JÉHOVAH
calte de la parole et de la lumière a jailli du premier hymne; à ce foyer s'est allumé le génie de l'Asie; il a pénétré jusque dans le cœur de l'Afrique. Unis entre eux, vivant de la même vie, ces cuites sont assis, comme sur un trépied, sur le dogme de la Trinité. Mais ici la difficulté commence : où est le lien de la Judée avec tiettè ëglûse universelle de l'Orient profane! Comment ordonner le peuple Juif dans cette vaste unité t A quellesocié té le rat* tacher de ^préférence? Sera-ce à l'Egypte (<), comme on l'a essayé tant de fois! Du sacerdoce de Memphis à celui de Jérusalem, d'Hermès à Moïse, d'Osiris à Jéhovah, où est la succession, l'enchaînement! Ne les cherchons pas ici ; nous ne lès trouverions pas. De même que, dans la nature, il se rencontre souvent dans l'échelle des êtres organiques un intervalle, un hiatus que l'on ne peut remplir, de même entre Osiris et Jéhovah^ il n'y a pas seu^ lement un progrès de formes, une marche ascendante, une succession régulière : «ntre l'un et l'autre est- une révolution* Dirai*je qu'Adonaï, Éloha, n'est rien autite chose que le développement succesàif du Baar(^ de Ba«bylone, de l'Adonis de Phénicie, de l'Hercule de Tyr! Pas davantage/Que l'on relève^ar une progression continue le génie de ces <lieux » ils n'atteindront jamais , et après aucune série, jusqu'à l'idée de Jéhovah. Corrigez, embellissez, achevez, tant que vous le voudrez, Baal ou Astarté, jamais des dieux du Canaan vous ne ferez le dieu de Moïse. Pourquoi .cela! Parce qu'incarnés dans l'univers ils sont un avec lui ; pasce que la terre formé leurs pieds, le ciel leur tête, les étoiles leur regard ; au
(^) Herder, Von Geist der Ebraeischen Poésie, 1. 1, p. 316. (*) Goerres MytheQgesc))ic|ite, t. Il, p. 500, .
286 LA RELIGION IjiBItAÏQUE. '
lieu que la nature n'est pas même un vètem^ent pour Jehovah; il peut la refaire, la briser, s'il lui pldt. Les v^ntsjie sont pas^on souffle; ils sont ses envoyés. Les étoiles ne sont pas ses regards, elles sont ses esclaves. Le inonde n'est pas son image ; il n'est pas son écho ; H n'est pas sa parure; il n*est pas- sa lumière; il n'est pas saparolie. Qu est-il donc! Il n*est rien devant lui. ' Pour trouver une alliance solide à Jébovah, il est nécessaire de remonter jusqu'au principe des cultes de la haute Asie ; il faut s'élever jusqu'à, cette divinité premièjrie» source de toutes les autres, mystérieuse, impénétrable^ le Brabipâ des Indiens, le Zervan-Akerène des Persans , celui qui esi par lui-même te père des dieux, Itvapt qu'il eut aucune postérité. C'est avec ce vieillard .étemel, sans épouse, sans fils, sans compagnon, i^ns famille, que Jébovah a sa véritable piarenté. Mms dans les autres cultei^ ce grand solitaire ne se montre qu'à peine ; il s'mnuie promptement de sa solitude; il s'incarne bientôt, il déchoit, et disparut sous la figure du monde; il épuise sa divinité en ta communiquant à tout; au lieu que Jébovah l'accumule, pour ainsi dire , en lui-même , sans la prêter à personne. M^me luette Trinité, qui est le fond de tous, les autres /suites, est voilée et comme ensevelie daiis le sien.
