p. 70.

(•) C'est ce sentiment que nous avons vu précédemment exprimé tant de fois dans les chants populaires de la Chine.

LA RELIGION DE l'ÉGYPTE. â63

levait la tête vers les- pyramides, ouvrages^ de ses mains, qu il voyait l'épèrvier de Nubie descendre en souverain , sur leur faite comme dans sa demeure naturelle, n*étaitil pas bien près de le regarder comme le messager vivant de rintelligence ailée qui planait sur sa tête ? Que j'oublie pour un moment, ce que je tiens de la civilisation et du Christianisme, aussitôt je m'aperçois combien le prodige permanent de la nature vivante au milieu de la nature morte a dû frapper , étonner , ravir l'homme encore nu de corps et d! esprit^ à la vue de certains animaux qu'il a cru être les dieux ou les rois de tous les autres. Au milieu même du dernier siècle, ne s'est-it pas trouvé un grand esprit, Buffon^ qui, par la force du génie, a retrouvé quelque chose de ces impressions de Thomme^aissant! Dans ses descriptions du lion , de l'aigle, de Téléphant, n'a-t-il pas prêté une maj.esté surprenante, une sorte de royauté à ces grande représentants de la nature animale t L'homme n'est.il pas souvent surpassé let comme détrôné dans ces tableaux par ces rois de la solitude, qui semblent seuk libres et indépendants au milieu de Tassujet*tissement de la société civile t Au lieu de Thômme de génie aidé de toute rexpëriencè du passé, figurez -vous au berceau même des choses l'homme égaré dans le désert de la nature : il ne se contentera pas du langage poétique, il attribuera quelque chose de sacré à ces souverairis de la création animale. Le serpent mystérieux se déroulera comme lefleuve sacré dans la vallée'; ou se repliant sur luimême, il marquera l'année éternelle. Le bélier de Jupiter Ammon précédera le troupeau des créatures ; il y aura sur la terre comme dansle ciel des constellations vivantes. Les villes dulion ^ du chaoal^ dacroçodile , se dresseront au seuil

264 LA RÉvéLATlON PAR LA VIE ORGANIQUE.

(le la Nubie, et tput le génie de T Afrique indomptée fermentera, mugira dans le sein de son Isis ; car je' vois bien que l'homme a pu adorer Tanimal , mais je ne vois pas aussi clairement qu'il ait jamais adoré l'homme* Idole pour idole, quand il a voulu déroger, iL a mieux aimé, encore diviniser le bélier ou le scarabée, que le grand roi de la Perse^ de l'Egypte ou de llnde.

Telle est la partie indigbne du culte de l'Egypte; rituel de l'esclave, c'est par là que cette société porte les stigmates de l'Afrique. Mais le sacerdoce égyptien, qui construisait les temples, qui émancipait ce continent, ne pouvait se contenter de ces liturgies du désert : il y ajouta un sens profond, ilcojaronna par un systj^ne de dogme ces croyances populaires. La Genèse égyptienne,, tant de fois comparée à la Geni se hébraïque (^) , en diffère surtout, parjce que chaque journée répond à une incarnation particulière, ce qui forme autant de dynasties divines que .d'époques dans la création. D'abord apparaît l'être irrév^lé, éternellement insondable , Jupiter Ammon , le bélier bleu, CQuleur du ciel ; puis son épouse mystérieuse, qui tisse elle-même éternellement spn voile de ténèbres ; Athor, la Dame de Nubie f), la mère, qui tient sur ses genoux, qui allaite à ses mamelles le dieu enfant, manifesté, révélé, incarné sous la figure du monde naissant, par lequel se complète la famille éternelle. Sous des noms divers, cette trinité première f), s'incarnant de plus en

(') Herder,j£lte8teU£kuiide, 1774,p. 200.— Jablonski, Panthéon iEgyptiorum, lib. i.

