LA POÉSIE HÉBRAÏQUE. LES PSAUMES. SOI
toutes les époques de Thistoire des Hébreux, depuis les temps deMoïse (^) jusqu'à ceux des Machabées. Écho des générations, ce chœur foqdainental du peuple se fait entendre avec plus de force sous le règne de David. Les chants qui appartiennent à cette époque deviennent le modèle sur lequel se forment tous les. autres; ce qui explique pourquoi la tradition les^ rapporte indistincte' ment au même auteur, quoique, avec un peu d'attention, il soit possible de discerner le ton particulier de chaque époque : d* abord, la confiance de Toint du Seigneur^ laccent calme, majestueux, pendant Taccord de la royauté et du sacerdoce; puis, après le vin« siècle, Taccent déchirant de là captivité de Babylone; puis Taccent enthousiaste du retour, Tinspiration. plus simple du premier temple , le génie plus liturgique du second, etc. De CB trône de poésie qui s accroît avec le temps., la figure de David s'élève de plus en plus , portée sur les cantiques de la Judée. Il s assied aux côtés de son Dieu sur la montagne sainte. Il plane sur l'histoire , comme la personnification idéale, le Férouer d'Israël. Et lajpensée de chaque temps concourant à amplifier, à orner cet idéal , il devient l'image de toutes les espérances et l'emblème permanent de l'avenir. Voilà pourquoi ce grand chœur triomphal des psaumes ne cesse de s'augmenter dans la paix con)me dans la guerre. Il s'accroît, il résonne aussi longtemps que dure l'existence du peuple hébreu , ils' achève avec elle. Cest à lui que tout se rattache, prophètes, historiens, moralistes; il marque en quelque sorte par scm rhythme plus ou moins hâté les battements
(*) Ps. xc. — Ewald, Die PsalmcD, p. 30. .
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de la vie dans la auite des générations. Tantôt l'accord âeé voixtee brise ; le peuple semble descendre dans l'abîme par des degrés sonores. Vous le suivez au loin, qui se (>erd dans lessabtés-; puis- voilà l'écho qui se meurt sous les saules dans la captivité. Tantôt il ne reste qu'une Seule voix qui gémit dans la nuit ; c'est celle d'un roî nouvellement oint, d'un prophète, d'un berger, d'un lévite oublié dans les ruines : le reste de Juda semble perdu et le concert fini; mais toujours, après quelque temps, le chant de triomphe renaît; le chœur liturgique éclate de nouveau. Le peuple muet sort de la poussière avec toutes ses voîx ; l'image du roi idéal reparaît plus resplendissante au milieu des hymnes qui se tallument ; laporte de la cité dé Dieu se rouvre ': vous ne savez si vmis assistez au triomphe du passé ou au triomphe deTavenir.
Au milieu de ces sentiments inspirés par le génie du Éacerdoce et de la royauté, il en est d'autres qui ne trouvaient aucune expression dans le reste du monde. Les es- J)érances cachées, les pensées cuisantes, les misères dont se composé le fond de la vie intérieure, se couvrent de la majesté' d'un roi de Juda ; car la personnalité de l'homme a éclaté avec celle de Dieu. Partout ailleurs, les âivinités ne se plaisaient qu'avec les colosses ; elles con- Suisaiént volontiers les astres dans leurs demeures ; mais elles laissaient sans s'inquiéter les pensées privées s'égarer dans la nuit des esprits. 11 n'était pas même permis d'invoquer en secret les Immortels (*) . Voici au contraire un Dieu qui habite par delà tous les mondes, et qui, dans cet
l«) Herod., lib. I, C..1.32.
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^loignement, écouta les plaintes encore muettes au fond du cœur. Il traverse l'immensité, il arrive pour prêt^ l'oreille; il fait entrer l'homme dans Tintimité de l'infini « Ses rapports avec lui sont ceux d'un chef de la tribu pa«triarcale. Il est le père; Israël est le fils (i).. Telle esitlii sainte famille.de l'Ancien Testament, rude famille, ijedt vrai, terrible paternité sans la Vierge et §ana la mère. Lq châtiment n'épargne pas l'enfant.
On retrouve par intervalles dans les psaumes. comme une réminiscence du Rig-Véda. C'est un souffle de la haute Asie qui pénètre, on ne sait par quel chemin, dans l'âme de la Judée. Répété sur tous les sommets de la terre, le premier cantique des patriarches éclate dans toute sa puissance sur la colline de Sion, et l'Orient a deux échos qui s'appellent à ses deux extrémités. Quand THimalaya dit : Indra 4*), le Liban répond : Jéhovahi Bien que, au reste, la poésie hébraïque soit loin de,l^ rudesse première de ces cantiques indien.s , et qu'elle marque même une société /comparativement moderne^ elle rappelle encore par plusieurs traits T enfance de lo; tribuj elle n'a point encore trouvé d'autre artifice pourles^ vers que de répéter deux fois la même idéç ; elle balance son rhythme , comme David sa fronde , avant dû lan-
t^) On sait combien ces motafiiê de IHeu, D^H/K ^3 > sont fréquents dans l'Écriture. '
(■) Comparez aux psaumes lxxxix, civ, cxiv, le fragment suivant du Rig-Véda : « Tû as fait la terre pour nous, à l'image de ta force. Tu environnes l'éther, l'air, le ciel. Tu es le tuteur des cieux. Tu remplis tout de ta grandeur. Personne ttesurément n'est semblable à toi ; ni le ciel ni la terre ne peuven^ te contenir» et les torrents de l'air ne vont plus jusqu'à ta borne. Seul, tu as fait tout ce qui est hors de toi. k Rig-Véda. Rosen, p. 104» 105. -«» Voy. Die Psalmen, Ewald. p. 9Ô, 209, 305. 375.
cer sa pensée au but. Mais si son vêtement est rustique, elie 4Bt royale par le cœur et par Tâme; elle est faite pour danser en des jours de fête autour du tabernacie ; et sans rechercher ici quels psaumes appartiens nent spécialement à David (^), il faut reconnaître que c'est avec raison que Yon a couronné de ce nom une poésie qui. a tous les caractères du berger et du roi.