C'est dans la splendeur de la première aube, dans la religion de la lumière incvéée, que son alliance éclate, «urtout avec I^dra, Ormuzd, qui, comme lui, planent sur la création (^j, et n'y sont pas enfermés. Il semble même
{}) Rig-Vedâ, Ub. i, éd. F. Rosen. Cujus non cœlum terraque capaces sunt. . Solus cancts alia condidisti omnino gtue pneier te exUtunt, p. 105,— Zend-AvestSi Â.nquetii,î U, p. 324.— E* Bumouf,
né dans la lumière, puisque c'est par eHe (') qu'il cotnmence à se révéler à Abraham dans le brandon de fîeu, à Isaac dans le bûcher, à Moïse dàtïs le bukson ardent 6^ l'éclaif d'où rayonne la loi ; au peuple dârfâ laE colonne qui précède sa marche; àSalomon, à Elie^ dânà la âamme qui dévore l'holocauste. Du milieu dé l'Asie^ sa face lumineuse (2) jaillit ainsi par degrés sur les hauts lieux, jusqu'à ce que, devenant de plus^ plus saisissabicf avec le temps, s'accroissant , grandissant de siècle m siècle avec son peuple, il finisse par s'asseoir, vêtu de Un, devant Michée, Isaïe, Ezéchiel, sur son trdneflam* boy ant, semblable à celui de David. Si la rivalité de Bttal et d'Astarté fut surtout dangereuse pour lui, c'est qu'c* tant les dieux incarnés de la lumière corporelle , . ils avaient avec le principe spirituel de son culte uiie analogie extérieiîre que confirmaient les ornements de son^ temple. Les palmes épanouies sur les chapiteaux, les gren'ades, les lis ciselés, par les ouvriers de Tyr, ne sont-ils pas empruntés du temple du soleil ? Les sept broches du candélabre ne rappellent- elles pas les sept planètes ardentes? La nier d'airain, où s'abreuvaient. les douze taureaux du temple, n'est-ce pas l'année éterneUe dont se repaissent les douze mois! Car, à mesure que le dieu grandit, il s'assimile, pour le purifier à soii foyer, tout ce qu'il rencontre de sacré en Orient. Sans craitïte de sesouiller, il enlève encore pleins des doctrines étrangères
Extrait d'un Comment, sur le Vendjdad-Sade. La lumière sans corn* mencement, incréée, p. 28, 29.
(M Genèse, xv, 17; xxi:.!, é. Exode, iii| 2; xix, 18. 1 Rois, xyiiI| 38; XXII, 19. . .
(•) Herder, Geist der Ebraeiscben Poésie, t. II, 42.
28S U ftELIÔtOlf Hl^DRAIQUË.
les vases sacrés non senlemei^t de l'Egypte, mais de la Perse et de la Chaldée. Par la Genèse sortie de la ntiit, il se rattache à TEgypte (') ; par la tradition du déluge et de Babel, aux Chaldéens; par celle des Anges, d'Éden et de Satan, aux Mèdes et aux Perses. Depuis la captivité de Babylone, ks Amschapands f)du Zend-Avesta Tombragent de leurs ailes. La foule des anges lumineux de l'Iran le suivent dans son retour de l'exil, sur leurs chars et leurs chevaux de feu. Même les animaux sacrés, les griffons deà Mages , reparaissent dans son culte sous la figure des chérubins aux faces de* taureaux, aux enver-* gurés de dix coudées f). Convertissant tout ce qu'il touche, jartnais son originalité ni sa personnalité ne paraissent mieux que dans ces rapts divins.
Voyez, en effet, -quelle infranchissable barrière il étend autour de lui j et comme il se sépare de tout , en même temps qu'il tient à tout I N'oubliez pas qu'il ne se révèle pas comme Indra au milieu de la nature des tropiques, où tout provoque à l'idolâtrie, à la pluralité des formes ; ni comme Ormuzd sur les monts de la Bactriane , près des sources enflammées d'où jaillit le culte du foyer; ni sur les bords du Nil , de l'Euphrate , où chaque vague peut cacher une divinité murmurante. Où donc a-t-il voulu paraître? Où prend-il en quelque sorte sa forme! Dans- le désert, c* est-à-dire dans up lieu d'où la nature eèt absente, où le monde s'arrête, où il n'est rien qui puisse entrer enrivalifé avec lui, où personne n'habite
(*) Il est vrai que la criti(iue de nos jours tend à nier IMnftuence de l'Egypte mêm» sur la Genèse, pour tout rapporter à Babylone. (■) Ezécliiel, ix.
i»; II Chroniq., m, 11.