(■} Plut., De Ts. et O^ir., c. ix, uf, liv, lvi. — Cbampollion le jeune, Lettres, p. 66.

(*) Herod.^lib.ii, 43.— Jumblic, Demjsteriis JE^pU sect. viii.

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plus d^ns l'univers réel, se montre dans toute la vallée du Nil; c*est elle qui habite chaque temple, et qui ccm*. stitue ainsi le principe du dogme égyptien au milieu de toutes leà diversités des croyances locales. Dans chaque sanctuaire se retrouve « comme dans une monstrueuse Bethléem , cette même famille, toujours (i) le père sous des noms divers, Ammon, Osiris, Knef; toujours Tépouse, la nourrice, la mère, Moi;th,bîs, Neith; toujours le dieu naissant, le verbe incarné de cette théologie africaine, Orus,Khohs, Malouli, Tenfant sacré qui tient eiicore son doigt dans sa bouche. Autour de la çionstrueuse famille rôde son ennemi Typhon, le Satan, égyptie», Tespritde mort, celui dont le souffle empoisonné obscurcit la lur mière et tarit les eaux saintes. Ajoutez que le dogme commun à tout l'Orient est jçté ici dans le moule de la vallée d'Egypte ; car il était naturel que le dieu s'incarnât pour les Egyptiens sous la double figure du soleil et du fleuve dans lequel il se mife. C'est lui qui, avec les eaux mystérieuses, a^pporta et retire la vie ; Messie attendu chaque année dans TAncien Testament de ce monde altéré. Il arrive ; la, terre, son épouse, se couvre de fleurs et de fruits. Il ;^e retire f j ; tout meurt. D'où sortent ses ondes lumineuses? Qui le sait? Personne n'en a vu la source. Peut-être elles jaillissent des maipelles de la ténébreuse Athor. D'ailleurs leur retour est. fixé à des époques immuables : en faut-il davantage pour lui attribuer une sagesse, une bonté, une vertu souveraines! Sile sauvage d'Amérique croit entendre la voix du grand Esprit dans la voix de la cataracte du Niagara,, com-

(«) Champoinon le jeune,, Lettres, p. 82, 89, 106, 119, 148, 157. i«) Plut., Dels. et Osir.î c. xxxix. — Diod. Sic, lib. i, p. 10.

MS LA BévétATION PÂft LA t^tE ORGANIQUE.

idetît lé peuplef égyptien fié eroîrait-i! pas l'eritencffé aussi dftffsr cette da flettve qiii roule en ttièma temps T ombre des colofinrt et de» obélisques très de toute dternité, comme autant de plantes sacrées^ sur ses rrvdges? Théokfgie, poésie née au hotd des flot» ; lé Soleil et le fleuve (^), Je ciel et reati, te firmament et là terre selfnMent s'y qnirer et s'y confondrij incessamfnefit dans chacun de leurs emMëmes. Le (Ae\ tôti e^ier apparaît cofnfne un âeiive radietfx, un Nil éChéré, qui roule ses vagues dans be cataractes du ^rmament. Les astres naviguet)! dans des iiàcelles. d'or (') remorquées par les génies dé la Nubie. Hermis'Pilote sonde l'aMme.; d'autres fois, le* dieu tient te gouvernail du vaisseau de l'univers ; il le éirige à travers lea B/îsants, pendant que les âmes des idis âcccmr^t à sa rencontfedes deux côtés de labime.

Il s'ensuit naturellemfent que le dieu doit reproduire dané sa vie teiitesJes. vicissitudes du soleil et du fleuve. Cbaqiïe atméé, il renaît, il grandit à vue d'œil ; il éclate, déborde dans tes esprits ; ptiis vient te inament où, après il'étre étalé ^ans sa puissance, il tarit sdus le sable ; et ce A'est pas seulement te fleuve qui se retire en même lemps que te soteil vient à pâlir, c'est la nature entière qui^ frappée d'une mystérieuse douleur, se couvre de deuil ; ear plus elle est sptendide dans tes climats du midi, plut aussi e)te sèmbte dépotriliée pendant son court hiver : taat s'enfuit ou se meurt ; l'oiseatr sacré disparaît ; te scatabéè lui-même redevient invisibte. Le dieu est frappé;

f) Flui», Pe il. et OBir», c. Icxxii, xlvii. <— Porphyr. ttp, EaMb., Prœp. evang., lib. i, 92.

{*) ChampoTlion le Jeiane , tettres , p. 107. — Èig-Veda. Kosen, p. 88,

il $e meuft en çjciaqx^ ^bose ; son sang cesse 4e circuler jd^ns Ips vein^ des planés» desséchées : plus de murt mures , plus d*ess;^iiis« plus de bourdonnement de vie; plus rien de cette ivrasse so^e dont la t^rre un peu aur paravant était encore saisie. Comment, dans eette lanr |i;ueur répandue snr la &C6 du pionde, ne pas reconnaître la pâleur du diei^ mourant? Sans doute, le dieu méchant Typhon (i ) a desséché de son souffle la source vive de la Juniière; et comme tout était fondé sur le j^rodige permanent de la vie organique, c'était la foi même qui était penacée, quand ce miracle, cette révélation venait à di»> minuer et à -manquer. Une plainte immense, furieuse, ^'élevait du milieu de ce peuple, privé pour un moment de 8^ fête accoutumée. Xi'Egypte tout entière se couchait dans SQ. vallée comme duns son tombeau, à rimitatîon da Pieu. Les prêtres se frappaient la poitrine (i) , des pèleri* ^ages. lamentables allaient de ville e)i ^ille ; on enten* dait des Yoix qui criaient : Le dieu est' mort ! .Qu*est*c« à dire, sinon que Thomme s'était mis à adorer la nature, et qu'en la voyant se flétrir il ^ait frappé d'épouvante! Il sentait que son idole lui échappait, il ne savait h quoi l^e prendre. Il ne restait qu a célébrer Tagonie, la passion de cette divinité défaillante, dont Vunivers entier deve-t nait le Golgotha ; ^t g est là ce qui marque surtout h prpfpndeur des croyances égyptiennes. Cette société avait, pomme toutes les wtres, célébré lanniversaire de la créattion ; mais elle avftit vu mieux que personne, et d una manière plus saisissante, s'écouler comma l'eau la figura

(') Plut., De Is. et Osir., c. xxxix. ^ lib. II, 61. — Cic^r., De uat. deor.^ m, 2^,

â68 LA Rév^LATION PAR LA VIE ORGANIQUE.

de ce monde tari dans Ttirne d'Osiris : aussi les monuments qui le représentent le mieux sont des monuments de mort. Outre que leë pyramides' sont faites véritablement pour le désert, qu*elles lui sont entièrement conformes, nues comme lui, vides comme lui, sans issues comme lui, sans sculptures, sans inscriptions, sans images dévie; que peuvent-elles avoir été dans l'origine, sinon des sépulcres de dieux (^)?

Au reste, c'est de cette instabilité même du dieu que l'Egypte a tiré en partie sa grandeur et son originalité ; car l'homme en a profité pour se donner à lui même sa valeur et sa place au soleil. Dans ces moments de surprise, dans ces défaillances de l'Éternel, il a commencé A s'estimer quelque chose. Au lieu de se laisser absorber, £omme dans l'Inde, par son idole, il a cherché souvent à rivaliser avec elle ; et la vertu de TÉgypte est d'avoir 6u accommoder le seiitiment naissant de la personnalité avec le panthéisme du reste de l'Orient. Cette alliance paraît jusque dans son architecture. Les Pharaons élèvent leurs colosses en face des temples ; ils s'asseyent tranquillemrent eux-mêmes (>) pour l'éternité , au milieu de la trinité cachée dans le sanctuaire ; sans crainte d'être éblouis, ils écrivent leur nom sur l'arbre sacré dans le palais du soleil. Les souvenirs de la vie politique, les batailles, les triomphes de l'homme, tiennent une place dans la maison des dieux; il semble s'essayer à faire sa propre apothéose. Joignez à cela l'idée qui en est la confirmation évidente, la religion pour les morts. Que d'efforts pour durer, de la part de ces nations embaumées ! Les Pharaons,