J^HOVAH. S89
que lui-même, où son ombre est son unique compagnon « Il se révèle dans la nudité de l'Horeb , Comme le Christ dans la nudité de Bethléem. C*est la patrie naturelle du dieu jaloux. Partt)ut au loin, la nature déchirée, sacrifiée , Tunivers disparu » ni fleuve , ni source à adorer, ni bois, ni métal pour en faire un simulacre; pas même une voix , hormis celle de la foudre; mais partout la face de Jéhovafa , seule brillante dans le vide de l'immensité, l'Esprit seul debout au milieu de son temple invisible. Et la race d'hommes qui doit nourrir cette révélation dans son cœur, où est-elle néet Dans le désert. Les patriarches qui l'ont reçue, quels sont-ils t ï)es Arabes du désert. Moïse qui l'a renouvelée , qui est-il t Un berger du désert. Où les tribus font-elles leur édacation de quarante années! Au milieu des pierres d'Arabie , ce peuplç grave en son cœur de pierre l'enseignement du désert. Toujours le disert se montre à l'horizon, quand vous prononcez le nom de Jéhovah. II en est le génie, l'éternel habitant. Remarquez que la nature avait été adorée si longtemps , que lorsqu'elle a dû être détrônée, il a fallu entraîner les peuples loin d'elle, pour les enfermer dans le sépulcre du monde. C'est la raison dé cette retraite extraordinaire du peuple hébreu parmi les sables de l'jigarement. L'huma« nité se recueille; au milieu du silence de Tunivers, le miracle du Dieu-esprit se consomme dans son cœur. En vain la critique (^) s'attache à de nombreuses contradic* tions pour affirmer que la migration d'Egypte n'est rien qu'une fiction morale , une allégorie sans nul fondement réel ; je retrouve en caractères ineffaçables le désert em-
(•) De Wette.
.preitit dans toute Tinstitution et jusque dans le tempéra-
^ ment du dieu ; car. il en a la majesté , la nudité , Fimmensité. Les ^pres sillons de ces vallées d'hysope, les $cories de ces rocs foudroyés, les menaces de cette terre de colère, qui n'a jamais souri,, se réfléchissent sur sa face. La terreur est sa loi (^) ; sa vue donne-la mort. Tous
. les autres ont dés sanctuaires, des temples ; lui seul est errant, sans demeure f). Chaque jour il porte ailleurs sa
.tente. Il ne veut s'arrêter nulle part , pour ne prendre la figure d'aucun lieu. Il n'est pas le dieu de la montagne ni
.eeltti de la vallée : il est nomade comme l'esprit qui habite
.partout au même instant. Ce n'est que plusieurs siècles après sa révélation qu'il consent à entrer dans un temple,
.lorsque son itfïage achevée dans les intelligences ne peut plus être voilée par l'image du monde. Il se fixe dans la Judée : c'est le grain de vie qui , poussé pur l'ouragan, tombe à la fin dans une terre fertile. Il s'enracine : au
.lieu de hordes errantes, sans progrès, sans lendemain, voilà le royaume de Juda qui commence à germer. Et
, quand ce royaume a disparu, que le monde veut néan^ moins se rengager à la suite de Jéhovàh , il rentre dans les mêmes solitudes. Le Christ avant de se révéler suit
. pendant quarante jours les traces de son père suir le sable immaculé. Un peu plus tard , le Paganisme se réconcilie avec lui au fond des Tbébaïdes; enfin , quanti Mahomet
. veut rappeler l'Orient au culte de Un visible , d'où sort-il t
. De r Arabie Pétrée; car, encore une fois, il est dans le
(*) Spinosa Ta considérée comme une loi de châtiment. Traetatus tbeolog. poli tic, c. xvji, p. 380. — Comp. Hegel, Philosophie der GeschiclitP, p. 20.3.
(«) H Samuel, vu, 6.
LES PHOFHàTES. ^1 ^
monde deux figures visibles de réternité , VOcëan et le Désert , qui > tous deux & leur manière , ont laissé leur' empreinte sur le génie des veligions. L*un s* agite, s'émeut, se courrouce, à'apaise en même temps : chaque jour il efface sa trace. Capricieux , tumultueux , c'est de son* sein que devaient surgir les dieux changeants de llnde) et de la Grèce. L'autre, sans voix^ sans succesiHmi, sansi fornae apparente, ne peut rév^ier jamais que le Dieu-»' esprit, immuable, inexorable, incorruptible comme luil'