(•} Diod. Sic, XXII. — Plat., De Is. et Osir., c. X'viii, xx, xxi. (*) Herod., Ub. u, 14.3. — ChampoIL, Lettres, p. 08, 157, 164.

LA RBU6I0N D£ L'éOYPTE. 269.

en veiianiau trône, commençaknt pat avance à faire creu* ser lear sépulcre parla main de toat un peuple ; en sorte que le règne de ces grands fossoyeurs se mesure exacte-» ment par la profondeur de leurs tombea^x (^). Ce que faisaient les rois, le moindre artisan l'imitait à son tour. Et pourquoi cette manie de tant de générations? pourquoi tant de détails, de souvenirs domestiques, gravés, sculptés, . peints en couleurs immortelles autour de la momie, si l'on ne voit dana cette occupation un effort immense pour sau* ver, murer la vie privée au milieu de la vie universelle! Les autres peuples brûlant leurs dépouilles , les laissant dévorer par les vents pu par les oiseaux de proie, l'esprit de chacun s'exhalait dans le grand tout; au lieu que l'Egyptien voulait conserver son corps comme la demeure de son âme (>)' comme un gage d'individualité dans le royaume de la mort. Car il doit rens^ître avec ses dieux ; ille sait: d'avance il bâtit pour l'éternité. Si le temple s'écroule il le refait au. même endroit, sur le même mo« dèle, afin d'abriter les générations ressuscitées , puisque chaque' momie, non pas seulement d'homiiie, mais de serpent , de lion , d'ibis , doit se redresser un jour dans la Josaphat du paganisme. Et pour mieux éviter la con* fusion, le dieu Atmou pèse individuellement contre une plume chaque âme dans un plateau d'airain. Si elle est trouvée légère , elle est refoulée dans les cercles infernaux dont les sculptures de Thèbes .ont gardé les empreintes, première forme des visions de Dante et de Michel- Ange. Si elle a le poids sincère, elle va se baigner dans le Nil

(«} Ibid., p. m.

(*} Herod., lib. u, 123. 7-Tertall. ,De anima, c. xxxiil, p. 288. — Creuzer, Symb., 3* éd., 149. F. D. Guigniaut, notes, 883.

970 LA. RÉviLATIÛV PAB LA VIE ORGANIQUE.

céleste, euaîUir les fruits de i'airbre de vie. Imitant dans ses migrations inysténenses oelle du soleil pendant les ténèbreSf elle traveraei sous la conduite d'Hermès, la labyrinthe des formes, jasqu' à ce qa-elie vienne ei^ poindre et ressusciter aveo le selml tftemel dans Tauba immaculée d'Ammon (i).

S'il ne faot cherobev dans ces raUgions ni la meta* physique de Tlnde, ni l-édat ^ la Pefse, l'Egypte remporte sur Tune et sur Tautre par Tinstinet préeoea d'individuité (^. C'est en quoi consiste son principal pio* grès sur le reste de l'Asie , et ce qui £sit qu'iau point da vue moral elle est, avec la Judée, TOcoident de TOrienl. Par ce commencement de foi dans la personne humaine, elle est toujours restée l'égale ou la maîtresse de ceux qui l'ont conquise, et il n'estauoun de ses vainqueurs qui ait pu seulement la faire varier dans son cnlte ; c*est elle au contraire qui leur a imposé ses dogmes. A qui donc a-t-elle cédé? Au Christianisme. Seul il a pu décomposer cette civilisation de granit ; car le sentiment profond de l'instabilité, de la défaillance du m6n.de visible, le culte de la mort , la passion d'Osiris «ur le Calvaire afHcain , les légendes écrites par Hermès sur Tarbre de vie, tout i'avait préparé , plus qu'aucun loutre lieu du monde, à recevoir la nouvelle de la vie spirituelle et de l'immor* talité chrétienne. Depuis Torlgine , l'Egypte célébrait chaque année la passion de la nature enfermée dans le sépulcre du désert , puis sa nativité et sa résurrection dans des pâques païennes. Comment la vcax de Tange de la résurrection n'aurait-elle pas eu d*écho dans le grand

(^) ÇliampoUion le jeune, Lettres, p. 100, 103, lOô. (*; Bossuet, Du libre «rbltrOt 414.

Tpy^umP de h mprt où «voient été d^siéeÉ taat d» j|[^nér4tiQi)iiî^ indestructibles qui n attendaient qu*un signe pour renaître ? Cenoment oetto trinité hurlante que chaque jtfipsple enfeyineit ne ee eereit^eUe pua émue , pnis eon^ jrertie bientôt en 1^^ trinité: inTÎsible du culte nouveau 1 Aw^U h h ppefni^re nouvelle du Ch?iat, le^ nom madeuf deThèbesv «evNntspn affreux nourrisson, tendit ses

mfinielles à l'enfant de Bethléem. L*éperviev du templs de Nubie, aujL ailes épl0yées, symbole (i) oarnàssîér d^ Saint-Esprit (^) de l'Afrique, «a transfcrnne en la col(M»b| de Ji^ée* h^ ^acerdoee égyptien ^ qui s'était jusque-là prémuni contre tous ies autres cvtkes, eède sans défense 9 il se retire, il disparaît de telle sorte, qu'il estpresqut imppinsible de Retrouver aujourd'hui la traoe de ses d^^ Dier^ nioments. A sa place, se montrent subitement lel solitaires chrétiens de la Théhaïde ; les tetnbeaux des dynastie^ thébaines, les néeropolea, les villes ruinées c|e Jlbamsèâ, se peuplentd'ermitfs, d'ftnachorelea, de cénof bites, qui purifient par leurs pensées la vallée dés idoles (l); Ils (îonvertissent la louve, IHbis, le serpent (^); ils ouvrent la paupière aveugle des lionceaux (§), Antoine du désert; Paul de Thèbes, Athanase, apparaissent sur le seurl

i»l Plut,, i>& Ï8, et Q4ir., p, u,

(*l Kiioupliia. JAi^blic. De mysteriis, seot viu. o. v. t«vi l^fiuu^ y]^w ov Kvnf »l A{]fym^\oi npQ79yqpcvaMvcv,^U9eb.,PrsBp. eyaQg.,Hb. ui, p. 115,

i*i Oa diseit que les élésieataeux-mêmesplsnmieatlamartde Miint Autoioe. 8- Hieroayœus, yitssàncU Uilanonis, |i. A3.

i^l Sulgicius Severu«, Ete virtutibus moaacl^aruin qrïeatalium, p 18^,198,200. ^ - -

(') Invocatoque Det i^omioe, coutrectavit manu lumina elauia ratulprum, ac «tatim cccilate depulsa, apertis pcuUsbestiarum diu negata lujj patuiti P, 201. ,

des temples, comme si tonte ni^e civilisation s'était évanottiei lenrapprodhe. Et le moyen de s* étonner si, dans ce voisinage , les esprits de ces hommes sont assaillis d'effroyables vimons, si leur conversation est aVec les centaures (*), si d'affreux combats se livrent dans ces grandes âmes, lorsque partout autour d'eux, dans les bas-reliefs des temples dépossédés, rugissaient encore les dieux à face de loups et de lions, et que dans toutes les parties de la vallée leurs regards Hencontraient les insigne£( vivants, les messagers, les triomphes de la nature enivrée dès tropiques! C'est dans ces luttes intérieures qu'achève de mourir la religion égyptienne. Quelques années s'écoulent. Bientôt il ne reste plus q[ue les sanc* tuaires perdus dans des océans de sable ; ies centaures tetrifiés montrent'C) de la main, en dispai'aissant, le chemin de leurs grottes abandonnées à quelques hommes qui sont salués du nom de saints , parce que foulant en paix les emblèmes de la matière domptée, ils conquièrent pour jamais la couronne de l'esprit. L'Egypte antique est morte; l'Egypte moderne commence. Au temple a succédé le monastère.

. IM ViU sanctt Pauli. Hieronymas,.p. 12.

(*) On aimera à retrouver ici cette belle légende traduite de saint Jérôme : ** Ajitoine, errant dansle désert au-deyantdePaul^ aperçut un homme uni à un cheval» et qui était de ceux que les poètes appellent hippocentaures. A cet aspect . il arme son front du signe propice en s'écriant : -^ Holà, toi 1 en quel endroit demeure ce serviteur de Dieu ! Mais lui , murmurant je ne sais quoi de barbare et brisant ses^ paroles plutôt qu'il ne les proférait, chercha à faire sortir une voix plus douce de sa bouche terrifiée, puis étendant là main éroite, il montra le chemin désiré, et traversant les plaines immenses avec la rapidité de Toiseau, il s'évanouit aux yeux d'Antoine étonné. » Saint Jérôme, éd. Collombet, t. VI, p. 13.

LA KEUGION i)B l'ÉGYPTE. 273

On a accusé ces solitaires- d'avoir donné le signal de la dissolution sociale en se retranchant du monde. Je remarque au contraire que rien n'était moins oisif ni plus peuplé que leur solitude, puisqu'ils avaient partout l'infini pour compagnon. La pensée qui les poussait vers les lieus les plus sauvages n'était pas un esprit de destruction ; c'était bien plutôt le désir de retrouver, à la place d'une société morte, le type de toute société vivante, de toute alliance, dans une communion renouvelée avec Dieu. Ils renouaient avec lui le contrat social qui venait d'être rompu. Pendant que la cité humaine s'écroulait, ils puisaient dans la contemplation de la cité. éternelle t!esprit des lois qui devait relever les murailles abattues ; on peut même dire avec exactitude qu'en ces temps le génie de risolement était sur la place publique, et le principe de la société dans l'ermitage. L'âme du monde civil soufflait du fond des solitudes ; ce qui me fait penser que le commencement de toute société se marque par un recueillement semblable de l'homme, qiii va chercher sa loi dans le livre du désert. Moïse au Sinaî, Zoroastre sur le Bordj, Manou au bord du Gange , Orphée dans la Thrace, que sont-ils, sinon les anachorètes du monde naissant, comme Antoine, Paul, Atbanase, sont les anachorètes du monde renouvelé î

374 DES REUGIOMS DE l'aSÎE 0CCII>ENTALE.

DU PRINCIPE DÈS RELIGIONS DE BABYLONE ET DE PHÉNICIE. LE KNTIIIEHT DE LMNPIHI t)ANS L^AMÔOR PAIEK.

^ep^is la preiniëre ^i^rqr^ (jue l^s bargers (le 1^ bftute Afiie évoquaient dg^ç Jes hyrpne§ du Big-Veda, tout ^ changé, même les cieux, et voici de nouveau le même culte qui éclate au miliei; de la Chaldée ('), avec lies seules différences qu'apporte l'expérience d'un peuple policé, jBabylone a hérité de la religion de$ pasteurs de la haute Asie. Dans l'intervalle, ce qui était inspiration est devenu Sjcience, observation, calcul, On n'attire plus )es astres naissants par la promesse d'une offrande de lait. De grands, temples s'élèvent ppur eux. au mjUeu (Je cités bâties sur le plan (^ de la cité céleste. Au çompet de ceç temples^ formés de. toijrp étagées les unes sur le§ autres, on dresse pour leur sofniiieil, au lieu de la natte rustiquci un lit d'or ; et pendant les évocations ils viennent y achever (3) sijr la pourpre leijrs rêves constellés. Ces astres d^priciçux qui s'élevaient,, descendaient de leur» chars au gré des hymnes, sont désormais asservis à ui)p marche régulière. Leur ornière est marquée. Au lieu de vivre so-

(^) Berose, apud Clem. Alex., Admonitio, p. 43. —laaïe, XLVi,l. — Jérémie, l, 2; li, 44". ' ....

(«) Diod.Sic. lib. ii, p.^96.

(*) #a9) il oc auToi ovroi . ifiot /aiv ov nivxa Xiyovxtç , t^v .9e^y avrlv yoiT^v Tc iç T^y wiovy xa\ àunavtyBxi Iji\ t^; xlirnç* Herod., lib* I, 182.

Cf. Noctem Auroraroque formosas \n hoc saçrificio invoco , in islo Dostro stragulo ut considant. Rig-Veda. Rosen, p. 20.

DES RELIOiONS^ DB B4^YL0NB ST DS PHÉNICIG. S?&

titaif^s, ils forment désormaîâ une société radiençof qui a sa hiérarchie , ses satrapes, àon despote. On les oom* bine, on 1^ apparie entre eux ç on &^, forme des^oonslellations vivantes^ idole» lumineuses^ qui versent Je bien et le mal sur la terre. A mesure que Fhomme, 1^^ des* migrations, s est arrêté dans u» dei»icile^il a f$iit ^ir^ aussi les étoiles dans leurs deftieures sacrées. Ley» de^u^ maisons du Zodiaque (>) s ouvr^n^ pofw recevoir les douatf dieux. A leur seutt^ des ammaux ôéteètes.vont a abrefuvéF^ dans les sources. de la voie lactée. Le sei^enty le poîsaon, le chien , le scorpion ^ auvent leur premier gile d«fns lé pur ciel d'Assyrie. Inierprèiesf^ del^lutnièrô invisible^ les planètes ^rrimtes HiontrekaA Vaf ennr P)^ tondie 91' a»* dessous d'elles sont trente étoiles cortaeillère^^ dont chacune d'elles a^a couleur, sa volel^té, so» génie. Par detà lés astres des vivaaots habitent les adtres froide , que les nu)rts seuls peuvent contempler y et pou^. régirce roy aueiie céleste, le soleil Iiïdra'-Bélie)r (^^ epndueteur du tréMifeaa# surgit de nouveau spus le nom de Bel. I^'homme ne de^ mande plcfe seulement att:i^ astres ifidulg^ents l'herbe .de' chaque jour pour la génisse ou lé' chenal : d'autres soiné>

(*j IMod. Sic, lit>. ir, 1^. 116. —6]?. Létronûe, sur l'ôriçine du :^odta<)i]e grec, pv 2t. — CtedeAius,» Co&mi. ûlb. &aiiM, If. IT, p. 337.

Thésaurus Hugo» hebr»» et chalde», p. 29. Léxicon, ^oeei^.

(•) EppiiQvtTs. Diod. Sic, lib. 11, p. 116.

(*) Toi^i7)iQVTa yîvcvOfltt ^ccxvvovviy. Ibid. ^ Phil. Jud., Dç ^omniis, p. 446. — Mùntei', Religion def Babylonier, p. 12-14, 102. .

(^} ïllum Arietem {Tyam mesham) a multis invocatum, hymnis celebratum Indram. Rig-Veda. Rosen,.p. 98, 102. — Macrob., Saturn.,lih. I, c. ;èl. — Le Mahabad des Chaldéens n'a-t-il aucjan rapport avec le ttlaghavan des Védas î Voy. Rig-Veda, p. 208, 209.— Cf. Dupuis, Religion universelle, v, m, p. 31.

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